Première rencontre pour moi avec Agnès Desarthe, rien moins qu'auteure de livres pour enfants, pour adultes et traductrice !

Mangez-moi

Myriam, la narratrice, décide d’ouvrir un restaurant alors qu’elle n’a aucune expérience en la matière. Ce sera « Chez moi », un restaurant atypique, avec tarifs étudiants à vie et menus enfants vraiment élaborés. Une cuisine raffinée à la portée de tous. Et une restauratrice pour le moins anticonformiste.

Myriam est un personnage fantomatique, quasiment seul au monde. On sent qu’elle cache des blessures qui ne se révéleront qu’au fil de la lecture. Et j’aime ce côté insaisissable, cette intimité teintée de pudeur, ce personnage qui ne se livre pas tout à trac mais garde ses secrets, sa part d’ombre. Et c’est  cette part de mystère qui environne Myriam qui la dote d’une psychologie élaborée, d’une profondeur rare.

J’ai adoré ! D’abord parce que c’est un roman gourmand. On salive presque à chaque page à la simple évocation d’une recette, dont les ingrédients font surgir tout un monde de  saveurs ignorées, d’associations méconnues, toute une palette gustative que l’on testerait volontiers.

Enfin, le style lui-même a la saveur d’une dégustation : les mots sont comme des confiseries, délicats, chatoyants, savamment organisés. L’écriture est très travaillée et d’une infinie poésie. Il plane une certaine mélancolie sur ce récit. Myriam est désabusée, seule. Elle semble porter les marques d’une autre vie. Et les mots traduisent à la perfection sa tristesse mais aussi sa détermination. Mon édition numérique est d’ailleurs  couverte de fluo correspondant à tous les passages qui m’ont marquée et dont je veux garder une trace pour les relire régulièrement, comme des paroles bienfaisantes !

 

Citations pour les papilles

« Je me concentre donc sur la sauce tomate et la préparation de la cremolata, un mélange de zeste de citron, de basilic, d’huile d’olive et de parmesan que j’ajouterai au moment de servir. »

« Pour qu’un plat soit réussi, il faut que le rapport entre le tendre et le croquant, entre l’amer et le doux, entre le sucré et le piquant, entre l’humide et le sec existe et soit soumis à la tension de ces couples adverses. »

« En attendant son retour, je prépare des sablés que je servirai avec des figues au whisky et un sabayon vanille. »

« Le sang rose de la betterave sur un cœur de concombre m’attendrit. »

« Les peaux d’oignons, dorées, translucides et légères tourbillonnent sur le billot, soulevées par le vent de mon couteau. Je songe aux sublimes oignons blancs d’Ali Slimane, d’une douceur de fruits, semblables à des ampoules, car la lumière semblait non s’y refléter, mais en jaillir. »

« Nos tapas sont ravissantes : petit carré de pain d’épice orné de chèvre et de poire rôtie, foies de volaille au porto sur tranche de pomme de terre et confit d’oignons, petit rouleau de trévise au miel et au haddock. »

« Je le regarde enfourner les flans à la sauge et à la pancetta. »

 Citations pour le plaisir de l'esprit et du coeur...

« Chaque mot que je lis est comme un lampion coloré qui dispense une clarté bienfaisante. »

« Ce garçon pose les bonnes questions. Les questions auxquelles il n’y a pas de réponses. »

« Comment éviter que les souvenirs refluent ? Comment détacher sa conscience du passé ? Comment faire pour que rien n’évoque, pour que rien ne dénote, pour que rien ne rappelle ? Comment abolir l’écho ? Pourquoi la vie consiste-t-elle en cet inépuisable ressassement ? Ne guérit-on jamais de nos amputations, de nos mutilations ? »

« J’habitais sous l’eau, dans une cathédrale engloutie, mon chagrin devenait inaudible à mes propres oreilles et je souriais, bêtement. »

« ça veut dire qu’une relation entre un homme et une femme est comme un firmament. Tantôt bleu, tantôt noir, parfois nuageux, pluvieux même, peu importe, c’est toujours un seul et même firmament. »

J'en ai relevé bien d'autres, mais promis, je m'arrête là !