« Quelque chose montait en moi. Comme si j'étais un réceptacle dans lequel on versait une conscience étrangère. »

 

Echos

En règle générale, quand je commence un roman de Richard Matheson, je sais que je ne vais pas le regretter – sauf pour La maison des damnés il y a quelques années, ma seule déception. J'ai beaucoup aimé La jeune fille, la mort et le temps, L'homme qui rétrécit, Je suis une légende, sans parler de ses nouvelles.

J'ai découvert Echos en me repassant le film Hypnose, sorti en 2000 avec Kevin Bacon. Comme nous approchons d'Halloween, c'était l'occasion rêvée. J'ai donc passé un bon moment, même si comme souvent, le roman (publié en 1958) et son adaptation diffèrent sur un certain nombre de points.

Le film et le roman commencent de manière assez semblable ; à une soirée organisée par des voisins, Tom Wallace, pourtant réfractaire et insolent, se fait hypnotiser par son beau-frère (dans le roman)/par sa belle-sœur (dans le film). Aussitôt rentré à la maison, il voit une femme âgée d'une trentaine d'années, vêtue de noir, debout dans son salon, traversée par la lumière du réverbère. Cette manifestation, qui va ensuite se produire quasiment toutes les nuits, lui occasionne des maux de tête. Il s'aperçoit aussi qu'il peut capter les pensées des autres, ce qui commence à bouleverser sa vie de famille, et même voir des événements futurs à travers des flashes.

La différence la plus significative entre le film et le roman tient à l'identité du fantôme et à son âge ; le choix opéré dans le film est encore plus tragique. L'intrigue du film est resserrée autour de l'apparition : son identité, les raisons de la hantise, les réminiscences. Dans le roman, le fantôme n'est qu'un des multiples symptômes qui affectent la vie de Tom depuis que son beau-frère a ouvert une porte dans son esprit. Je n'ai pas été déçue pour autant car comme dans Je suis une légende, le narrateur, confronté au surnaturel, analyse les faits avec finesse et les passe au crible de la raison : quelle attitude adopter, quel crédit accorder à ses sens ? La question de la folie sous-tend le récit. P. 144 « L'esprit ne possède pas de structures pré-établies pour accepter l'apparition soudaine du bizarre. » Entrer dans l'esprit des gens, bien malgré lui, fait découvrir à Tom une réalité qu'il aurait préféré ignorer. p. 124 « Et tout cela avait pour cadre un quartier paisible de petites maisons tranquilles baignées de soleil. Cela me donna à réfléchir, et me rappela l'histoire du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Le quartier avait deux personnalités. La première offrait au monde un aspect souriant et irréprochable ; la seconde, secrète, était bien différente. »

Les chapitres sont courts, les portraits brossés à grands traits ; on se glisse très vite dans la peau de Tom et on tourne les pages avec délectation afin de savoir comment les événements vont évoluer.

Enfin, on perçoit, comme dans le film, la nature ambivalente du « don » reçu par Tom ; certes, il le fait souffrir physiquement et souvent moralement ; les prémonitions, notamment, évoquent Cassandre dans la mythologie grecque, vouée à ne jamais être prise au sérieux. De la même manière, Tom visualise les événements tragiques qui vont se produire mais peut difficilement les prévenir. Mais il est aussi stimulé par la curiosité et veut comprendre pourquoi cette mystérieuse dame en noir hante sa maison...

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p. 35 « C'était une femme d'une trentaine d'années, au teint pâle, les cheveux noirs en désordre. Elle portait une étrange robe noire, et une simple rangée de perles autour du cou. »

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Chez Lou et Hilde

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