Cela faisait un petit moment que La mémoire des embruns me tentait, dans l'espoir de prolonger le plaisir d'Une vie entre deux océans, un autre roman australien qui m'avait beaucoup émue. Et puis il fallait être raisonnable, terminer d'abord la pile de livres qui m'attend. Mais finalement non, j'ai craqué quand j'ai découvert qu'il était sorti en poche !

 

La mémoire des embruns

Le prologue a tout pour piquer la curiosité du lecteur : Mary Mason, une dame âgée, reçoit la visite d'un homme qu'elle n'a pas vu depuis plusieurs décennies. Celui-ci lui remet une lettre susceptible de rétablir la vérité. Mais évidemment, on ne sait pas encore laquelle, tout au plus peut-on suspecter un secret de famille enfoui depuis des générations…

Suite à cette visite inattendue, Mary, en dépit de sa vulnérabilité, trouve le moyen de regagner l'île Bruny, où elle a passé de nombreuses années en compagnie de son mari Jack et de ses enfants. Mais alors qu'on pense que ce pèlerinage va lui apporter la paix, on s'aperçoit qu'en réalité, les réminiscences qui lui parviennent ramènent à la surface une réalité infiniment plus complexe…

Parallèlement, un récit à la première personne nous permet de côtoyer Tom, le fils cadet de Mary, un homme solitaire et taciturne, profondément affecté par un voyage en Antarctique fait bien des années auparavant…

Dernier coup de cœur de l'année 2016, à moins que d'ici la fin du mois, je réussisse à lire, et surtout à chroniquer un autre livre qui me ravirait autant ! J'ai un faible pour les îles, où l'homme renoue le contact avec la nature, entre en communion – ou en lutte – avec les éléments. De ce point de vue-là, l'île Bruny ne manque pas de magie : Mary s'installe dans un vieux cottage à quelques mètres de la plage, à une époque où le ressac fouette la roche déchiquetée.

L'évocation de l'Antarctique est sublime aussi ; il faut dire que depuis que j'ai vu Everest, je suis attirée par ces espaces inaccessibles et particulièrement hostiles. Pour les personnages, partir en campagne dans cette région du monde, c'est rompre totalement avec un mode de vie et la monotonie qui le caractérise. De plus, l'auteure étant vétérinaire, on sent une approche intéressante du règne animal dans cette zone particulière. J'ai aimé me dépayser dans cette région du monde si différente de la nôtre : « Derrière la maison, les hautes silhouettes des eucalyptus au bord de la rivière. Quand le vent soufflait, elle aimait se tenir sous ces arbres monumentaux qui portaient aussi le nom de gommiers blancs et regarder les longues bandes d'écorce rugueuse claquer contre les troncs tandis que leurs feuillages se balançaient tout là-haut contre le ciel » (p. 76).

Une belle réflexion aussi sur l'amour conjugal, les difficultés à préserver la flamme ; plus que la passion, une relation durable et réussie pour Mary est celle qui permet d'être ensemble le plus sereinement possible. Et du même coup, une définition du bonheur toute de simplicité et d'acceptation.

Si vous avez envie de voyager, de voir des pétrels des neiges, d'assister à une aurore boréale (p. 278), de découvrir la vie quotidienne dans un phare, n'hésitez pas, ce livre est fait pour vous !

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p. 19 « Cette lettre où fusionnaient passé et avenir était comparable à un lourd fardeau. »

p. 49 « Dans cette immensité, votre cœur devenait plus grand. »

p. 81 « L'île dont la beauté solitaire était rehaussée par la proximité du continent distillait une magie indéfinissable. »

p. 219 « Le temps passé miroitait sur les feuilles, mais rien ne pouvait être changé. »