« je suis pas très grande et mes cheveux ont la couleur du lait »

La couleur du lait

Campagne du Dorset, 1831. Mary entreprend de raconter l’année écoulée dans un récit rythmé par l’écoulement des saisons. Malmenée voire maltraitée par son père, elle abat une tâche colossale à la ferme aux côtés de ses sœurs. En dépit d’une vie particulièrement rude, elle arrive à trouver le bonheur dans les petites choses simples. Mais un beau jour, elle est engagée par le révérend du village pour tenir compagnie à la femme de ce dernier, souffrante. Ce qui semple s’apparenter à une ascension sociale prend vite une tournure tragique.

J’ai beaucoup aimé ce court récit. Il est original et réaliste à la fois, puisque la narratrice, Mary, parle sans détours. Elle sait lire et écrire depuis peu, ce qui explique qu’elle s’exprime dans une langue proche de l’orale, avec une ponctuation approximative et des maladresses. Mais le récit n’est dépourvu d’une certaine poésie, au contraire.

« il faisait froid et chaque brin d’herbe était brodé de givre »

« il faisait encore nuit mais je voyais le jour qui poussait les nuages »

« les nuages ont rapetissé et ils sont partis, le ciel s’est éclairci et les étoiles se sont éteintes »

« T’es malheureux des fois ?

Jamais bien longtemps.

Moi non plus. Et quand je suis triste je dois faire un effort pour me souvenir pourquoi sinon je redeviens heureuse. »

Le personnage de Mary est attachant : simple – elle préférerait continuer à mener la vie qu’elle a toujours connue, à la ferme – mais lucide – elle sait qu’elle sera toujours soumise à la volonté de son père -, candide – son amour inconditionnel pour la nature – mais pleine de bon sens et pragmatique…

C’est une lecture très émouvante dont l’aspect sordide n’est pas sans évoquer Tess d’Urberville de Thomas Hardy, un univers où les femmes sont victimes des hommes et de leurs turpitudes.

Littérature anglaise