La bibliothèque de Northanger

05 décembre 2017

Le Noël des masques, Kate Sedley

 

« La lumière des chandelles luisait aux fenêtres, les étoiles scintillaient au firmament et je me sentis soudain heureux, en paix avec le monde entier. » (p. 20)

 

Le Noël des masques

Il s'agit du 22ème tome de la saga de Kate Sedley alias Brenda Margaret Lilian Honeyman Clarke née en 1926 à Bristol.

1483. Les festivités de Noël approchent à Bristol et Roger le colporteur s'en réjouit, d'autant plus qu'une troupe de théâtre va donner plusieurs représentations. Confortablement installé avec femme et enfants dans une belle demeure que certains lui envient, Roger ne s'attend pas à la série de meurtres qui va s'abattre sur la ville et perturber quelque peu le bon déroulement des fêtes. Mais comme toujours, de son propre aveu, il va s'en mêler pour tenter de découvrir le coupable…

Roger est le narrateur de cette enquête agréable – en dépit des meurtres macabres qui la ponctuent-, un narrateur chaleureux qui nous convie à partager son quotidien en lui présentant les protagonistes et en les ancrant dans un contexte bien précis. Il n'hésite pas à à nous faire part des petits tracas de la vie quotidienne et ne rechigne pas à raconter ses chamailleries avec son épouse Adela, chamailleries qui, comme il se plaît à le souligner, trouvent souvent leur résolution sur l'oreiller… Une connivence s'établit donc rapidement entre narrateur et lecteur… De plus, Roger, Adela et leurs enfants respectifs forment une famille recomposée aux résonances résolument contemporaines.

Bien sûr, le charme de ce roman opère aussi grâce aux nombreuses références folkloriques. A cette époque-là, les fêtes de Noël proprement dites, loin de s'arrêter au 25 décembre au soir, duraient jusqu'à l'épiphanie… Et de fait, le récit n'est pas avare de descriptions réjouissantes ou tout simplement, intéressantes : la décoration, les bûches de Yule, les rites anciens comme les libations au pied des pommiers le jour de l'épiphanie afin de s'assurer une bonne récolte…

C'est la première fois que j'enquête en compagnie de Roger le Colporteur, mais j'ai bien l'attention de suivre ses aventures en reprenant depuis le début avec le tome 1, Le Colporteur et la mort.

 ***

p. 21 « Adela et Elizabeth avaient tressé une magnifique couronne pour s'embrasser sous le gui. Les différents feuillages avaient été passés avec dextérité dans une forme en bouleau, précieusement conservée d'une année sur l'autre et ressortie chaque Noël. Elles avaient agrémenté cette verdure en y fixant des noeudss rouges – j'avais remarqué le matin même que ma réserve de rubans avait singulièrement diminué -, ainsi que des sachets de noix et de pétales de rose confits. De petites pommes, choisies parmi les provisions pour l'hiver, étaient piquées sur des brindilles ; des farandoles de silhouettes, découpées dans du papier chiffon et du linge empesé puis enfilées sur des cordons, entouraient le tout. On pouvait même reconnaître une étoile, une mangeoire et un joli mouton. »

Pour le challenge de Noël   Chicky Poo et Samarian

Noel 2


03 décembre 2017

Il était cinq fois Noël chez Chicky Poo et Samarian

C'est parti, mes bagages sont faits, je pars rejoindre le chalet enneigé de Chicky Poo et Samarian pour le challenge de Noël ! 

Noel 2

 

Noël

N'hésitez pas à vous laisser tenter et à vous inscrire ! Pour ma part, je viens de lire un récit de Noël, Le Noël des masques de Kate Sedley, un polar médiéval fort sympathique qui fait la part belle aux traditions de Noël. Je suis maintenant plongée dans Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy. Et puis chaque jour, j'ouvre un petit paquet du calendrier de l'avent, un swap organisé sur Livraddict. Nath m'a gâtée ! Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller jeter un oeil sur Instagram où je poste une photo par jour...

Voici également le programme des festivités concocté par nos deux hôtesses...

Noël calendrier

 Alors, êtes-vous déjà installées au chalet ?

 

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02 novembre 2017

David Bowie n'est pas mort, Sonia David

 

Attention, cette chronique n'a rien d'original ! Il n'y a pas beaucoup de place pour la créativité sur ce blog mais j'écris toujours mes billets avec le cœur…

Le 23 mai 2015, Hélène, la narratrice, perd brutalement sa mère. Un an plus tard, c'est le tour de son père. Entre ces deux disparitions, il y a aussi eu celle de David Bowie. Trois décès, trois récits qui sont l'occasion de faire émerger les souvenirs, parfois enfouis, d'une jeunesse compliquée, entre une mère abusive et un père parti refaire sa vie ailleurs. Et comme trait d'union, le chanteur qui va permettre à Hélène de mieux comprendre sa sœur aînée.

La narratrice nous fait partager deux « journées », deux longues journées qui sont en réalité bien plus que cela, unités de temps subjectif qui rassemblent plusieurs jours liés à deux événéments marquants s'il en est dans la vie : la mort des parents.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un hommage façon Le livre de ma mère d'Albert Cohen, un moyen de ressusciter ce qui n'est plus, de rattraper le temps perdu, de réparer, d'être pardonné. En réalité, il n'en est rien. On comprend très rapidement qu'Hélène – qui se plaît à répéter en public « Ma connasse de mère » et ses sœurs entretenaient des relations difficiles avec leur mère. Alors dans ce cas, de quoi s'agit-il ? Difficile à dire. La singularité d'une expérience : les mille et uns gestes à accomplir après un décès, la difficulté à trier les affaires du disparu et surtout, les différentes facettes du défunt. Le disparu était naturellement perçu de différentes manières par son entourage et sa mort est l'occasion de toutes les réunir. « Racontée par eux, elle a l'air extra, cette femme » (p. 70).

A travers un récit au présent qui s'apparente à un long monologue intérieur et épouse les soubresauts de la pensée tout en suivant un fil conducteur, le lecteur suit Hélène au cours de ces deux journées étranges comme un spectateur discret. La tristesse qui aurait pu imprégner le récit laisse place à la complexité du portait maternel qui se dessine au fil des pages : « Son rugissant orgueil, sa farouche intelligence, son ostentatoire culture, son rire dévastateur, son mépris de ce qu'elle ne sait pas, impossible de passer à côté » (p. 56) Par moments, quand même, un chagrin discret affleure lorsqu'il s'agit de vider l'appartement de Maman : « C'est désolant, tout de même, autant d'effritement visible à présent que sa tonitruance s'est tue » (p. 37)

La partie consacrée à « Papa », en revanche, traduit toute l'affection qu'une fille peut ressentir pour son père. On y sent une certaine piété filiale teintée d'humour et de distance.

Lorsqu'il a fallu retenir trois titres pour participer à la rentrée littéraire de Priceminister, c'est bien sûr celui-ci qui m'a attirée en premier lieu du fait de son originalité. Pourtant, il faut de la patience pour voir apparaître le nom du chanteur dans le roman. Malgré tout, j'ai apprécié cette lecture, qui n'est pas aussi triste que ma chronique peut le laisser paraître. Le style est addictif, calqué, comme je l'ai dit, sur le rythme de la pensée et des souvenirs. Enfin, il y a une liberté de ton, loin des convenances et du conformisme, qui m'a beaucoup parlé. Une rencontre bénéfique donc avec ce David Bowie n'est pas mort...

Merci à Priceminister pour cette découverte : #MRL17

David Bowie

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26 octobre 2017

Le Restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

« Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi. »

Le restaurant de l'amour retrouvé

 Suite à une rupture, la narratrice perd sa voix et revient s'installer dans le village montagnard de sa mère avec laquelle elle n'a pas d'affinités particulières. Les retrouvailles ne sont pas très chaleureuses mais la jeune femme a dans l'idée d'ouvrir un restaurant  s'inspirant de la cuisine de sa grand-mère, qui constitue autant un héritage culinaire qu'affectif.

« Le kimpira de pétasite du Japon aux prunes séchées, la bardane mijotée avec une bonne dose de vinaigre, le barazushi de riz vinaigré aux petits légumes, le flan salé chawan-mushi au bouillon fondant et goûteux, le flan au lait aux blancs en neige, les gâteaux à la poudre de soja grillés cuits à la vapeur et bien d'autres recettes encore, héritées de ma grand-mère, étaient vivantes en moi. »

C'est un restaurant unique au monde, où l'on ne sert qu'un ou deux clients à la fois, pour une occasion particulière. En cela le roman porte bien son nom.

J'ai aimé cuisiner avec la narratrice, sentir les épices, manipuler les légumes et épier les réactions des clients. Les recettes sont non seulement originales mais ont pour vocation de raviver des sentiments qui se sont dénoués au fil du temps chez les clients.

C'est donc un récit poétique ; les ingrédients ne sont pas simplement destinés à être consommés, ils sont le reflet du monde, une vision sublimée du quotidien. « J'ai tendu la main et effleuré une figue du bout des doigts, elle était bien ferme, tel le dos d'un enfant roulé en boule, les genoux serrés entre ses bras. »

Il y a des longueurs cependant (l'installation du restaurant par exemple) et un rythme très lent. Et surtout, la dernière partie est gâchée – à mes yeux - par la scène du cochon (ceux qui l'ont lu sauront de quoi je parle : il est évident que si on n'est pas végétarien, tuer un animal pour se nourrir est indispensable. Mais le cochon est tellement anthropomorphisé (la truie porte un nom, la narratrice la considère comme sa « sœur » et dort avec elle ; lorsqu'elle commence à la cuisiner elle insiste lourdement sur les différentes parties du corps qu'elle tranche « son beau visage » que c'en est insoutenable... pour moi petite nature !)

 ***

« Le ciel était voilé de nuages fins et translucides, comme une pellicule d'oignon plaquée contre le firmament. »

 « Dans les rizières en terrasses, les plants de riz ployaient sous le poids des épis dorés tandis que dans la vallée, on récoltait tellement de légumes qu'il y avait même de quoi nourrir les animaux. »

« L'idée qui m'était venue, à force de me creuser la tête, c'était de traduire l'éventail des émotions avec des plats très sucrés ou très épicés, un menu aux saveurs contrastées, stimulantes. »

« […] je suivais toujours le même rituel. J'approchais mon visage, mon nez, des aliments, j'écoutais leurs « voix ». Je les humais, les soupesais, leur demandaient comment ils voulaient être cuisinés. Alors ils m'apprenaient eux-mêmes la meilleure façon de les accommoder. »

 « Cuisiner était, dans mon existence, comme un arc-en-ciel fragile qui flotterait dans la pénombre. »

Challenge des douze thèmes, "Rose" chez A little-bit-dramatic !

 

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22 octobre 2017

L'Espoir des Neshov, Anne B. Ragde

Quel plaisir de retrouver les Neshov après quatre années de séparation !

 

L'espoir des neshov

 Le tome 3 laissait le lecteur sur sa faim, séparant à nouveau Torunn de ses oncles - fraîchement rencontrés - mais contenant plein de promesses en germes.

La vie a suivi son cours : Erlend et Krumme sont devenus les heureux papas de trois charmants bambins, Margido est toujours célibataire mais rompt de temps en temps avec son quotidien très monastique en s'autorisant des promenades à la campagne ou des séances dans son jaccuzy. Torunn, quant à elle, vit depuis quelques années avec Christer, un courtier en bourse dont la passion est le mushing, mais leur relation touche à sa fin.

Ce qui m'a toujours plu dans cette saga, c'est le contraste entre les différents personnages, les personnages sont aussi différents les uns des autres que peuvent l'être les membres d'une famille de chair et d'os. La vie d'Erlend et Krumme a beaucoup changé, mais les deux hommes restent égaux à eux-mêmes et ont su conserver une relation équilibrée et solide. Torunn, elle, a eu beaucoup moins de chance avec Christer qui s'est révélé égoïste et surtout, infidèle. A quarante ans, elle se retrouve seule et sans emploi. Mais c'est Margido finalement, qui s'avère le plus touchant à mes yeux dans ce roman car il fend enfin l'armure et fait de son mieux pour venir en aide à Torunn.

 Des retours en arrière permettent de combler les blancs et de mesurer le chemin parcouru par chacun. Grâce à une multitude de petits détails, le lecteur entre dans l'intimité des personnages. C'est même parfois assez cru, mais c'est une manière de donner corps concrètement à leurs inquiétudes et questionnements. Et ce c'est qui rend leur psychologie crédible. En partageant pour quelques jours leur quotidien, on a l'impression de les côtoyer, de les connaître, de faire partie de l'histoire.

Ce n'est certes pas le meilleur tome de la série, la tension dramatique étant retombée. Il manque à mon sens une confrontation familiale qui aurait pu permettre de dénouer – ou pas – les tensions accumulées dans L'héritage impossible. Les tranches de vie, si plaisantes dans La Terre des mensonges, où nous découvrions les personnages, prenaient tout leur sens lorsque la famille était réunie. Ici, on a l'impression de lire deux romans différents réunis en un seul : Erlend et Krumme d'un côté, Torunn, Margido et le "vieux" de l'autre, ce qui crée une sensation un peu bancale. Les interactions entre les différents personnages manquent un peu, à moins que ce soit pour le tome 5 ?! De la même façon, la ferme familiale, au coeur des préoccupation dans les volumes précédents, n'apparaît que peu, même si elle a encore un rôle important à jouer. Si c'est le dernier tome, il est un peu frustrant parce que de nombreuses possibilités n'ont pas été exploitées. Mais qui sait ?

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11 octobre 2017

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino

Coup de cœur pour ce roman à suspense sur fond de secrets de famille.

La maison où je suis mort autrefois

Le narrateur, un jeune universitaire spécialisé dans les sciences physiques, reçoit une demande étrange de Sayaka Kurahashi, son ancienne petite amie. Sayaka, qui vient de perdre son père, a retrouvé dans ses affaires une clé étrange, à l'effigie d'un lion, accompagnée d'un plan. Elle s'est alors rappelé que son père partait souvent pour quelques jours, sous prétexte d'aller à la pêche, mais elle le soupçonne d'avoir mené une double vie. N'ayant elle-même aucun souvenir de sa petite enfance avant l'entrée à l'école primaire, elle souhaiterait en apprendre plus sur l'histoire de sa famille. Elle décide donc de découvrir cette mystérieuse maison qui pourrait répondre à ses interrogations. Et pour cela, elle a besoin du soutien du narrateur…

En ce moment, je fais un marathon thriller pour me changer les idées. Et il faut dire que cela fonctionne à merveille.

La maison où je suis mort autrefois est un court roman (254 pages) très prenant, que l'on referme à regret seulement quand on y est obligé. La narration à la première personne pique immédiatement la curiosité du lecteur et l'invite à poursuivre. Un prologue envoûtant place la maison au cœur de l'histoire, comme le suggère le titre. « Démolition », « nostalgie » et « horreur » en sont les maîtres mots.

C'est une enquête singulière et passionnante ; Shayaka et le narrateur, dans un presque huis-clos, vont explorer une maison étrange, abandonnée, sinistre par certains côtés, dans l'espoir qu'elle finisse par révéler l'histoire – tragique - de ses habitants. La demeure, une maison à l'occidentale, est nimbée de mystère. Personne, dans les alentours, ne sait à qui elle appartient. Quasiment murée de l'intérieur, elle n'est accessible que par la cave. Les habitants semblent l'avoir quittée brutalement et toutes les pendules se sont arrêtées à onze heures dix… Autant de curiosités qui font hésiter le lecteur entre plusieurs hypothèses, de la plus plausible au surnaturel.

Les liens familiaux sont infiniment plus retors qu'on ne l'aurait imaginé, et Sayaka n'est pas la seule à mettre le doigt sur une réalité douloureuse. La maison où je suis mort autrefois est tout autant sa quête identitaire à elle que l'écho des souvenirs de son compagnon. Le personnage de Sayaka est troublant ; d'abord touchante, elle se révèle ensuite dérangeante. Même si on arrive par la suite à comprendre l'origine de ses troubles, on n'arrive pas pour autant à lui pardonner. C'est donc une relation complexe qui s'établit avec le lecteur qui est obligé de maintenir son empathie à distance.

Une lecture marquante que je vais conseiller à mes proches !

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27 septembre 2017

La fille du train, Paula Hawkins

p. 55 « Avant, quand j'étais encore moi, je rêvais de faire de longs voyages romantiques en train avec Tom (la ligne de Bergen pour notre cinquième anniversaire de mariage, le Train Bleu pour ses quarante ans). »

 

La fille du train

Premier roman de Paula Hawkins. Rien de tel qu'on bon thriller pour se changer les idées à la rentrée !

Rachel prend le train matin et soir pour se rendre au travail à Londres. Le train s'arrête à toutes les gares, notamment dans la rue où Rachel vivait encore avec son mari deux ans auparavant. Le train faisant étape pile devant les fenêtres d'un autre appartement situé tout près, Rachel en profite pour observer un couple qui incarne à la fois ses fantasmes et la nostalgie de son propre couple. Elle invente une vie et une identité à ces deux inconnus qu'elle aperçoit matin et soir, comme si c'était la seule chose qui avait de l'importance dans la journée. Mais peu à peu, ce qui pourrait apparaître comme de la curiosité s'apparente bientôt à une véritable obsession, d'autant plus lorsque Rachel est témoin d'une scène privée et décide de prendre contact avec le mari pour lui en faire part…

On pense bien sûr à Fenêtre sur cour dans ce roman où le voyeurisme est poussé à son comble. Par une sorte de jeu de miroir, le lecteur observe Rachel elle-même en train d'observer Megan. On en apprend autant sur l'une que sur l'autre car Rachel projette ses propres angoisses et manques sur le couple qu'elle espionne. On se demande d'abord comment une jeune femme peut prêter autant d'intérêt à un couple inconnu, entraperçu une ou deux fois par jour par la vitre du train. D'ailleurs au début, ce sont les seuls moments de la journée qui sont racontés. Ce que fait Rachel le reste du temps reste mystérieux. Ce qui est curieux, c'est la manière dont évolue la perception que l'on a de Rachel. Epouse abandonnée, solitaire, sans moyens, elle semble de prime abord bien à plaindre. Puis au fil de ses observations, elle se dévoile et on en ressent un certain malaise qui fait hésiter entre compassion et défiance. On ne sait plus si on peut lui accorder ou non du crédit. Et c'est cette ambiguïté qui donne envie de tourner les pages le plus vite possible.

Le récit au présent place le lecteur au cœur de l'action, dans la même position d'observateur que Rachel. On se prend donc très vite au jeu parce qu'on se doute bien que les apparences sont trompeuses et que la vie de Megan est certainement moins parfaite qu'elle n'en a l'air. Comme Rachel, on a envie d'en savoir plus et de gratter le vernis des apparences.

 

La construction du récit est complexe ; il tient du journal car il mentionne la date et le moment de la journée ; il tient aussi du monologue intérieur. Si le point de vue de Rachel prédomine, on découvre aussi celui de Megan, la femme espionnée et Anna, la rivale de Rachel. Au présent s'ajoutent des flash-back bien placés. Le train constitue bien sûr le fil rouge de cette histoire en reliant les trois personnages féminins de ce roman. Envoûtant et apaisant pour Rachel, anxiogène et intrusif pour Anna, il rythme la vie de ces trois femmes de manière obsédante et tisse entre elles un lien indéfectible.

Si vous avez envie d'oublier un peu le quotidien pendant quelques heures, je vous recommande chaudement ce roman ! Pour ma part, j'espère trouver Au fond de l'eau à la médiathèque dès que possible…

 Je n'ai pas encore vu l'adaptation avec Emily Blunt, et vous ?

 ***

Challenge des douze thèmes, "Grande découverte" chez A little-bit-dramatic !

 

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15 septembre 2017

Le Chat qui connaissait Shakespeare, L. Jackson Braun

« Encore plus étonnant était l'attirance de Koko pour Shakespeare. Sentait-il la reliure en peau de porc ou la cire utilisée pour conserver le cuir ou encore une colle rare en usage au XIXème siècle pour la reliure ? Et, dans tous les cas, pourquoi préférait-il Hamlet ? » p. 251 

Le chat qui connaissait Shakespeare

Jim Qwilleran, journaliste d'une cinquantaine d'années, s'est retiré depuis peu à la campagne, où il vit en bonne compagnie (comprenez : avec deux chats siamois, Koko et Yom Yom). Jim leur fait d'ailleurs goûter l'art de la conversation, le soir, au coin du feu, pour les aider à « s'élever ». Et de fait, Koko qui a une passion pour les livres anciens, fait systématiquement chuter de la bibliothèque des œuvres de Shakespeare, rien de moins ! Et cela devient d'autant plus intriguant lorsque les morceaux choisis font curieusement écho aux étranges événements qui se déroulent en ville, à savoir la mort suspecte du patron du journal puis l'incendie de ses locaux…

Première rencontre avec Jim Qwilleran, ce personnage sympathique dont j'ai reconstitué l'itinéraire entre les lignes. Installé à Pickax - une ville fictive des Etats-Unis - depuis seulement dix-huit mois, il occupe une magnifique demeure dont il a hérité, alors qu'il avait jusque-là des revenus modestes. Mais son goût pour la simplicité l'amène à préférer l'appartement situé au-dessus du garage tandis que c'est sa gouvernante, la charmante Mrs. Cobb, qui occupe la suite française garnie de meubles anciens. On a donc là un renversement des rôles amusant. « Qwill » et Mrs Cobb forment un charmant tandem, Mrs. Cobb prenant grand soin de son employeur, mais aussi de ses chats tandis que Qwill s'inquiète des fréquentations de celle-ci…

Tous les chapitres ou presque s'ouvrent sur des considérations météorologiques, clin d’œil humoristique aux nouvelles préoccupations de Qwill. Lorsqu'il vivait dans le monde « d'En-Bas », il était sans doute trop pris pour y penser et le temps semblait plus clément. Au contraire, dans le pays « d'En-Haut », le temps est une question majeure, dans cette contrée où les chutes de neige peuvent paralyser la circulation. On découvre une partie du comté imaginaire de Moose en compagnie de Qwill lorsqu'il commence à mener l'enquête. Une contrée étrange, à la limite du fantastique, battue par les vents, isolée, rurale : « Le diable lui-même ne la trouverait pas sur la carte, car c'est une ville fantôme depuis cinquante ans, mais vous la trouverez, quand je vous aurai expliqué comment y aller. » (p.77).

C'est donc une promenade revigorante, amusante, dépaysante. La présence des chats et de leurs petits travers comblera tous les fans de petits félins, le charme suranné qui plane dans l'air (en quelle année est-on ? Epoque contemporaine de la date de publication ou période plus ancienne ?), les éléments du puzzle qui se mettent doucement en place, l'idée assez burlesque qu'un chat puisse s'intéresser à Shakespeare, la ville de Pickax qui prend vie tout doucement dans mon imaginaire… Tout concourt à créer un univers très particulier que j'aimerais retrouver dans une prochaine lecture...

***

« Koko est moins sentimental et plus cérébral, expliqua Qwilleran. Il possède ses propres attributs et sa personnalité, et nous devons le comprendre et l'accepter tel qu'il est. » p. 97

« Qwilleran éprouva une sensation particulière au-dessus de la lèvre supérieure. Une démangeaison, un tressaillement ou simplement un vague sentiment de malaise à la racine de sa moustache lui disait qu'il était sur la bonne voie. » p. 73

***

Une lecture partagée avec Hilde qui, comme moi, essaie de faire baisser le niveau de sa PAL !!

 Chez Titine

mois américain

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13 septembre 2017

Brooklyn, Colm Toibin

 Irlande, années 50. La jeune Eilis suit des cours de comptabilité sans espoir de trouver un jour une place dans sa région natale. Sur les conseils de sa sœur aînée, Rose, elle se décide à embarquer pour New York où elle sera épaulée par un prêtre que Rose a rencontré au club de golf. C'est le début d'une nouvelle vie, où l'espoir et l'amour le disputent au dépaysement et à la solitude.

Brooklyn

 J'ai adoré ce récit intimiste qui, tout en inscrivant le parcours d'Eilis dans un contexte bien particulier, met l'accent sur la singularité de son destin et sur ses sentiments. Il y est question de mal du pays, du manque, des premiers émois amoureux.

C'est un roman fluide, dont les pages se tournent toutes seules. Des ellipses allègent le récit (l'arrivée à Brooklyn, l'installation à la pension sont évoqués par exemple mais pas racontés) qui se consacre de ce fait aux temps forts de l'action : les préparatifs, le voyage en bateau, le travail d'Eilis dans le grand magasin, le voyage en Irlande, etc. On s'attache vite à Eilis et à sa famille, notamment à Rose qui entoure sa sœur d'une sollicitude toute maternelle.

Le début de l'histoire dévoile avec réalisme le caractère étouffant d'une petite ville sans activité économique, où chacun est la proie des commérages d'une harpie. La seule opportunité qui s'offre aux jeunes femmes est le mariage. Aux Etats-Unis, Eilis découvre un mode de vie différent (les Américains par exemple, ne coupent pas le chauffage la nuit). L'offre d'emploi y est nettement supérieur et les promesses d'avenir plus souriantes. Eilis parviendra-t-elle à s'y adapter pour autant ?

C'est aussi l'apprentissage amoureux d'une jeune fille à peine sortie de l'adolescence et peut-être un peu immature de ce point de vue-là. Si vous l'avez lu, je ne sais pas ce que vous en pensez mais [on peut se demander si Eilis ne souffrira pas à l'avenir de son choix qui paraît plus subi(t) que réfléchi. On dirait une échappatoire plus qu'un mariage d'amour, même si Tony est  un gentil garçon plein d'attentions. Il me semble que cette incertitude est plus discrète dans le film].

Bref, un roman que je vous conseille fortement en ce mois de septembre américain !

 

 Chez Titine

mois américain

 

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03 septembre 2017

Le mois américain : c'est parti !

Comme chaque année, Titine nous convie à partager nos lectures américaines !

mois américain

Voici les livres que j'aimerais vous présenter à cette occasion...

Le chat qui connaissant Shakespeare, ma première incursion dans l'univers assez loufoque de Lilian J. Braun

Tragédie à l'Everest, le témoignage de Jon Krakauer qui a notamment inspiré le film Everest

Brooklyn, le joli roman de Colm Toibin qui a enchanté mon mois d'août

La femme du gardien de zoo, D. Ackerman

Les Dames du lac, Marion Zimmer Bradley

Game of thrones, tome 1, George R. Martin

Un jardin dans les Appalaches, Barbara Kingsolver

Psychose, Robert Bloch

Et vous, participez-vous ?

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