L'île des chasseurs d'oiseaux, Peter May
« Guga était le terme gaélique pour désigner un jeune fou de Bassan, un oiseau que les hommes de Crobost chassaient lors d’un voyage de deux semaines qui avait lieu chaque mois d’août et qui les menait sur un caillou, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la pointe de Lewis. Ils l’appelaient An Sgeir. « Le rocher », tout simplement. Des falaises de cent mètres, battues par les tempêtes, qui émergeaient de l’océan. »
J’ai découvert ce roman chez ma copinette Un chocolat dans mon roman.
Endeuillé par la mort récente de son jeune fils, l’inspecteur Fin MacLeod reprend tout juste le travail. Il est aussitôt envoyé sur l’île de Lewis, dans les Hébrides, où il a passé toute son enfance, pour enquêter sur un meurtre qui présente de curieuses similitudes avec un autre crime perpétré quelque temps plus tôt à Edimbourg. Bon gré mal gré, Fin revient sur son île natale où de sombres secrets vont ressurgir…
Il m’a fallu un certain temps pour entrer pleinement dans l’histoire. Contrairement à ce que l’on pourrait penser et malgré un prologue sanglant, l’enquête menée par Fin passe très rapidement au second plan pour laisser une large part à des retours en arrière menés à la première personne. On y découvre l’enfance de Fin, une enfance marquée par le deuil de ses parents, l’amitié avec Artair et les amours tumultueuses avec Marsaili.
J’ai beaucoup apprécié l’évocation du mode de vie ancestral de l’île : le feu de tourbe, les whitehouses, maisons des années 20 en pierre, chaux ou béton et toit en ardoise qui sont venues remplacer les blackhouses traditionnelles, composées de murs pierres sèches et de toits de chaume.
La vie y était en phase avec la nature puisqu’on y vivait essentiellement de pêche et d’agriculture. Mais c’était aussi un île tiraillée entre deux cultures, la culture traditionnelle avec le gaélique, et la nouvelle culture dominante, caractérisée par l’usage de l’anglais. C’était aussi une vie austère pour les jeunes où le quotidien était rythmé par un culte exigeant.
Le titre, L’île des chasseurs d’oiseaux prend tout son sens lors du récit d’un épisode crucial qui a marqué la vie de Fin. Cette tradition unique au monde a en effet été le cadre d’un événement décisif. L’alternance de points de vue, première personne pour les flash-backs et troisième personne pour le temps présent, est porteuse de sens. On a l’impression que le Fin trentenaire, à travers l’emploi de la troisième personne, subit les événements sans y prendre part. Si les récits d’enfances m’ont parfois paru un peu longs, on s’aperçoit à la fin qu’ils sont solidement imbriqués dans l’intrigue principale et que le passé n’a pas fini de venir hanter Fin… Présent et passé dialoguent jusqu’au final grandiose et anxiogène marqué par l’impétuosité des éléments et la complexité de l’esprit humain. Je n’ai pas du tout vu venir une des révélations fracassantes de l’histoire.
Il s’agit d’une trilogie : je pense lire la suite, L’Homme de Lewis, d’ici quelques mois.

