« Encore plus étonnant était l'attirance de Koko pour Shakespeare. Sentait-il la reliure en peau de porc ou la cire utilisée pour conserver le cuir ou encore une colle rare en usage au XIXème siècle pour la reliure ? Et, dans tous les cas, pourquoi préférait-il Hamlet ? » p. 251 

Le chat qui connaissait Shakespeare

Jim Qwilleran, journaliste d'une cinquantaine d'années, s'est retiré depuis peu à la campagne, où il vit en bonne compagnie (comprenez : avec deux chats siamois, Koko et Yom Yom). Jim leur fait d'ailleurs goûter l'art de la conversation, le soir, au coin du feu, pour les aider à « s'élever ». Et de fait, Koko qui a une passion pour les livres anciens, fait systématiquement chuter de la bibliothèque des œuvres de Shakespeare, rien de moins ! Et cela devient d'autant plus intriguant lorsque les morceaux choisis font curieusement écho aux étranges événements qui se déroulent en ville, à savoir la mort suspecte du patron du journal puis l'incendie de ses locaux…

Première rencontre avec Jim Qwilleran, ce personnage sympathique dont j'ai reconstitué l'itinéraire entre les lignes. Installé à Pickax - une ville fictive des Etats-Unis - depuis seulement dix-huit mois, il occupe une magnifique demeure dont il a hérité, alors qu'il avait jusque-là des revenus modestes. Mais son goût pour la simplicité l'amène à préférer l'appartement situé au-dessus du garage tandis que c'est sa gouvernante, la charmante Mrs. Cobb, qui occupe la suite française garnie de meubles anciens. On a donc là un renversement des rôles amusant. « Qwill » et Mrs Cobb forment un charmant tandem, Mrs. Cobb prenant grand soin de son employeur, mais aussi de ses chats tandis que Qwill s'inquiète des fréquentations de celle-ci…

Tous les chapitres ou presque s'ouvrent sur des considérations météorologiques, clin d’œil humoristique aux nouvelles préoccupations de Qwill. Lorsqu'il vivait dans le monde « d'En-Bas », il était sans doute trop pris pour y penser et le temps semblait plus clément. Au contraire, dans le pays « d'En-Haut », le temps est une question majeure, dans cette contrée où les chutes de neige peuvent paralyser la circulation. On découvre une partie du comté imaginaire de Moose en compagnie de Qwill lorsqu'il commence à mener l'enquête. Une contrée étrange, à la limite du fantastique, battue par les vents, isolée, rurale : « Le diable lui-même ne la trouverait pas sur la carte, car c'est une ville fantôme depuis cinquante ans, mais vous la trouverez, quand je vous aurai expliqué comment y aller. » (p.77).

C'est donc une promenade revigorante, amusante, dépaysante. La présence des chats et de leurs petits travers comblera tous les fans de petits félins, le charme suranné qui plane dans l'air (en quelle année est-on ? Epoque contemporaine de la date de publication ou période plus ancienne ?), les éléments du puzzle qui se mettent doucement en place, l'idée assez burlesque qu'un chat puisse s'intéresser à Shakespeare, la ville de Pickax qui prend vie tout doucement dans mon imaginaire… Tout concourt à créer un univers très particulier que j'aimerais retrouver dans une prochaine lecture...

***

« Koko est moins sentimental et plus cérébral, expliqua Qwilleran. Il possède ses propres attributs et sa personnalité, et nous devons le comprendre et l'accepter tel qu'il est. » p. 97

« Qwilleran éprouva une sensation particulière au-dessus de la lèvre supérieure. Une démangeaison, un tressaillement ou simplement un vague sentiment de malaise à la racine de sa moustache lui disait qu'il était sur la bonne voie. » p. 73

***

Une lecture partagée avec Hilde qui, comme moi, essaie de faire baisser le niveau de sa PAL !!

 Chez Titine

mois américain