Long Island, mai 2003. Pour la première fois, Rona vient rendre visite à sa grand-tante installée aux Etats-Unis. Marie a en effet quitté sa Frise natale en 1932 pour rejoindre ses frères et soeurs partis quelques années auparavant. C'est une occasion opportune pour Rona de changer d'air alors qu'à quarante ans, elle est en instance de séparation. Elle noue très vite une complicité avec Marie qui lui raconte sa jeunesse. Cette dernière va même finir par lui délivrer la recette secrète du cheesecake, la fameuse pâtisserie qui a changé le cours de plusieurs vies...

 

La Pâtissière de long island

Résumée ainsi, l'histoire paraît un peu simpliste et convenue ; certains éléments de l'intrigue sont effectivement un peu attendus comme la romance ou le changement de vie de Rona ; l'idée qu'une recette puisse à ce point influer sur la vie des gens est un peu naïve – mais je le suis moi-même donc ça ne me dérange pas !

Malgré toutes ces petites réserves, j'ai adoré. Ce roman est non seulement rafraîchissant mais également bien construit. L'alternance des époques et des narrations – 2003, récit à la permière personne de Rona et 1932, récit à la troisième personne focalisé sur Marie – pique la curiosité du lecteur. De plus, les différents chapitres, très longs au début, se font de plus en courts, à mesure que l'on se rapproche du dénouement, créant ainsi un agréable crescendo.

Si j'ai aimé découvrir le New York des années 30 en compagnie de Marie (le Chrysler Building, les Hamptons, les salons de beauté, la prohibition et la vente clandestine d'alcool, l'essor des produits surgelés), j'ai encore plus apprécié les chapitres se déroulant en Allemagne ; la vie des colons en Frise (actuelle Basse-Saxe), une vie difficile qui consistait à assécher les marais et à vendre la tourbe ainsi obtenue. Une vie à mille lieux alors de la vie new-yorkaise. Ce roman pose aussi un regard intéressant sur la monté en puissance du nazisme et sur le destin des Juifs Allemands.

Bref, un roman certes à dominante sentimentale, mais ancré dans deux contextes historiques et géographiques intéressants (et pas forcéments courants en ce qui concerne la Frise Orientale), au style soigné et à la construction bien orchestrée. A découvrir sans hésiter !

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p. 28 « Des nappes de brouillard au sol flottaient au-dessus des pâturages d'un vert soutenu. Des nuages couleur abricot dansaient entre les cerfeuils sauvages et les lupins dans les fossés de chaque côté de l'étroit terrain. Ils transformaient le sous-bois de haies éparses en décor pour des rencontres merveilleuses ejtre fées et lutins. »

 

p. 303 « J'ai fermé les yeux. Froid, soyeux et souple. La garniture compacte flattait les papilles et le palais, des arômes crémeux et acidulés s'élevaient, j'ai goûté du citron, une touche d'orange, de vanille. Hummm... Manne divine ! Ensuite une bouchée de la mince base en pâte brisée. Croquante, croustillante avec de fins arômes de caramel brûlé. Et maintenant, les deux ensemble, avec une fraise fraîche, écrasée en haut du palais et mâchée très lentement. Merveilleux.

C'était sensé être un gâteau au fromage blanc ? »

 

p. 374 «  Tu dois tester les temps de cuisson pour chaque four, a-t-elle dit, on ne peut pas généraliser. C'est comme avec les violons, il y a les Stradivarius et il y a les autres. »

 

Chez Soukee

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