Le film de Manckiewicz fait partie de mes films doudous depuis des années, mais je n'ai découvert l'existence du roman que récemment. Le marathon d'Halloween était l'occasion idéale de m'y plonger pour rencontrer le capitaine Gregg de papier.

Le fantôme et mrs muir

Mrs. Muir, au décès de son mari, décide de quitter sa belle-famille et vient s'établir dans un petit village de la côte anglaise, Whitecliff. Elle s'installe dans une maison solitaire dont le loyer modique est vite expliqué par la présence du fantôme d'un marin. Nullement effrayée, Lucy Muir est bien décidée à lui tenir tête. Rapidement, le capitaine se rend compte qu'il a tout à gagner à tolérer la présence de Lucy et de ses enfants. Mrs. Muir et le fantôme du capitaine vont trouver un terrain d'entente et voient leur complicité s'étoffer au fil des années.

Le fantôme et Mrs. Muir, paru en 1945 en Angleterre, est le seul roman de R. A. Dick, alias Josephine Leslie a avoir été traduit en français. Il a fait l'objet d'une adaptation au cinéma donc, mais aussi la télévision sous le titre Madame et son fantôme dans les années 1960.

Une des forces du roman, comme celle du film, est la confrontation d'une jeune femme douce mais déterminée, à un capitaine au long cours au langage très libre. C'est une association cependant fructueuse, où chacun trouve son compte, d'une manière ou d'une autre. Personnellement, je ne verrais pas d'inconvénient à me laisser conseiller par un fantôme ronchon mais bienveillant ni à taper à la machine (ou sur mon ordinateur...) le best-seller qu'il me dicterait ! Au-delà du plaisir de voir « cohabiter » ce duo pour le moins étonnant, Mrs. Muir constitue le témoignage d'une époque où il était inconvenant pour une veuve de vivre selon ses souhaits ; nombreuses sont les tentatives de son entourage pour l'encourager à retourner chez sa belle-sœur pour mener la vie attendue.

Au début, l'adaptation est tellement fidèle au récit qu'on a presque l'impression de lire une novélisation ; je trouvais ma lecture plaisante, mais sans plus, ayant du mal à percevoir la plus-value que pouvait m'apporter cette lecture par rapport au film. La plupart du temps, lorsqu'on lit un roman après avoir vu le film, on y découvre de plus larges pans de la vie des personnages ou de leur ressenti, mais ce n'était pas le cas. Finalement, des différences ont fini par émerger, parfois minimes, parfois notables, comme l'existence d'un fils aîné, Cyril, qui n'apparaît pas dans le film. Le lecteur en apprend davantage sur la vie adulte d'Anna. Un passage, différent du film, m'a franchement déplu, celui où Mrs. Muir, pourtant aimante, se montre prête à abandonner ses enfants pour se consacrer à Fairley, son amant, un sombre individu qui paraît encore plus manipulateur que dans le film. Malgré tout,  je dois donc avouer que je préfère le film, peut-être parce qu'il est ancré en moi depuis longtemps mais aussi parce que je lui trouve plus de poésie. Le temps qui passe, matérialisé par l'inscription du nom d'Anna qui s'érode peu à peu sous l'action des vagues, est symbolisé de manière plus fine que ne le font les ellipses du roman, mais pour le coup, c'est l'avantage de l'image sur l'écrit. J'ai été surprise également que le capitaine n'apparaisse jamais physiquement alors qu'il a tant de présence à l'écran (forcément!) ; seule sa voix est perceptible ; mais quelle voix ! Une voix de marin, digne de celle du capitaine Haddock...

En résumé, le roman est agréable à lire mais ne me laissera pas une empreinte aussi forte que le film.

 Prolongations chez Lou et Hilde !

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