La bibliothèque de Northanger

17 octobre 2019

Les portes de l'interdit, Frank Tallis

XIXème siècle. Juste après la guerre franco-prusse, le narrateur, Paul Clément, séjourne dans les Caraïbes où il assiste à une scène vaudoue terrifiante. De retour à Paris, il devient l'assistant de Duchenne puis de Charcot à la Salpêtrière. A la mort de Duchenne, il décide de poursuivre les expériences de ce dernier sur la réanimation par choc électrique dans l'espoir de montrer que l'âme survit à la mort physique. Exalté par le récit des patients ayant vécu une expérience de mort imminente, il décide de vivre l'aventure par lui-même. Mais on ne joue pas impunément avec la mort...

Les portes de l'interdit

Depuis l'automne dernier, j'ai une passion pour les Carnets viennois de Max Lieberman du même auteur, mais j'avais déjà lu auparavant un autre thriller fantastique, La chambre des âmes qui avait été un gros coup de cœur. Là, mon ressenti est un peu différent.

Comme dans La chambre des âmes, le lecteur suit le parcours d'un narrateur d'abord assez impersonnel qui va être confronté à des événements pour le moins étranges. Le fait que ce personnage soit un psychiatre donne d'autant plus de crédit à son histoire. Qui plus est, Paul Clément côtoie des personnages historiques : Guillaume Duchenne, dont les expériences décrites dans le livre ont réellement été menées ; Jean Martin Charcot, le père de la neurologie moderne. On retrouve donc le côté histoire de la médecine qui m'avait intéressée dans le roman dont je parlais plus haut, et qui sert aussi de caution. Le roman est habilement construit : après le prologue, une première partie assez courte mène le narrateur à faire l'expérience qui va changer sa vie ; les deux parties suivantes sont construites en miroir, atteignant chacune le paroxysme de l'horreur – une lecture de saison donc. L'auteur a eu le bon goût de laisser le lecteur reprendre son souffle avec un début de troisième partie un peu plus serein, heureusement pour moi !

Dans un premier temps, j'ai donc plongé avec plaisir dans la France du 19ème siècle avec ses codes, ses mondanités et ses hôpitaux. Cependant, comme souvent dans les histoires de ce genre, il y a des scènes extrêmement dérangeantes, d'ordre sexuel, qui m'avaient déjà gênée à la lecture de La maison des damnés de Richard Matheson lors d'un Halloween passé. En-dehors de ce détail – qui concerne quand même toute la première partie -, j'ai fini par apprécier l'atmosphère surnaturelle qui plane sur le roman. Frank Tallis explique à la fin qu'il a voulu recréer une atmosphère décadente à la Huysmans, pari réussi !

Une lecture en demi-teinte donc : si vous aimez les histoires de possession, jetez-vous à l'eau ; si vous êtes sensible comme moi, passez votre chemin !

Copinautes sorcières Lou et Hilde, êtes-vous tentées par cette aventure étrange ?^^

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02 octobre 2019

Sans âme, Le Protectorat de l'ombrelle, tome 1, Gail Carriger

 Londres, XIXème siècle. Mademoiselle Alexia Tarabotti est une sans âme, c'est-à-dire qu'elle est capable, par son simple contact, de neutraliser les pouvoirs surnaturels des loups-garous et autres vampires qui composent la bonne société londonienne. Elle est aussi une « vieille fille » de 26 ans, caractérisée par des formes généreuses et un nez, aux dires de sa mère, disgracieux. Un soir, au cours d'une réception, Alexia tue accidentellement un jeune vampire affamé. Elle doit donc répondre de ses actes à Lord Conall Maccon, comte de Woolsey, qui dirige le BUR avec l'aide de Lord Lyall. Très vite cependant, le caractère dominant de lord Maccon, alpha d'une meute de loups-garous, suscite des réactions diverses chez Alexia. Et comme elle aussi a un caractère très affirmé, les joutes verbales sont de la partie et leur relation va se complexifier.

Sans âme

 Je ne suis pas vraiment une adepte des créatures de la nuit et depuis Twlilight, je me méfie de la mode des vampires. J'ai donc ouvert ce livre avec circonspection, m'attendant à abandonner au bout d'une cinquantaine de pages (en vertu de ma nouvelle politique : abandonner sans vergogne les livres qui ne me plaisent pas). Et finalement, je suis tombée sous le charme.

Les créatures surnaturelles, bien que peu nombreuses à Londres, ont révélé leur existence aux mortels. Leur société est hiérarchisée et régulée. Seule la reine, par exemple, peut créer de nouveaux vampires ; l'ordre des choses est donc très codifié, à l'image de la société victorienne dans laquelle évoluent les personnages. Ce code nous évite ainsi une débauche d'hémoglobine à la nuit tombée.

On retrouve toutes les subtilités d'un récit du 19ème siècle : la délicatesse de la description des tenues, l'étiquette rigide à laquelle sont soumises les relations, le tout saupoudré d'humour british. Il y a un petit côté steampunk aussi, avec tous ces dirigeables qui naviguent dans le ciel londonien, ce qui m'a fait rêver. Enfin, moi qui suis assez réfractaire aux créatures fantastiques, j'ai été surprise de constater la sensualité qui pouvait émaner d'un loup-garou...

Un roman qui m'a agréablement surprise donc, bien que je le découvre des années après tout le monde, et qui me permet d'entrer dans le manoir hanté de Lou et Hilde !

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28 septembre 2019

Hallow' Rat ! [billet de suivi mis à jour tout le week-end]

Lorsque j'ai découvert hier qu'Hilde et Lou organisaient un marathon de lecture sur le thème d'Halloween, la fatigue de la semaine s'est allégée tout d'un coup ! Même si mon week-end s'annonce chargé avec des corrections de copies, je ferai néanmoins quelques petites pauses spectrales et horrifiques ! Je ne lirai pas beaucoup mais je serai ravie de partager un peu mon week-end avec les copinautes et d'aller leur rendre visite !

RAT halloween

08h30

Pour l'heure, je prends la direction de la piscine car mes citrouilles prennent des cours le samedi matin. En ce qui me concerne, j'ai prévu de lire au bord du bassin. j'espère avancer dans la lecture des Sorcières de Salem, tome 2, de Millie Sydenier tout en feuilletant de temps à autre un magazine à terminer. Bonne matinée à vous !Résultat de recherche d'images pour "la confrérie de la clairière"

***

15h20

Petit changement de programme ce matin : les cours ont été annulés. Pour une fois, j'ai donc pris le temps de me réveiller tranquillement. Je suis allée au jardin pour nourrir mes animaux, j'ai fait une petite récolte, composé un bouquet de thym à suspendre dans ma cuisine. Puis j'ai refait un stock de provisions pour tenir jusqu'au milieu de semaine. Peu de lecture jusque-là donc...

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J'apprécie Les sorcières de Salem parce qu'on côtoie des personnages historiques et que c'est bien écrit. J'ai lu le tome 1 il y a quelques années et j'avais envie de découvrir la suite. Mais en général, j'ai toujours besoin d'avoir une lecture "adulte" en plus. Je lis donc le tome 4 de ma série préférée du moment, "Les carnets de viennois de Max Lieberman" de Frank Tallis. Max est un psychanalyste dans la Vienne impériale qui apporte son soutien à la police dans le cadre d'enquêtes pour meurtre. On aperçoit de temps à autre Freud. J'adore l'ambiance parce qu'en dépit de meurtres souvent glauques, l'atmosphère est très raffinée (musique, pâtisseries) et les personnages principaux attachants. Si ça vous tente, vous pouvez lire mes chroniques par ici :

- La justice de l'inconscient

- Du sang sur Vienne

- Les mensonges de l'esprit

 

Dans le tome 4, Les pièges du crépuscule, il est question d'une créature mythique, le Golem...

J'ai hâte de m'attaquer à L'école de la nuit, le 2ème tome de la saga de Déborah Harkness. Mais je doute d'avoir le temps de le finir d'ici Halloween, quel pavé !

Pour l'heure, petit tour chez les copinautes avec de me plonger dans ma lecture... A tout à l'heure pour les pâtisseries !

***

22h57

Je viens de faire une longue mise à jour de mon billet qui a planté :(. Je rajouterai mes photos demain car là, il n'y a pas moyen !

Je vous propose donc une version courte avant de dormir :

- atelier gâteau au yaourt avec les petites citrouilles ambulantes : nous avons cuisiné pour un régiment

(ici, les petits coeurs à la cannelle du garçon-citrouille)

 

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- petite séance geek avec un jeu très vintage, Heroes of Might and Magic II. Chaque joueur incarne un chevalier qui doit conquérir du territoire, équiper son château et lutter contre des créatures. Là, j'ai le château des fées mais il existe aussi le château des créatures de la nuit, tout à fait dans le thème !

 

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Là, je reprends Les pièges du crépuscule pour quelques instants.

Je vous souhaite à toutes de belles frayeurs à la bougie !^^

***

Dimanche - 10h15

Je viens d'ajouter les photos qui ne voulaient pas s'insérer hier soir : quelques gâteaux et le jeu vidéo. Ce matin, lever très tranquille vers 9h et petit-déjeuner en famille. J'ai lu quelques pages au coin du feu des Pièges du crépuscule. Le Golem va-t-il faire d'autres victimes ?

Après un petit tour chez les copinautes, direction le poulailler pour la toilette hebdomadaire de ces dames !

A tout à l'heure !

***

16h38

Après le nettoyage du poulailler, j'ai pu faire du vélo elliptique, un petit geste santé qui me coûte mais qui fait du bien sur le long terme. Tout ça au son d'une playlist d'Halloween bien sûr !

Pendant que les petits vampires goûtent, je m'apprête à faire une purée de citrouille et une sauce au vin. Tout à l'heure, je me suis installée au jardin avec mon black cat et me suis partagée entre copies et fin des Pièges du crépusucule, mission accomplie. Maintenant, je sais tout du Golem de Prague ! A tout à l'heure pour la photo de mes petits plats, si tout se passe bien !

***

18h10

La sauce au vin est prête, la citrouille attend d'être mixée et j'en ai profité pour faire du riz au lait. Les petits vampires ont révisé pour demain.

Je vous présente ci-dessous ma lecture pour ce soir, à la bougie : un roman gentiment prêté par Hilde il y a quelque temps. Je l'ai reçu tout endimanché dans un bel emballage avec de chouettes autocollants ainsi que La pâtissière de Long Island qui revient tout droit du Livroblog.

A plus tard !

 

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***

21h28

Petit passage express pour vous montrer ma purée de citrouille accompagnée de son oeuf poché dans un liquide rouge sang^^.

Demain j'ai une grosse journée mais la soirée sera placée sous le signe du RAT pour la dernière ligne droite ! Bonne lecture à vous !

 

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***

Petite mise à jour post RAT pour remercier chaleureusement les copinautes qui sont passées ce week-end ! Ce fut un joli moment de partage et de complicité. Lundi soir, il m'est arrivé une chose étrange : j'ai reçu la visite du démon des copies qui m'a empêchée de faire ma lecture à la bougie, le coquin ! Mais ce n'est que partie remise, j'ai encore tout un mois pour frissonner en votre compagnie ! A très vite :)

 

Les marathoniennes :

TiphanyaClarabelNathchocoJojoSamlorBidibBlandineChicky PooFondantNorthanger, L’Or RougeHilde, Lou

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12 septembre 2019

La Papeterie Tsubaki, Ito Ogawa

« Sur la vieille porte à deux battants vitrés en haut figurent les mots Papeterie à gauche et Tsubaki à droite. Tsubaki, comme le grand camélia du Japon qui se dresse à l'entrée, véritable sentinelle chargée de protéger la maison. »

p. 12-13

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Hatoko, alias Poppo, tient la papeterie héritée de sa grand-mère à Kamakura. Elle est aussi calligraphe et écrivain public, deux arts complémentaires qu'elle exerce avec talent. Des clients viennent la voir pour écrire des missives variées (lettre de rupture, de réconciliation, carte de vœux, offrande...) qu'ils n'osent écrire eux-mêmes pour diverses raisons. Hatoko prend le temps de faire connaissance avec ses clients et de sonder leurs sentiments avant de trouver l'inspiration. En résultent des lettres tout en finesse, alliance de simplicité et de poésie. Les lettres sont aussi reproduites en langue originale.

J'ai lu il y a quelque temps Le restaurant de l'amour retrouvé qui ne m'avait pas enchantée plus que ça. Là, c'est un coup de cœur. La narratrice nous convie immédiatement dans son univers en se livrant avec confiance et simplicité ; ses petits rituels quotidien la rendent immédiatement proche du lecteur et sympathique.

L'histoire s'écoule lentement, au rythme des saisons et des demandes des clients, comme un ruisseau rafraîchissant. Poppo m'a entraînée avec elle dans le langage secret de la correspondance ; tout fait sens dans les matériaux utilisés : couleur et épaisseur du papier, symbolique de l'encre. « Délayer l'encre, c'est le signe d'une grande tristesse : les larmes tombées sur la pierre à encre en ont éclairci la couleur » (p. 41). Le choix de l'instrument est aussi déterminant : c'est un art très subtil. Poppo se dévoue à son travail avec sensibilité et bonheur, même si son parcours personnel a été chaotique.

Tout au long de l'année, Poppo participe à des rites que je ne connaissais pas mais qui donnent envie d'en savoir plus sur la culture japonaise (promis, je passe un mois au Japon au mois de mars sur les blogs!) : le grand rite de purification du 30 juin, les poupées kokeshi, le rituel des sept herbes et la fête des lanternes pour n'en citer que quelques-uns.

Moi qui suis passionnée par l'histoire du livre et des techniques d'écriture en général, je me suis régalée :

« Enfin, il a été temps de préparer l'encre. Avec la verseuse, j'ai déposé quelques gouttes d'eau sur le mont de la pierre à encre. Fabriquer de l'encre ! J'attendais ce moment depuis longtemps. J'adorais la sensation froide du bâton d'encre entre mes doigts. » (p. 23)

Sur le papier vergé : « Au toucher, ce papier a la chaleur du fait main, il en émane bienveillance et douceur » (p. 104).

« Pour écrire sur du parchemin, on utilise de l'encre ferrique. C'est de la noix de galle réduite en poudre et mélangée avec des sels de fer, une mixture stabilisée avec du vin rouge ou du vinaigre, et qui remet au goût du jour l'encre du Moyen-Age. Pour finir, on incorpore de la gomme arabique, pour lui donner de la consistance » (p. 298).

 Un livre que je recommande vivement donc !

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11 septembre 2019

Le Journal de Frankie Pratt, Caroline Preston

L'histoire débute en 1920, lorsque la jeune Frances, âgée de 18 ans, reçoit un journal en cadeau. Elle décide d'y écrire quotidiennement en dépoussiérant la vieille machine à écrire de son père. Sa mère étant veuve, Frances décide de ne pas aller à l'université afin de réduire leurs frais. Son diplôme d'études secondaires en poche, elle commence à travailler et suit les cours du soir pour devenir infirmière. Mais quand un incident avec un homme plus âgé met en jeu sa réputation, la mère de Frances décide finalement de l'envoyer à l'université de Vassar, dans l'Etat de New York, en cours d'année. La jeune fille découvre alors la vie estudiantine ; ses compétences et ses affinités la mèneront ensuite à New York et à Paris.

 

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Le Journal de Frankie Pratt est un roman graphique très original, composé de pièces d'époque collectées par l'auteure : tickets de cinéma, images publicitaires, cartes postales anciennes, photographies en noir et blanc... Les amatrices de vintage – comme moi – ont de quoi être comblées. L'ensemble est très esthétique et recherché. Au milieu des images s'insèrent les textes de Frankie tapés à la machine. Mais ce patchwork d'images contribue aussi à créer un effet patchwork en ce qui concerne l'intrigue : les événements s'enchaînent sans lien apparent, les textes étant très courts, parfois trop, au profit de l'image, ce qui fait que l'expression des sentiments est réduite à l'essentiel. Il m'a a fallu un petit temps d'adaptation avant de me plonger vraiment dans les aventures de la jeune Américaine. Mais après avoir pris mon rythme de croisière, j'ai pris plaisir à tourner les pages et à admirer la variété des images et des supports. Et surtout, derrière la légèreté apparente du personnage se trace le tableau de la condition féminine aux Etats-Unis dans les années 20. Les jeunes femmes qui faisaient des études – ici, dans une université féminine d'ailleurs -, avaient ensuite deux possibilités : devenir dactylo ou se marier. Frankie va réussir à suivre son propre chemin en dépit des obstacles.

Caroline Preston a publié un autre roman graphique en 2017, pas encore traduit en français : The War Bride's Scrapbook.

***

Le mois américain bat son plein chez Titine !

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15 août 2019

Il n'est jamais trop tard, Anne Youngson

« J'ai écouté tout ce que vous m'avez dit et vos silences, dans lesquels j'ai entendu ce que vous ne disiez pas. »

Il n'est jamais trop tard

Il n'est jamais trop tard est un roman épistolaire anglais paru sous le titre plus parlant je trouve « Meet Me at the Museum ».

Tout commence avec une lettre évoquant l'homme de Tollund. En effet, Tina Hopgood, une Anglaise âgée d'une soixantaine d'années, est en pleine crise existentielle. Sa frustration et ses cet homme de l'âge du fer retrouvé dans une tourbière danoise dans un état de conservation stupéfiant., que Tina s'était promis d'aller voir un jour. Dans sa première lettre, elle s'adresse donc au professeur danois qui était venu rencontrer sa classe il y a bien longtemps pour leur parler de cette période de l'histoire. Mais comme elle s'y attendait, le professeur est déjà décédé depuis une vingtaine d'années. C'est donc Adners, l'actuel conservateur du musée de Silkeborg, au Danemark, qui lui répond. Aussi étrange que soit la nature de leur correspondance, celle-ci se poursuit et prend même des accents plus intimes au fil des mois.

 Depuis Quand souffle le vent du nord, Vous avez un mess@ge et bien d'autres, la correspondance improbable qui réunit deux parfaits inconnus est presque devenue un classique. Mais ici, il faut reconnaître que la première lettre envoyée par Tina est particulièrement originale, comme une bouteille lancée à la mer. S'ensuivent des échanges pour le moins étranges sur l'homme des tourbières et son importance dans la vie de Tina. Je gage que c'est un sujet peu commun dans les conversations, même épistolaires.

Autre point fort, les deux protagonistes sont des seniors qui s'interrogent sur les rêves non réalisés et le sens de la vie, une classe d'âge que je rencontre assez peu dans mes lectures. Les deux protagonistes sont assez différents l'un de l'autre puisque l'une est mariée, l'autre veuf ; Tina vit dans le monde rural tandis qu'Anders habite à Copenhague, des différences qui finalement, ne font que renforcer leurs affinités.

Ceci dit, j'ai trouvé que l'échange entre les deux personnages prenait (trop) rapidement une tournure assez intimiste. J'ai du mal à imaginer que deux inconnus puissent se confier aussi naturellement, sans aucune réticence, l'un à l'autre, quand bien même ils souffrent de solitude, chacun à leur manière. Et même si l'image de l'homme de Tollund reste en filigrane dans tout le récit, la tension dramatique retombe assez vite ; l'échange débute certes de manière inattendue mais très rapidement, j'ai eu le sentiment de lire la correspondance assez banale de deux amis. J'ai donc pris tout mon temps pour achever cette lecture, pas plus curieuse que ça d'en connaître la fin, même si ce fut une lecture agréable grâce à la sympathie qu'inspirent ces deux personnages et leurs déboires respectifs et de la poésie qui affleure à certains moments.

 ***

« Je pensais à cette image, celle de l'enfant que je connaîtrai un jour, mais aussi à la ressemblance à un être qui n'est pas encore né et le corps de l'homme de Tollund, mort il y a des siècles. » (p. 130)

« A chaque fois que je ramasse des framboises, je parcours la rangée aussi lentement que possible, à la recherche de tous les fruits mûrs. Mais j'ai beau être attentive, quand je fais demi-tour pour remonter l'allée dans l'autre sens, je vois des fruits qui m'avaient échappé au premier passage. Je me suis dit qu'une deuxième vie pouvait être comme un deuxième passage le long d'une rangée de framboisiers ; il y aurait de bonnes choses que je n'aurais pas connues lors de ma première vie, mais je me rendrais compte, j'imagine, que la plupart des fruits se trouvaient déjà dans mon panier. » (p. 80)

Les Délices de Tokyo, Durian Sukegawa

« Le cercle de pâtisserie du Tenshôen... J'ai toujours fait des gâteaux. Parce que sinon, la vie était trop dure. Faire des gâteaux, c'était un défi, et un combat. » (p. 138)

Les délices de Tokyo

Sentaro est le gérant peu motivé d'une petite pâtisserie de dorayaki. Il a abandonné son rêve de devenir écrivain pour sombrer dans un marasme où l'indifférence le dispute à la mélancolie. C'est alors que surgit de nulle part la vieille Tokue, qui va le convaincre de fabriquer lui-même le an, la pâte de haricots qui accompagne les dorayaki. Non seulement le succès est au rendez-vous, mais Tokue va surtout apprendre à Sentaro à écouter la voix des haricots...

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Les délices de Tokyo est un récit surprenant. J'attendais un roman gourmand qui me permettrait de me familiariser avec le cuisine japonaise que je ne connais pas si bien que ça. J'attendais également un récit d'apprentissage, centré sur la transmission et l'amitié. Et c'est d'ailleurs le cas mais pas seulement. J'ai découvert une page de l'histoire japonaise récente à travers le destin bouleversant de Tokue. Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, mais disons que l'histoire prend une direction inattendue et met à l'épreuve l'humanité et la tolérance de Sentaro. La vie de Sentaro va être bouleversée, mais c'est finalement celle de Tokue qui devient le centre de l'attention. A vrai dire, je pensais découvrir un livre plus léger, feel good, influencée par le titre et les jolies couleurs de la couverture et donc j'ai été agréable surprise par la gravité qui s'empare peu à peu du récit.

Ce roman a fait l'objet d'une adaptation au cinéma que je n'ai pas vue.

 

Un roman touchant et vite lu que j'ai découvert en mars à occasion du mois japonais chez Lou et Hilde, même si, honte à moi, j'écris mon billet seulement maintenant...

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08 août 2019

Rendez-vous avec le poison, Julia Chapman

Rendez-vous avec le poison est le quatrième tome de la série Les Détectives du Yorkshire que je suis de près depuis l'automne dernier.

Rendez-vous avec le poison

Alors que Samson et Delilah, involontaires partenaires dans l'art de débusquer les criminels qui sévissent dans les vallons du Yokshire, semblaient avoir trouvé un terrain d'entente en dépit du passé trouble de Samson, voilà que le sort s'acharne contre eux : Samson est arrêté pour meurtre. Le doute refait alors surface dans l'esprit soupçonneux de Delilah. Pendant ce temps, les chiens et chats du village tombent malades suite à l'ingestion de mystérieuses saucisses..

Bruncliffe est devenu mon deuxième chez moi depuis ma lecture du premier tome. Moi qui n'aimais pas les séries il y a encore peu de temps, je guette chaque sortie avec empressement et avais réservé ce tome à la bibliothèque. J'habite à la campagne, dans un coin qui n'est pas sans rappeler la géographie et les mœurs du village de Delilah, meurtres en moins heureusement. Le fait de retrouver les personnages secondaires d'un tome à l'autre leur donne de l'épaisseur et donne vie à ce petit village. C'est cet aspect feuilletonnant et intimiste qui me manque maintenant dans les classiques comme Agatha Christie – bien que j'aie l'intégrale à la maison. Ici, on s'attache aux personnages récurrents, Samson en tête évidemment, mais aussi à Calimero, ce pauvre braque dépressif et sa maîtresse Delilah, au caractère bien trempé. Je suis aussi avec un certain plaisir Clive Knowles dans sa quête de l'amour idéal... Ceux qui l'ont lu comprendront...

Si j'ai regretté que le binôme si efficace Samson-Delilah tarde à se reformer, il faut reconnaître qu'il n'était pas inutile de briser un peu les habitudes afin d'éviter que la monotonie s'installe d'un tome à l'autre.

Enfin, comme la chronologie des différents tomes suit le rythme de l'année, on a vraiment l'impression de passer du temps à Bruncliffe et de connaître la vie de ce petit village en toutes saisons... Vivement le tome 5 donc !

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22 juillet 2019

Le secret du mari, Liane Moriarty

Cecilia, mère de famille accomplie dans une banlieue chic, jongle avec toutes les activités qui lui incombent avec succès : enfants, carrière, mariage. Mais tout bascule lorsqu'elle découvre par hasard une lettre écrite par son mari, à n'ouvrir qu'après sa mort. Quand elle en parle à ce dernier, celui-ci devient très nerveux et la supplie de ne pas l'ouvrir. Cecilia saura-t-elle résister à la tentation ?

Tess mène une existence paisible entre son petit garçon Liam, son mari Will et sa cousine adorée Felicity. Mais ce jour-là, Will et Felicity ont un aveu à lui faire...

Rachel a perdu sa fille il y a une trentaine d'années dans des conditions dramatiques. Elle vit dans le souvenir, tout en imaginant une vie parallèle où sa fille aurait pu vieillir et fonder une famille. Elle reporte toute son affection sur son petit-fils Jacob, sans pour autant renoncer à l'idée de trouver un jour le meurtrier de Janie.Le destin de ces trois femmes va se croiser inéluctablement dans les rues de Sydney.

Le secret du mari

J'ai beaucoup vu ce livre circuler sur la blogosphère les années précédentes et j'ai eu envie de le découvrir à mon tour. Il m'a fallu un peu de temps pour entre pleinement dans l'action ; habituellement, je préfère les romans qui me permettent de m'évader plutôt que des récits ancrés dans le quotidien, comme c'est le cas ici. Adultère, mensonges, révélations gênantes, je n'étais pas forcément enthousiasmée par cette intimité forcée avec les personnages. Pourtant, insensiblement, j'ai été happée par la perspective de découvrir le fameux secret. Et puis il faut reconnaître que le roman est bien construit. Chaque chapitre est centré sur un personnage féminin et s'interrompt à un moment crucial qui nous oblige à poursuivre. En presque cinq cents pages, les langues vont se délier et les secrets être éventés, en à peine une semaine, jusqu'à l'apothéose du dimanche de Pâques.

Jusqu'ici, j'ai lu plusieurs romans australiens que j'avais particulièrement appréciés pour le dépaysement qu'ils offrent La mémoire des embruns et La maison des hautes falaises de Karen Viggers ; Une vie entre deux océans de M. L. Stedman  ; ici, même si l'action se déroule à l'autre bout de la planète, on se sent chez soi car l'accent n'est pas mis sur la culture ni le folklore. C'est un peu dommage d'ailleurs. Tout petit élément de dépaysement : Pâques marque le début de l'automne, hémisphère sud oblige, et l'on mange des brioches bien beurrées ce jour-là !

Verdict ? Une lecture parfaite pour l'été, facile, addictive, qui donne envie de suivre cette auteure de près.

D'autres avis par ici : Riz-Deux-ZzZ, Pauline, MissMolko

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10 juillet 2019

L'envol du héron, Katharina Hagena

« Les merles chantent-ils de joie ou de désespoir ? » (p. 15)

L'envol du héron   Ellen, somnologue, écrit une histoire du sommeil en puisant dans son expérience mais aussi dans les ressources de l'Antiquité. Au cours de ses longues nuits d'insomnie, elle se remémore son passé. Sa jeunesse à Grund, sa relation complexe avec Lutz, le père de sa fille adolescente Orla. Sa vie en Irlande avec le musicien Declan. Son retour à Grund où elle chante dans la chorale dirigée par son père. Sa vie présente à Hambourg, qui est surtout caractérisée par ses nuits d'insomnie. Ce long monologue intérieur est entrecoupé de brèves séquences du carnet de Marthe, la mère de Lutz, qui appartient à la même chorale qu'Ellen et Orla, observe silencieusement ces dernières, comme un héron solitaire, ou comme un prédateur observant sa proie. 

L'Envol du héron est un récit à la fois curieux et envoûtant. Le premier chapitre annonce ce qui va suivre : la poésie des petits détails matériels, l'intimisme, les non-dits, la perte, le tout de manière assez contemplative.

C'est un roman assez mélancolique, peut-être même encore davantage que Le Goût des pépins de pomme. Ici, les personnages masculins disparaissent sans laisser de traces, abandonnant les femmes à la solitude. La maladie et la mort sont fréquemment évoqués. Le présent d'Ellen semble inexistant face à un passé qui occupe le devant de la scène. On pourrait se lasser de ce monologue attaché à des motifs obsédants comme les araignées ou les personnes qui ont disparu de sa vie. On suit le flux de sa pensée, avec ses associations d'idées curieuses et ses souvenirs troublants. Pourtant, je me suis laissé bercer par le flot des mots, même traduits, et le rythme lent de ce récit ; j'ai eu envie d'en savoir plus sur ce qui était arrivé à Lutz et à Marthe. Etant insomniaque moi-même, je n'ai eu aucun mal à m'identifier à Ellen. Ce qui est dommage, c'est que son histoire du sommeil n'existe pas réellement. En effet, ses réflexions sont nourries de références antiques passionnantes sur le sujet : Aristote, Héraclite, Pline l'Ancien. Je la lirais volontiers !

***

p. 11 « Le filigrane est un signe singulier, dont le contour transparaît comme une vérité cachée dès que la lumière tombe sur le papier. »

p. 13 « Les messages n'arrivent pas seulement dans les lettres, ils sont partout. Dans le V des oies, les longues lignes nervurées de certains nuages, dans les ramifications d'arbres nus, les marques de l'écorce, dans les lumières clignotantes du mât rouge et blanc qui prend des mesures météorologiques, dans les ondes sableuses du lac, dans les fissures de l'asphalte, l'écriture du lichen sur les pierres des remblais et les blancs hiéroglyphes filiformes des pare-brise givrés »

p. 17 « Le sommeil était certes, comme la mort, un rejeton de la nuit, mais la nuit avait au moins deux douzaines d'enfants, tous plus lugubres les uns que les autres, alors de qui n'était-il pas le frère ? »

p. 91 « Les rêves émergent même en phase de sommeil profond, on le sait maintenant, mais il est rare qu'on en garde le souvenir. Ils sont comme les châtaignes d'eau du vieux port, qui meurent dès que les cygnes les arrachent de l'eau. »

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