Amelia

Découvrez Amelia à travers son portrait chinois

Si Amelia était…

- un animal : le caméléon, pour son aptitude à se fondre dans la masse des exigences des Maggies, le club très fermé de son lycée

- une personnalité : Virginia Woolf, « parce qu'elle avait un talent dingue et qu'elle avait été celle qu'elle voulait être, malgré la pression de la société qui voulait qu'elle soit autrement. »

- une discipline scolaire : l'anglais, sa matière préférée, enseignée par une jeune prof qui donne le goût de lire à ses élèves, Liv.

- une couleur : vert… et noisette, de même que ses yeux vairons, éléments cruciaux de l'intrigue...

- un objet : le portable, apanage des ados d'aujourd'hui mais aussi vecteur d'une succession d'événements qui mèneront Amelia à sa perte.

- une boisson : un chaï latte, comme celui qu'elle consomme avec son amie Sylvia dans un café new-yorkais tendance.

 New York, de nos jours. Kate, une avocate très prise, reçoit un coup de fil inquiétant du lycée chic fréquenté par sa fille. Amelia a triché à un devoir d'anglais. Stupéfaction. Amélia excelle dans tous les domaines, notamment en littérature anglaise. C'est l'élève modèle, qui consacre son temps libre à ses devoirs et au bénévolat. Lorsque Kate arrive sur les lieux, une terrible nouvelle l'attend : Amelia a sauté du haut du toit du lycée. La stupéfaction cède alors la place à une douleur sans fin. Et puis c'est le doute, lorsque Kate reçoit un texto affirmant « Amelia n'a pas sauté ». Kate décide de reprendre l'enquête à zéro, en épluchant notamment les communications d'Amelia et en interrogeant son entourage.

Entre émotion et addiction, un roman atypique. Je fuis en général tout ce qui a trait à la mort d'un enfant ou d'un adolescent car je suis trop sensible. Ce qui m'a attirée dans le résumé, c'est le doute qui subsiste quant à la mort d'Amelia : suicide ou meurtre ? Et c'est aussi le paradoxe d'une narration complexe : en effet, Amelia meurt au début du roman, mais des retours en arrière nous permettent de l'accompagner dans les semaines qui ont précédé sa mort. On se prend donc à connaître et à aimer un personnage qui meurt d'emblée, avec lequel on ne pourra plus rien partager… La fin n'en est que plus poignante ; on connaît l'issue tragique, il ne reste plus qu'à savoir pourquoi et comment.

 L'ensemble est savamment orchestré. Le récit « contemporain », qui nous montre, sans s'appesantir, le deuil de Kate puis sa détermination à comprendre ce qui s'est passé. Les retours en arrière qui dévoilent progressivement le quotidien d'Amelia et donnent au lecteur une longueur d'avance. Des échanges de textos et des publications sur son mur Facebook.

Au fil de l'enquête, Kate commence à voir se craqueler le vernis des apparences dans le milieu huppé de New York. Chacun cache un secret inavouable qui a précipité Amelia vers sa triste fin. Personne n'est en réalité ce qu'il semble être. Et c'est ce qui m'a plu : les personnages sont complexes, hantés par leurs propres démons. Et la manière dont ils essaient de s'en débarrasser ne fait qu'aggraver les choses. Rien n'est laissé au hasard, toutes les erreurs commises dans le passé vont ressurgir et se payer au prix fort. Tout s'enchaîne logiquement et implacablement.

 Le titre original rend bien justice à la virtuosité du récit : Kate découvre qu'elle ne connaissait pas sa fille aussi bien qu'elle le pensait et met tout en œuvre pour y remédier, pour « reconstruire » sa véritable personnalité et ses dernières heures.

Un roman riche, surprenant et retors, qui serait apparemment en cours d'adaptation au cinéma avec Nicole Kidman ! Vivement !

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Merci à Priceminister pour cette lecture passionnante, faite dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2015 !