« Comment Conan Doyle a-t-il pu se tromper à ce point ? »

 L'affaire du chien

Ingénieux ou farfelu ? Je n'arrive pas à trancher.

Nul besoin de relire le roman auparavant (mais bien sûr, c'est d'autant plus intéressant si on prend le temps de le faire) car Pierre Bayard résume l'intrigue et en restitue l'atmosphère en citant d'abondants extraits. Puis il reprend le fil de l'enquête, s'attachant à en montrer les manquements, pointant les incohérences voire les contradictions dans les conclusions de Sherlock Holmes, rien de moins !

S'appuyant sur le concept de « l'autonomie des personnages », Pierre Bayard démontre que l'auteur ne contrôle pas tout et que ceux-ci peuvent mener une vie propre à l'intérieur du récit.

« Ceux-ci ne sont pas, comme le croit trop souvent, des êtres de papier, mais des créatures vivantes, qui mènent dans les livres une existence autonome, allant parfois jusqu'à commettre des meurtres à l'insu de l'auteur. » C'est une hypothèse assez séduisante qui me fait penser à l'univers de Jasper Ffforde et à la saga Thursday Next dont je lis le tome 3 en ce moment, où les personnages s'apparentent à des acteurs, doués de vie et d'intentions. Pierre Bayard recourt aussi à la psychanalyse pour montrer que les personnages peuvent acquérir un certain degré de réalité, au moins dans notre inconscient, et donc jouer un rôle dans nos vies…

Et puis Pierre Bayard se fixe pour objectif de réhabiliter ce pauvre chien, injustement accusé de meurtre depuis une centaine d'années, alors on ne peut que saluer l'initiative  !

C'est aussi une réflexion au sens large sur l'acte de lecture et sur la place du lecteur quant à la construction du sens de l’œuvre : « C'est le lecteur qui vient achever l’œuvre et refermer, d'ailleurs temporairement, le monde qu'elle ouvre, et il le fait à chaque fois d'une manière différente. »

C'est parfois un peu tiré par les cheveux, mais j'ai aimé me replonger dans l'univers de Conan Doyle et découvrir les failles de l'enquête, qui sautent aux yeux maintenant qu'elles ont été pointées du doigt ! Il définit ainsi ce qu'il appelle la critique policière : « Celle-ci vise à tenter d'être plus rigoureux que les détectives de la littérature et les écrivains, et à élaborer des solutions plus satisfaisantes pour l'esprit. »

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Pierre Bayard est aussi l'auteur de Qui a tué Roger Ackroyd ? dont j'ai eu beaucoup d'échos positifs.

Une plume très agréable à lire, presque lyrique, que je vous recommande !

« Car les pensées des personnages littéraires ne sont pas enfermées à jamais dans l'intériorité de celui qui leur a donné souffle. Plus vivantes que beaucoup de vivants, elles se diffusent à travers ceux qui fréquentent leurs auteurs, imprègnent les livres qui les racontent et traversent les époques. »