« Nous voulions prouver qu’une famille américaine lambda pouvait se contenter des fruits du cellier local et y trouver du plaisir. »

Un jardin dans les appalaches

La romancière Barbara Kingsolver fait le récit de son installation avec mari et enfants dans les Appalaches où le climat et les conditions de vie sont moins soumis à la pollution qu'ailleurs. Leur défi : produire fruits, légumes et viande de manière à devenir autosubsistants.

Cette expérience est racontée de manière chronologique, sur une année, mais à un moment où l'organisation est déjà bien rôdée et développée. Des anecdotes amusantes le disputent à la réflexion. C'est aussi une œuvre familiale, composée à plusieurs mains (le jardin tout autant que le livre) ; le mari de Barbara y ajoute une part documentaire non négligeable en faisant le compte rendu d'études récentes ; Camille, quant à elle, la fille aînée, fait part aux lecteurs de sa vision des choses et partage ses recettes fétiches. Même si Barbara prône un retour à un mode vie plus authentique, c'est toujours avec lucidité et humour, sans intentions moralisatrices. J'ai passé un excellent moment dans les Appalaches, notant des idées de recettes et de plantations.

Le récit de cette expérience fait écho à mon quotidien – toutes proportions gardées. Depuis deux ans, nous nous efforçons de réduire nos déchets. Adieu les yaourts et les barquettes plastique. Nous cuisinons beaucoup le week-end pour éviter d'acheter des produits cuisinés – bon d'accord, j'ai quand même quelques pizzas au congélateur au cas où et des biscuits industriels, mais globalement, nous mangeons des produits faits maison. Le jardin nous permet d'avoir une petite autonomie.

Il faut reconnaître qu'Un jardin dans les Appalaches est particulièrement inspirant, mais pas facile à mettre en œuvre pour autant. Il faut bien sûr beaucoup de terrain, mais aussi du temps pour cultiver et un climat qui soit propice à une grande variété de cultures pour être vraiment autonome. Enfin, même si la romancière souligne à juste titre que le végétarisme est aussi nocif pour la planète que l'élevage, j'avoue que je ne me vois pas tuer mes poules (qui auront droit à une retraite bien méritée le jour venu) ni assister au baiser cloacal des dindons (lisez, et vous comprendrez mes réticences...). C'est vrai que c'est hypocrite dans la mesure où je mange de la viande mais je n'aurai jamais envie de manger mes animaux. S'il fallait choisir, je préférerais devenir végétarienne. D'ailleurs, je ne mange pas de viande tous les jours puisque j'ai des œufs.

Mais quoiqu'il en soit, je garde ce livre à portée de mains pour tester quelques recettes : le guacamole de haricots verts, les cookies aux courgettes et aux copeaux de chocolat et le crumble aux mûres et au basilic par exemple...

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« Les premières recettes datent d’à peu près deux mille cinq cents ans ; écrites en grec ancien et en hiéroglyphes égyptiens, elles suggèrent des origines méditerranéennes. Les empereurs romains poussèrent leur passion de ce légume jusqu’à l’extravagance, affrétant des navires pour parcourir l’empire à la recherche des meilleurs turions et les rapporter à Rome. »

«  Impossible de résister aux légumes oubliés, pas seulement pour la poésie de leurs noms mais parce que de vraies histoires se cachent derrière ces appellations. »

« En l’espace de quelques décennies, le légume hors saison est passé du statut de nouveauté à celui de denrée ordinaire. »

« Si vous avez l’occasion d’acheter un véritable poulet fermier élevé en plein air par un fermier local, vous dépenserez un peu plus. Mais quel est donc le prix, de nos jours, de la compassion, de l’eau propre et de la santé publique ? »

« D’autres fillettes ont mis des posters de danseuses ou de Barbie dans leurs chambres ; ma fille a accroché un calendrier intitulé « La plus belle volaille ». »

« Le lendemain, nos mains étaient encore tachées de rouge comme celles de lady Macbeth mais l’heure du départ avait sonné. »

« Cultiver des aliments sans polluer la terre et les denrées coûtera toujours plus que la méthode conventionnelle qui fait porter ses coûts sur les contribuables et l’environnement. »

« Tout ce qui sort du sol et a trait à la nourriture apaise mon âme »

« De hautes lianes de pois flétries sont un soupir de fin de printemps, une pause avant l’éveil des haricots, des courges et des tomates. »

« Les Chantecler, comme les nomment les histoires d’enfants, sont aussi diversement doués que les chanteurs d’opéra. Nous voulions un Pavarotti. »