Du sang sur Vienne, "Les Carnets de Max Liebermann", Frank Tallis
« Une fois de plus, il eut conscience que d'innombrables bêtes mythiques peuplaient Vienne, tapies sur les sarcophages du Muséum, ornant le pied des réverbères, longeant les sentiers dans les jardins du Belvédère, posées sur le bureau du professeur Freud... » (p. 407)
En cet hiver 1902, un tueur, qui n'a rien à envier à Jack l'Eventreur, débute une série de crimes horribles. Max Liebermann et Oskar Rheinhardt vont donc devoir collaborer à nouveau pour élucider ces meurtres. Sur le plan personnel, Max, fiancé à la jolie mais insouciante Clara, est en proie à ses désirs, tout en se demandant s'il a fait les bons choix. Et cela d'autant plus qu'il n'est pas insensible au charme discret d'Amelia Lydgate, une étudiante en médecine d'origine anglaise qu'il a soignée dans le tome précédent...
Dans ce tome 2,on découvre Vienne sous un autre jour. Max, issu d'un milieu aisé, se trouve confronté à une partie de la ville qu'il ne connaissait pas : d'abord, le quartier défavorisé de Spittelberg où ont eu lieu les meurtres ; ensuite, les méandres des égouts et autres souterrains mystérieux.
L'intrigue est plus foisonnante dans cette nouvelle aventure ; des intrigues secondaires mettent en scène des personnages fort antipathiques, antisémites, dont on ignore pendant un moment le rôle qu'ils vont jouer dans l'intrigue principale. On découvre de multiples tensions entre les différentes communautés constituant alors l'Empire Austro-Hongrois ainsi que l'idéologie pangermaniste qui se développait alors. Le lecteur est initié, en partie, comme Max, aux secrets des Francs-Maçons.
Quant à l'exploration de l'esprit humain, elle est passionnante. Frank Tallis, diplômé en psychologie, nous présente des cas crédibles. La psychanalyse, bien sûr, joue toujours un rôle de premier plan dans la découverte du profil du meurtrier, mais aussi bien sûr dans le quotidien de Max. L'auteur fait appel également aux découvertes scientifiques de l'époque pour les besoins de l'enquête, comme le test de précipitation afin de déterminer si le sang trouvé sur un suspect est d'origine humaine ou animale.
L'ensemble pourrait être très glauque, mais l'atmosphère est réchauffée par les hésitations de Max sur le plan sentimental ; sans parler des anecdotes historiques comme l'invention de la première boule à neige par Perzy ou encore des petites échappées gourmandes dans les salons de thé ! Je goûterais bien aux Tiroler Strauden, ces torsades de crêpes frites et parfumées au schnaps...
***
p. 89 « Liebermann leva les yeux vers la coupole. Seize angelots dansaient au-dessus des fenêtres rondes, et tout l'édifice était soutenu par des voûtes dorées.
Il adorait le Muséum d'histoire naturelle. C'était un lieu dans lequel il pouvait s'émerveiller de la diversité de la vie et mesurer la capacité extraordinaire de la science à déchiffrer les secrets de l'univers. »
p. 135, l'hôtel de ville : « On l'eût cru sorti d'un conte de fées : palais gothique à la structure centrale massive – aussi vaste qu'une cathédrale – et à cinq tours [...] C'était un site superbe – qu'une décoration de guirlandes neigeuses rendait encore plus somptueux. »
p. 257 « Le cœur de la ville était nettement délimité par le Ring, ce boulevard circulaire, ou plutôt ce fer à cheval dont les extrémités aboutissaient au canal du Danube. »

