« Pendant les périodes de guerre, Noël signifie moins de cadeaux sous le sapin, mais plus de cadeaux du cœur. »

(p. 253)

Un goût de cannelle

Allemagne, Noël 1944. Elsie, âgée de dix-sept ans, traverse la guerre en travaillant dans la boulangerie de ses parents. Elle est courtisée par Josef, un officier nazi, dont elle ne partage pas les sentiments. Quant à sa sœur aînée, Hazel, elle s'est portée volontaire au Lebensborn pour afin de concevoir des bébés aryens.

De nos jours, au Texas, Reba, une jeune journaliste hantée par le suicide de son père survenu dans son enfance, a du mal à s'engager avec Rikki. Celui-ci, en tant que garde-frontière, se doit de renvoyer au Mexique les familles entrées illégalement sur le territoire. Lorsqu'elle est chargée d'écrire un article sur les traditions de Noël en Allemagne, Reba se tourne tout naturellement vers Elsie et sa pâtisserie allemande, elle qui s'est installée aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies. Mais la vieille dame n'est pas encore décidée à livrer tous ses secrets...

D'une lecture fluide, ce roman présente une construction intéressante. J'aime beaucoup, de manière générale, le va-et-vient entre passé et présent, d'autant plus lorsque l'un fait écho à l'autre, ce qui est le cas ici. En effet, à soixante ans d'intervalle, les cas de conscience de Josef, qui s'interroge parfois sur la légitimité de sa mission, entrent en résonance avec ceux de Rikki, qui réalise peu à peu qu'il ne croit pas à la sienne. Le parallèle entre les deux époques montre que l'histoire est un perpétuel recommencement. Le rejet de l'autre est malheureusement une constante.

Ce qui est curieux, c'est que ce roman s'apparente par moments à un feel good tout en effleurant des réalités terribles : viols, meurtres, sort réservé aux bébés du Lebensborn… Il y a un équilibre réussi entre réalité historique et dimension romanesque.

Il est amusant de côtoyer Elsie à deux époques si différentes de sa vie ; la jeune fille déterminée mais soumise aux aléas de la guerre est devenue, au soir de sa vie, une vieille dame facétieuse, au franc-parler réjouissant. Une pointe d'humour qui vient rehausser une lecture émouvante.

Et bien sûr, ce qui porte le récit, c'est ce parfum de cannelle qui imprègne les pages du début à la fin. D'ailleurs, il y a un carnet de recettes qui donne bien envie de réaliser les fameux Brötchen dont il est si souvent question. Mais on voit aussi sur le présentoir de la petite boulangerie du reisbrer à la cannelle, des christollen, des lebkuchen, des pumpernickel, du bauernbrot, du kuchen aux raisins, des kreppel, des matschbrötchen...

… ça me fait penser que j'ai un moule à springerle acheté l'an dernier en Alsace au marché de Noël mais je ne l'ai pas encore utilisé… Affaire à suivre…

***

p. 11 « Dans la cuisine, des boules de pâte aussi rondes et blanches que des bébés s'alignaient sur le plan de travail et embaumaient l'air de lait, de miel et de la promesse de lendemains meilleurs. »

p. 95 « Des Lebkuchen au gingembre en forme de cœur étaient posés sur la table en bois, leur glaçage se durcissant pour former des enjolivures et des petits points nets. Papa en avait préparé cinq : pour Max, Luana, Hazel, Elsie et Julius. La tradition voulait qu'il se lève avant eux afin d'accrocher les cœurs sur la plus haute branche du sapin de Noël. »

 

Pour le challenge de Noël   Chicky Poo et Samarian

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Challenge des douze thèmes, "Noël" chez A little-bit-dramatic !

 

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