Un roman qui a beaucoup de succès sur la blogosphère mais qui m’a un peu déçue…

Le jeune Andrew Harrington, membre de la bonne société victorienne, est tombé amoureux de Mary Kelly, une prostituée. Or, celle-ci est vouée à devenir la dernière victime de Jack l’éventreur. Désespéré, il s’apprête à mettre fin à ses jours lorsqu’il est sauvé in extremis par son cousin, qui lui suggère d’empêcher lui-même le meurtre de Mary en remontant le cours du temps…

La carte du temps

Le roman pourrait être tristounet sans les interventions régulières du narrateur qui s’amuse à commenter l’action, voire à l’interrompre pour jouer avec nos attentes. C’est un roman dense qui fait voyager à travers l’ère victorienne et certains de ses symboles : Whitechapel, H.G. Wells, Elephant Man. Un roman qui se plaît à brouiller les pistes et à mêler les registres : thriller historique, science-fiction, romance…

Pourtant fascinée par la science-fiction ces derniers temps, en particulier par les voyages dans le temps, je n’ai pas été comblée par cette lecture. Certes, le style est superbe, fait de longues phrases alambiquées souvent ironiques, parfois lyriques, comme je les aime. Il y a dans ce roman une dimension réflexive, aussi bien sur notre appréhension du temps que sur les rouages de la création littéraire. C’est aussi un bel hommage à la littérature du XIXème siècle. La construction du roman est habile et surprenante et nous place, nous lecteurs, dans la même posture que les personnages du roman : est-il possible oui ou non de voyager dans le temps grâce à Gillian Murray ?

Mais j’ai fini par me lasser des tours de passe-passe de ce narrateur facétieux qui se joue de nous à loisir, même si c’est ce qui constitue l’originalité de ce roman. Peut-être que j’aurais davantage adhéré si les différentes parties du roman s’étaient succédé plus rapidement ; la partie consacrée à Claire Haggerty en particulier m’a semblé vraiment trop longue. Bref, ce qui m’a ennuyée, c’est la dilatation d’une histoire finalement assez brève en plus de sept cents pages quand bien même le thème annoncé me plaisait beaucoup.  Sans doute pas de tome 2 pour moi, dommage…

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Une déception qui ne m’a pas empêchée de déguster les mots...

p. 208 « Les romans n’étaient pas des tranches de vie, mais des machines plus ou moins bien réglées dont la fonction était de reproduire des morceaux de vie, mais des vies irréelles, perfectionnées, où les temps morts et les actes infructueux et vains qui construisaient une existence avaient été substitués par des épisodes émouvants et significatifs. »

p. 302 « Claire éprouva une sorte de vertige en remarquant que ces deux figures face à face commémoraient un fait qui ne s’était pas encore produit. Ces personnages étaient non seulement morts, mais ils n’étaient pas encore nés.é

p. 307 « Qui plus est, je crois fermement que notre destin n’est pas écrit. C’est nous qui l’écrivons, jour après jour, à chacune de nos actions. »

p. 504 « Elle devait se préparer à passer le restant de sa vie sans lui, se bornant à écouter son amour résonner de l’autre côté du temps, car elle ne le reverrait peut-être jamais. »

p. 506 « Si tu fais tout cela, tu fermeras le cercle, et tout ce qui est arrivé arrivera à nouveau. »

p. 559 « Nous nous trouvons à l’aube d’une extraordinaire découverte qui redéfinira certainement le monde tel que nous le connaissons, et dont les risques sont imprévisibles, ou du moins très difficiles à évaluer. »

p. 564 « L’expérience lui avait appris que ce que l’on réussissait sur le papier n’était qu’un pâle reflet de ce qu’on avait imaginé, il avait donc appris à se contenter que ce soit à moitié aussi bon que l’original, à moitié aussi acceptable que ce roman parfait et insaisissable qui lui avait servi de guide et qu’il imaginait en train de respirer avec moquerie derrière chaque livre comme une ombre fantomatique. »

Deuxième participation au mois espagnol chez Sharon !

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