Troublant, envoûtant, parfois trop lent, à coup sûr original. Ce roman de Benjamin Wood est une belle découverte à côté de laquelle je serais sans doute passée si PriceMinister ne l’avait mis en avant dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2014.

Le complexe

Le prélude place d’emblée l’histoire sous le signe de la tragédie. Deux corps sont retrouvés sans vie chez les Bellwether tandis qu’un dénommé Eden respire faiblement…

L’histoire débute dans les années 2000. Oscar Lowe, jeune aide-soignant, entre par hasard – ou guidé par une force supérieure ? – dans une chapelle de Cambridge, fasciné par le ronronnement de l’orgue. « Il y avait une fragilité dans cette musique, comme si l’organiste n’enfonçait pas les touches mais faisait voltiger ses doigts. » Il y fait la connaissance d’Iris, étudiante en médecine et sœur d’Eden, l’organiste. Bien que tout ou presque les oppose, Oscar et Iris se rapprochent peu à peu. C’est le choc de deux mondes différents, l’univers simple mais enrichissant d’Oscar et l’univers confiné, à l’abri des dures réalités de celui des Bellwether où on dîne en citant Descartes et Einstein, où l’art est synonyme de bénéfices, où accomplissement rime avec études prestigieuses. 

Mais Oscar ne tarde pas à s’apercevoir que derrière la personnalité séduisante d’Eden se cachent des troubles inquiétants ; Eden, imprégné de la philosophie d’un musicien allemand, Johann Mattheson, est persuadé que la musique peut influer sur nos comportements, voire qu’elle serait un moyen de provoquer des réactions calculées chez les auditeurs. Et Oscar devient malgré un lui un cobaye pour les expériences d’Eden sur l’hypnose...

Un roman envoûtant parce que le doute s’insinue au fil de la lecture : et si on laissait à Eden une chance de dévoiler ses talents ? S’il existait réellement une médecine parallèle, capable de traiter les fractures en un rien de temps ainsi que les maladies incurables ? La musique, avec toutes les vertus qu’on lui prête, ne pourrait-elle être un vecteur vers la guérison ? Et même si on a l’esprit rationnel, on a envie de se laisser convaincre…

Un roman troublant aussi parce qu’on ne sait pas où il nous mène. Roman protéiforme, à la fois roman d’amour, roman initiatique, thriller et roman psychologique, les scènes et les tonalités se succèdent sans que l’on puisse vraiment savoir vers quoi l’on tend, et c’est sans doute ce qui m’a le plus séduite.

L’orgue joue un rôle prépondérant dans ce récit. Il est comme un personnage discret qui envelopperait tous les autres de son aura mystique, omniprésent, tantôt captivant, tantôt menaçant. « [Le vent] soufflait dans les tuyaux cassés du vieil orgue ; un bourdonnement faible et dissonant qu’on entendait par intermittence, avec une parfaite régularité, comme une machine qui aurait trouvé le moyen de respirer. » Il y a même quelque chose de monstrueux, de bestial, dans cette mécanique grandiose qui tutoie le divin mais qui, Minotaure de bois et d’étain, pourrait tout aussi bien  dévorer ceux qui se trouvent dans son ombre. « Au centre de l’édifice, des tuyaux d’orgue déployés comme des ailes mugissaient au-dessus d’un jubé en bois ». 

En revanche, j’ai trouvé que le récit souffrait de quelques longueurs tandis que le dénouement est au contraire brutal et rapide. Mais je n’en dis pas plus et vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même cette œuvre singulière au charme certain

Merci à PriceMinister !

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