Quartier lointain

Première rencontre avec Jirô Taniguchi, disparu il y a quelques mois.

Hiroshi, 48 ans, marié et père de deux filles, est un bourreau de travail et a tendance à abuser de l'alcool. Un jour, par inadvertance - à moins ce que ce soit un signe du destin-, il se trompe de train. Au lieu de rentrer à Tokyo, il se trouve à bord du train à destination de Kurayoshi, sa ville natale. Une fois sur place, il en profite pour parcourir les lieux, en particulier le cimetière où repose sa mère, disparue prématurément vingt auparavant. Et c'est là que l'impensable se produit : après un léger étourdissement, sous l'égide d'un papillon, il se retrouve en 1963, l'année de ses quatorze ans… Après l'étonnement et l'incompréhension, Hiroshi, se glisse à nouveau dans la peau de celui qu'il état adolescent, mais fort de son expérience d'homme mûr, modifie sans le vouloir le déroulement des menus événements de son quotidien ; il comprend alors qu'il pourrait modifier sa vie future, notamment en empêchant la fugue de son père, qui est parti un jour d'été pour ne plus jamais revenir…

J'ai été bouleversée par ce manga alors que je ne lis jamais de bandes dessinées. Le premier album se place d'emblée sous le signe de la nostalgie, un sentiment qui me parle particulièrement ; le personnage s'absorbe dans le travail, regrette la disparition de sa mère et se demande si elle a été heureuse. C'est un personnage mélancolique en plein questionnement et tout cela se perçoit en quelques vignettes à peine.

On se met inévitablement à la place d'Hiroshi, retournant en classe comme un ado ordinaire. Pas sûre d'être aussi douée que lui en anglais ou en sport après une aussi longue interruption...

Le dessin est sûr, minutieux, réaliste et les cases se succèdent avec naturel et fluidité. Nombreuses sont les vignettes panoramiques qui permettent au regard d'appréhender le cadre. L'incrédulité bien compréhensible d'Hiroshi, lorsqu'il commence à comprendre qu'il a voyagé dans le temps, est rendue avec finesse : la perception de l'espace et du temps, les sensations physiques… On l'accompagne avec avidité dans cette réappropriation de son quotidien, tout en se demandant s'il va pouvoir changer le cours des événements.

Le même soin des détails est prêté aux personnages secondaires qui peuplent l'univers d'Hiroshi adolescent ; une voix narrative nous dévoile le caractère de chacun, et bien sûr, son avenir, ce qui leur donne de l'épaisseur. La petite sœur, Kyoko, est attachante, toute en spontanéité.

C'est finalement une réflexion sur le sens de la vie, à l'heure du bilan : [on a une action limitée sur les autres ; on ne peut pas éviter certains événements tragiques (même avec un voyage dans le temps…). Il ne reste plus qu'à accepter sa vie telle qu'elle est, prendre ses responsabilités et en redécouvrir les richesses.]

 J'espère bien découvrir les autres albums de cet artiste...

Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais