Andrew Stone psychiatre à Goldengrove, un hôpital Art Déco de la Côte Est, décide, sur les instances d'un collègue, de venir en aide à Robert Oliver, un professeur d'histoire de l'art et peintre renommé, qui a été interné après avoir tenté de lacérer une toile à la National Gallery de Washington. Pourquoi ce peintre à succès décide-t-il soudainement de tout gâcher pour ravager un tableau impressionniste, Léda vaincue par le cygne de Gilbert Thomas ?

cygnes

Lui-même peintre, Andrew s'intéresse immédiatement à ce cas et commence à y consacrer son temps libre pour comprendre les agissements de Robert, quitte à faire quelques entorses à la déontologie…

Elizabeth Kostova a du talent pour donner corps à ses personnages, à travers l'évocation de leurs goûts, de leurs petites habitudes, de leur histoire personnelle, de leur apparence physique… On s'identifie à très vite à Andrew et on se prend de passion pour cette enquête psychologique et intimiste.

L'intrigue est complexe mais bien menée et le titre ne prend son sens que dans les dernières lignes du roman. Il y une grande délicatesse dans l'attention portée aux détails, au choix des couleurs évoquées, qui traduisent une bonne connaissance de l'univers pictural dans lequel le récit baigne littéralement puisque tous les personnages ont un lien, de près ou de loin, avec la peinture.

C'est le roman des amours transgressives, hors-normes, et c'est ce qui en fait l'originalité. L'amour n'est pas toujours là où on l'attend.

De toutes les histoires qui nous son racontées – ou du moins les différents points de vue d'une histoire complexe et étirée dans le temps -, c'est celle de Béatrice que j'ai préférée. La vie de cette femme peintre impressionniste du bois de Boulogne nous est délivrée par bribes, à travers des lettres et des chapitres à la troisième personne. Humble, discrète, émouvante, mariée à un homme très occupé, elle va trouver l'amour bien malgré elle avec une personne tout à fait inattendue. Et curieusement, bien que les faits se déroulent en 1879, c'est la seule partie du roman qui soit narrée au présent, ce qui non seulement actualise l'histoire mais la hausse presque au rang de mythe fondateur, en tout cas pour Robert.  

Seul bémol peut-être, la fin, et notamment le revirement brutal et presque incompréhensible de Robert. J'aurais aimé mieux comprendre le trouble dont il était atteint. Mais c'est une toute petite réserve car j'apprécie l'univers raffiné et éclectique de la romancière, déjà entrevu avec L'historienne et Drakula.

America