« Sur la vieille porte à deux battants vitrés en haut figurent les mots Papeterie à gauche et Tsubaki à droite. Tsubaki, comme le grand camélia du Japon qui se dresse à l'entrée, véritable sentinelle chargée de protéger la maison. »

p. 12-13

papeterie tsubaki

Hatoko, alias Poppo, tient la papeterie héritée de sa grand-mère à Kamakura. Elle est aussi calligraphe et écrivain public, deux arts complémentaires qu'elle exerce avec talent. Des clients viennent la voir pour écrire des missives variées (lettre de rupture, de réconciliation, carte de vœux, offrande...) qu'ils n'osent écrire eux-mêmes pour diverses raisons. Hatoko prend le temps de faire connaissance avec ses clients et de sonder leurs sentiments avant de trouver l'inspiration. En résultent des lettres tout en finesse, alliance de simplicité et de poésie. Les lettres sont aussi reproduites en langue originale.

J'ai lu il y a quelque temps Le restaurant de l'amour retrouvé qui ne m'avait pas enchantée plus que ça. Là, c'est un coup de cœur. La narratrice nous convie immédiatement dans son univers en se livrant avec confiance et simplicité ; ses petits rituels quotidien la rendent immédiatement proche du lecteur et sympathique.

L'histoire s'écoule lentement, au rythme des saisons et des demandes des clients, comme un ruisseau rafraîchissant. Poppo m'a entraînée avec elle dans le langage secret de la correspondance ; tout fait sens dans les matériaux utilisés : couleur et épaisseur du papier, symbolique de l'encre. « Délayer l'encre, c'est le signe d'une grande tristesse : les larmes tombées sur la pierre à encre en ont éclairci la couleur » (p. 41). Le choix de l'instrument est aussi déterminant : c'est un art très subtil. Poppo se dévoue à son travail avec sensibilité et bonheur, même si son parcours personnel a été chaotique.

Tout au long de l'année, Poppo participe à des rites que je ne connaissais pas mais qui donnent envie d'en savoir plus sur la culture japonaise (promis, je passe un mois au Japon au mois de mars sur les blogs!) : le grand rite de purification du 30 juin, les poupées kokeshi, le rituel des sept herbes et la fête des lanternes pour n'en citer que quelques-uns.

Moi qui suis passionnée par l'histoire du livre et des techniques d'écriture en général, je me suis régalée :

« Enfin, il a été temps de préparer l'encre. Avec la verseuse, j'ai déposé quelques gouttes d'eau sur le mont de la pierre à encre. Fabriquer de l'encre ! J'attendais ce moment depuis longtemps. J'adorais la sensation froide du bâton d'encre entre mes doigts. » (p. 23)

Sur le papier vergé : « Au toucher, ce papier a la chaleur du fait main, il en émane bienveillance et douceur » (p. 104).

« Pour écrire sur du parchemin, on utilise de l'encre ferrique. C'est de la noix de galle réduite en poudre et mélangée avec des sels de fer, une mixture stabilisée avec du vin rouge ou du vinaigre, et qui remet au goût du jour l'encre du Moyen-Age. Pour finir, on incorpore de la gomme arabique, pour lui donner de la consistance » (p. 298).

 Un livre que je recommande vivement donc !