« La musique nous force à sortir de nous-mêmes, de nos soucis, de nos tragédies ; elle nous aide à porter notre regard vers un monde différent, plus vaste. » (p. 137)

 

La chorale

Mars 1940. Tous les hommes de la petite communauté de Chilbury, dans le Kent, ont été mobilisés. En l'absence de voix masculines, le pasteur prend la décision de suspendre les activités de la chorale. Mais un petit groupe de femmes, sous l'égide de la pétulante Prim, décide de constituer un chœur féminin pour soutenir le village au cours de cette période tourmentée. Le lecteur découvre la mise en place de ce chœur au jour le jour, au gré des événements tragiques qui vont frapper Chilbury.

La musique bien sûr constitue le fil rouge de l'histoire, devient un moyen de résister, de s'entraider, de s'unir face à l'adversité : p. 181 « Hitler a-t-il la moindre idée de la force et de la détermination de treize femmes exaltées ? En tout cas, je le soupçonne de ne jamais avoir envisagé le potentiel meurtrier d'un présentoir à gâteaux. »

Je n'ai pas trop d'affinités avec le genre épistolaire en temps ordinaire, mais il faut reconnaître que le choix des personnages est judicieux ; les voix narratives sont majoritairement féminines donc, vu les circonstances, et offrent chacune au lecteur une sensibilité différente : la douce Mrs Tilling, veuve et mère d'un jeune soldat parti au combat, qui va s'affirmer peu à peu ; Venetia, la croqueuse d'hommes, Edwina, la sage-femme à la morale douteuse mais aussi la jeune Kitty, sœur de Venetia ainsi que Silvie, une enfant tchèque qui a trouvé refuge en Angleterre en attendant que sa famille la rejoigne.

La variété des genres (lettres, journaux intimes) et des personnalités (caractère, situation personnelle, âge) rythme agréablement l'ensemble. Le journal de Mrs Tilling est celui d'une femme raisonnable, qui n'a pas eu une vie facile. Il y a une plus grande liberté de ton dans les lettres d'Edwina à sa sœur et dans celles de Venetia, ce qui donne du piquant à l'ensemble. Et il y a bien sûr le charme british du cadre, même si les descriptions sont moins nombreuses que dans un récit à la troisième personne. J'ai beaucoup aimé l'évocation de la maison de Prim, évocatrice de son parcours.

Les événements prennent une tournure de plus en plus dramatique et la tension s'amplifie. Le destin de chacune des protagonistes prend un virage inattendu ; chacune sera confrontée à ses choix et amenée à prendre des décisions cruciales. Ce récit qui s'annonçait presque comme un feel good historique, si on peut dire, s'assombrit au fil des pages, sans rien perdre de son aspect plaisant mais tout en gagnant en profondeur. Entre humour british et émotion, un récit plein de charme que je vous conseille sans réserves !

 

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p. 186 « C'est étrange, la façon dont un moment de chant nous lie. Chacune était là, perdue dans son monde, avec ses problèmes, et tout d'un coup, ceux-ci ont paru se dissoudre et nous avons pris conscience que nous étions ensemble, ici et maintenant, en train de traverser cette épreuve et de nous soutenir mutuellement. »

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Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette agréable lecture !

 Challenge des Douze thèmes chez A-little-bit-dramatic : « La Fille de la Bande » →  un livre dont l' héroïne est une femme et dont l'auteure est une femme aussi

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