Une vie entre deux océans est le premier roman de Margot L. Stedman. Il est paru en version originale en 2012.

p. 401 « Une fois qu’un enfant était entré dans votre cœur, il n’y avait plus de bien ni de mal qui tînt. »

une vie

Tom Sherbourne, rescapé de la première Guerre Mondiale, devient gardien du phare de Janus Rock, au large de l’Australie, et épouse peu après une jeune femme pleine de vivacité et d’enthousiasme, Isabel. Mais les douces heures laissent bientôt la place à la souffrance et au drame. Et le phare, qui symbolisait la droiture, la lumière morale dans les ténèbres, l’unique repère d’une existence ravagée par la guerre, devient le complice d’une imposture criminelle. Alors qu’un beau matin, un dinghy accoste, avec à son bord, un homme mort serrant dans ses bras un bébé bien vivant, le couple, qui vient de perdre son troisième enfant mort-né, prend une terrible décision : enterrer l’homme, sans rien dire, et élever la petite fille comme la leur…

 Amour, culpabilité, désir éperdu de maternité…

C’est un roman magnifique qui  a suscité en moi des sentiments ambigus. Il y a tant de souffrance qu’on ne sait à qui accorder à qui sa compassion, ou plutôt, chacun des personnages, malgré les fautes qu’il a pu commettre, n’en paraît pas moins humain et attachant.

Isabel est un personnage touchant, d’autant plus que le lecteur la côtoie pendant près de cent cinquante pages avant l’arrivée du bébé. On apprend à la connaître et on souffre avec elle de ses fausses couches répétées, on assiste, impuissant, à son dernier accouchement dramatique. On la voit accueillir l’arrivée du bébé sur l’île comme un don du ciel, quelles qu’en soient les conséquences.  Au contraire, le remords vient heurter Tom comme le reflux des vagues érode Janus Rock.

Le roman est rehaussé de magnifiques descriptions qui nous font sentir l’odeur du sel, la force des vagues, la puissance de la nature. Et puis c’est un roman qui fait écho à un univers qui me fascine : celui de la vie dans un phare insulaire, le « purgatoire ». La vie esseulée sur une île déserte, à la merci des éléments. « Le vent poursuivait sa vendetta séculaire contre les fenêtres, escorté par le tonnerre liquide des vagues. » Une vie rythmée par des gestes salvateurs, des rituels aussi précis qu’indispensables.

Cinq cents pages dépaysantes, bouleversantes, qui se lisent en un clin d’œil !

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p. 53 « Le phare de pierre blanche se dressait contre le ciel gris ardoise tel un bâton de craie. »

p. 57 « A deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer, il était fasciné par la chute vers cet océan qui venait s’écraser contre la falaise en contrebas. L’eau jaillissait telle de la peinture blanche, aussi épaisse que du lait, et l’écume disparaissait parfois assez longtemps pour révéler l’immensité d’une sous-couche d’un bleu profond. »

p. 62 « C’est un luxe que de faire quelque chose qui n’a pas d’utilité pratique : le luxe de la civilisation. »

p. 105 « [Janus] voit le passé et l’avenir. Tout comme l’île donne sur deux océans, vers le pôle Sud et vers l’équateur. »

p. 170 « Une fois installé sur un phare en pleine mer, vous pouvez vivre l’histoire que vous choisissez de vous raconter et personne ne vous dira que cela n’a aucun sens, ni les mouettes, ni les prismes, ni le vent. »

p. 178 « C’est comme si, avant Lucy, j’étais daltonienne, et maintenant le monde est tout à fait différent. Il est plus clair et je vois plus loin. Je suis exactement au même endroit, les oiseaux sont les mêmes, l’eau est la même, le soleil se lève et se couche comme il l’a toujours fait, mais jusque-là je ne savais pas quel était le sens de tout cela, dit-elle en attirant Lucy contre elle. »

p. 237 « L’histoire, c’est ce sur quoi on se met d’accord. »

Coup de coeur