Anna Quindlen est une journaliste et romancière américaine.

Nature morte aux miettes de pain

« Nature morte aux miettes de pain, une composition vaguement flamande de verres à vin sales et d'assiettes empilées, avec les entames de deux baguettes et un torchon roussi par la cuisinière à gaz. »

Rebecca Winter, photographe désargentée, âgée d'une soixantaine d'années, a quitté son confortable appartement new-yorkais pour un cottage délabré à flanc de montagne. Artiste jadis reconnue, saluée notamment pour ses natures mortes photographiques (Nature morte aux miettes de pain, bien sûr, considérée comme un manifeste féministe, la dénonciation de la trop grande part laissée aux femmes dans la bonne marche de la maison... et la série des Plans de travail), elle a bien du mal désormais à finir le mois, d'où son déménagement. Sa nouvelle vie lui paraît bien austère, mais de belles rencontres vont bientôt colorer un peu son existence...

Le choc des cultures est de prime abord assez amusant. Rebecca, plus habituée à déambuler à Central Park que dans les sentiers forestiers, se retrouve à cohabiter avec un raton-laveur. « Des fois, je crois que les gens de la ville regardent trop de Walt Disney. Ils pensent que les animaux sont comme dans les dessins animés. » Mais elle fait preuve d'une bonne adaptabilité et trouve vite ses marques : randonnées-photos, dégustation de muffins chez Sarah, amitié ombrageuse avec Jim, le garde-forestier et rencontre de Tad, le clown...

Une pause champêtre salutaire pour Rebecca comme pour moi, prétexte à l'introspection et aux souvenirs. Si certains personnages ne sont pas très nuancés – en particulier l'ex-mari de Rebecca, volage et caricatural, et sa mère, froide et autoritaire -, sa relation complexe avec Jim est crédible en revanche. Et surtout, sa gentillesse, sa maladresse et son humilité en font un personnage fort sympathique.

Un récit court, rythmé par de courts chapitres et rafraîchissant... dans tous les sens du terme !

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« Parfois, les choses doivent se passer quand vous êtes prêt à les recevoir. Rebecca Winter le savait, et elle était sur le point de faire bien d'autres découvertes. »

« La saison de la chasse ouvre le lundi qui suit Thanksgiving. D'ailleurs, vous devriez rester chez vous le plus possible pendant cette semaine-là et porter de l'orange quand vous sortez. »

« Abandonnant la lutte, Rebecca regarda par la fenêtre et découvrit un paysage lunaire. Le chemin, les marches et même sa voiture avaient disparu sous d'énormes congères, dont certaines montaient jusqu'aux appuis de fenêtre. »

« Le ciel, le sol, le toit et les arbres, tout était monochrome, d'une nuance de blanc translucide et brillant, une beauté qu'aucune photographie n'aurait su rendre. »

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