Quand souffle le vent du nord est un roman atypique qu’il m’a été donné de découvrir à l’occasion d’un troc avec MissMolko. Un grand merci pour la découverte ! Attirée par le titre puis par le synopsis, j’ai passé un excellent moment de lecture. La preuve : je l’ai lu en moins de vingt-quatre heures. D’accord, je suis en vacances et il se lit vite, mais quand même !

Quand souffle le vent du nord

Un roman atypique parce qu’épistolaire, un genre qui m’a charmée dernièrement avec Une Lettre de vous de Jessica Brockmole. Atypique également puisqu’il s’agit d’une correspondance… par mails et qui plus est accidentelle ! En effet, Emmi Röthner écrit par erreur à un certain Leo Leike pour résilier son abonnement à un magazine. De cette rencontre virtuelle improbable vont naître des échanges encore plus improbables et une relation pour le moins ambiguë.

La correspondance occupe une place de plus en plus importante dans la vie des deux protagonistes, aussi bien dans leur vie affective que dans leur emploi du temps. Ils ne savent rien l’un de l’autre et ne veulent rien savoir l’un de l’autre : juste communiquer avec l’autre, cet inconnu virtuel fantasmé. Au fil de leurs conversations, on se demande ce que chacun recherche. On connaît tous les dangers du net, on pense aussi que cet échange paraît trop beau pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche ! On brûle donc d’impatience à l’idée qu’Emmi et Léo se rencontrent et se plaisent autant dans la réalité que sur leur écran… Mais les obstacles à leur relation sont nombreux…

Une relation qui pose des questions essentielles : peut-on tomber amoureux sans jamais se voir, en n’apercevant qu’une facette de l’autre (celle qu'il veut bien montrer) ? Le physique, l’âge, les goûts ne sont-ils que des détails accessoires ? Et surtout, les histoires d’amour rêvées sont-elles les seules véritables ?

On ne s’ennuie pas une seconde en compagnie d’Emmi, sarcastique, pleine d’humour, jalouse, imprévisible. On a envie de rencontrer Léo, charmant, délicat, sensible, en souffrance. Certains messages sont tendres, d’autres s’apparentent à des joutes verbales réjouissantes. Si Léo a toujours eu mes faveurs, Emmi est parfois obsessionnelle et agaçante – cela dit, elle me rappelle quelqu’un… J’admire l’habileté de Daniel Glattauer à toujours relancer le fil de la discussion. Je trouve que l’ensemble sonne juste. A l’image d’une société où il est plus facile de discuter virtuellement qu’avec des êtres de chair et de sang, où on est irrémédiablement attirés par les écrans et tous les possibles qu’ils offrent…

Surprise à la fin du volume en revanche : il y a un tome deux, La septième vague ! Je sens que je vais devoir me le procurer urgemment !

p. 283 « vous êtes l’illusion d’un bonheur éternel, un vertige hors du monde, une utopie amoureuse faite de mots. »

p. 279 « Qu’est-ce que l’adultère ? Un mail ? Ou une voix ? ou un parfum ? ou un baiser ?

pp. 214-215 « Vous ai-je déjà parlé du vent du nord ? Je ne le supporte pas quand ma fenêtre est ouverte. J’aimerais bien que vous m’écriviez encore quelques mots. »

p. 250 « Pour nous, c’est différent, Emmi : nous partons de la ligne d’arrivée, et il n’y a qu’une direction possible : en arrière. Nous faisons route vers le désenchantement. Nous ne pouvons pas vivre ce que nous écrivons. »

danielglattauer

Daniel Glattauer est un auteur et journaliste autrichien né en 1960. Seuls trois de ses romans sont traduits en France : aux deux que j'ai cités s'ajoute A toi pour l'éternité.