La bibliothèque de Northanger

29 avril 2018

La Pâtissière de Long Island, Sylvia Lott

Long Island, mai 2003. Pour la première fois, Rona vient rendre visite à sa grand-tante installée aux Etats-Unis. Marie a en effet quitté sa Frise natale en 1932 pour rejoindre ses frères et soeurs partis quelques années auparavant. C'est une occasion opportune pour Rona de changer d'air alors qu'à quarante ans, elle est en instance de séparation. Elle noue très vite une complicité avec Marie qui lui raconte sa jeunesse. Cette dernière va même finir par lui délivrer la recette secrète du cheesecake, la fameuse pâtisserie qui a changé le cours de plusieurs vies...

 

La Pâtissière de long island

Résumée ainsi, l'histoire paraît un peu simpliste et convenue ; certains éléments de l'intrigue sont effectivement un peu attendus comme la romance ou le changement de vie de Rona ; l'idée qu'une recette puisse à ce point influer sur la vie des gens est un peu naïve – mais je le suis moi-même donc ça ne me dérange pas !

Malgré toutes ces petites réserves, j'ai adoré. Ce roman est non seulement rafraîchissant mais également bien construit. L'alternance des époques et des narrations – 2003, récit à la permière personne de Rona et 1932, récit à la troisième personne focalisé sur Marie – pique la curiosité du lecteur. De plus, les différents chapitres, très longs au début, se font de plus en courts, à mesure que l'on se rapproche du dénouement, créant ainsi un agréable crescendo.

Si j'ai aimé découvrir le New York des années 30 en compagnie de Marie (le Chrysler Building, les Hamptons, les salons de beauté, la prohibition et la vente clandestine d'alcool, l'essor des produits surgelés), j'ai encore plus apprécié les chapitres se déroulant en Allemagne ; la vie des colons en Frise (actuelle Basse-Saxe), une vie difficile qui consistait à assécher les marais et à vendre la tourbe ainsi obtenue. Une vie à mille lieux alors de la vie new-yorkaise. Ce roman pose aussi un regard intéressant sur la monté en puissance du nazisme et sur le destin des Juifs Allemands.

Bref, un roman certes à dominante sentimentale, mais ancré dans deux contextes historiques et géographiques intéressants (et pas forcéments courants en ce qui concerne la Frise Orientale), au style soigné et à la construction bien orchestrée. A découvrir sans hésiter !

***

p. 28 « Des nappes de brouillard au sol flottaient au-dessus des pâturages d'un vert soutenu. Des nuages couleur abricot dansaient entre les cerfeuils sauvages et les lupins dans les fossés de chaque côté de l'étroit terrain. Ils transformaient le sous-bois de haies éparses en décor pour des rencontres merveilleuses ejtre fées et lutins. »

 

p. 303 « J'ai fermé les yeux. Froid, soyeux et souple. La garniture compacte flattait les papilles et le palais, des arômes crémeux et acidulés s'élevaient, j'ai goûté du citron, une touche d'orange, de vanille. Hummm... Manne divine ! Ensuite une bouchée de la mince base en pâte brisée. Croquante, croustillante avec de fins arômes de caramel brûlé. Et maintenant, les deux ensemble, avec une fraise fraîche, écrasée en haut du palais et mâchée très lentement. Merveilleux.

C'était sensé être un gâteau au fromage blanc ? »

 

p. 374 «  Tu dois tester les temps de cuisson pour chaque four, a-t-elle dit, on ne peut pas généraliser. C'est comme avec les violons, il y a les Stradivarius et il y a les autres. »

 

Chez Soukee

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18 avril 2018

L'Enfant allemand, Camille Lackberg

Dans L'Oiseau de mauvais augure, Erica découvre dans le grenier de la maison de ses parents de la layette tachée de sang ainsi qu'une médaille nazie. Désireuse d'en savoir plus sur le passé de sa famille, Erica confie cette médaille à Erik, un spécialiste de la seconde guerre mondiale à Fjallbäcka, mais celui-ci est retrouvé assassiné au début de L'Enfant allemand. Aussi étrange que cela puisse paraître, Patrik et Erica ne vont pas tarder à comprendre que ce crime est lié à la réapparition de la médaille...

L'enfant allemand

Erica revient sur le devant de la scène dans ce tome qui permet au lecteur d'en apprendre davantage sur sa mère, Elsy, qui s'est toujours montrée très distante avec ses filles, ce de manière inexplicable.

Paradoxalement, alors que j'avais hâte de découvrir des secrets de famille, j'ai trouvé l'intrigue un peu longue à se mettre en place – il faut dire que ce roman est plus épais que les autres ; le rythme s'accélère véritablement dans les cent dernières pages.

J'ai apprécié en revanche que le récit ait une résonance historique, en particulier parce que j'ignore tout de la manière dont les pays scandinaves ont traversé la seconde guerre mondiale. Mais je dois reconnaître que ce que j'ai préféré, c'est suivre les personnages secondaires qui sont particulièrement attachants. Anna et Dan se sont installés ensemble et tentent, bon gré mal gré, de faire accepter la situation à la fille aînée de Dan. Autre petit plaisir, rencontrer Karin, l'ex-femme de Patrik, qui va mettre à l'épreuve la patience d'Erica, encore que je l'ai trouvée assez pondérée dans sa manière d'appréhender la situation. Patrik, de son côté, goûte aux joies du congé de paternité, mais il a du mal à trouver ses repères, ce qui donne lieu à quelques situations savoureuses qui sonnent juste. Camilla Läckberg se serait-elle inspirée de son vécu ... ? Mellberg, désigné depuis le début de la série comme un incompétent notoire, gagne la sympathie du lecteur en se mettant à la salsa par amour ; il va de plus prendre une place inattendue dans la vie de l'enquêtrice nouvelle arrivée à Fjallbacka, Paula...

Finalement, davantage que l'enquête, c'est le quotidien des personnages qui m'a intéressée : vie de famille, maternité, famille recomposée et homosexualité. Des thèmes d'actualité.

 

Je suis bien décidée à continuer cette série : ma prochaine lecture, La Sirène, me permettra de rattraper mon retard (j'ai commencé la série avec Le Gardien de phare).

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08 avril 2018

La Chorale des dames de Chilbury, Jennifer Ryan

« La musique nous force à sortir de nous-mêmes, de nos soucis, de nos tragédies ; elle nous aide à porter notre regard vers un monde différent, plus vaste. » (p. 137)

 

La chorale

Mars 1940. Tous les hommes de la petite communauté de Chilbury, dans le Kent, ont été mobilisés. En l'absence de voix masculines, le pasteur prend la décision de suspendre les activités de la chorale. Mais un petit groupe de femmes, sous l'égide de la pétulante Prim, décide de constituer un chœur féminin pour soutenir le village au cours de cette période tourmentée. Le lecteur découvre la mise en place de ce chœur au jour le jour, au gré des événements tragiques qui vont frapper Chilbury.

La musique bien sûr constitue le fil rouge de l'histoire, devient un moyen de résister, de s'entraider, de s'unir face à l'adversité : p. 181 « Hitler a-t-il la moindre idée de la force et de la détermination de treize femmes exaltées ? En tout cas, je le soupçonne de ne jamais avoir envisagé le potentiel meurtrier d'un présentoir à gâteaux. »

Je n'ai pas trop d'affinités avec le genre épistolaire en temps ordinaire, mais il faut reconnaître que le choix des personnages est judicieux ; les voix narratives sont majoritairement féminines donc, vu les circonstances, et offrent chacune au lecteur une sensibilité différente : la douce Mrs Tilling, veuve et mère d'un jeune soldat parti au combat, qui va s'affirmer peu à peu ; Venetia, la croqueuse d'hommes, Edwina, la sage-femme à la morale douteuse mais aussi la jeune Kitty, sœur de Venetia ainsi que Silvie, une enfant tchèque qui a trouvé refuge en Angleterre en attendant que sa famille la rejoigne.

La variété des genres (lettres, journaux intimes) et des personnalités (caractère, situation personnelle, âge) rythme agréablement l'ensemble. Le journal de Mrs Tilling est celui d'une femme raisonnable, qui n'a pas eu une vie facile. Il y a une plus grande liberté de ton dans les lettres d'Edwina à sa sœur et dans celles de Venetia, ce qui donne du piquant à l'ensemble. Et il y a bien sûr le charme british du cadre, même si les descriptions sont moins nombreuses que dans un récit à la troisième personne. J'ai beaucoup aimé l'évocation de la maison de Prim, évocatrice de son parcours.

Les événements prennent une tournure de plus en plus dramatique et la tension s'amplifie. Le destin de chacune des protagonistes prend un virage inattendu ; chacune sera confrontée à ses choix et amenée à prendre des décisions cruciales. Ce récit qui s'annonçait presque comme un feel good historique, si on peut dire, s'assombrit au fil des pages, sans rien perdre de son aspect plaisant mais tout en gagnant en profondeur. Entre humour british et émotion, un récit plein de charme que je vous conseille sans réserves !

 

***

p. 186 « C'est étrange, la façon dont un moment de chant nous lie. Chacune était là, perdue dans son monde, avec ses problèmes, et tout d'un coup, ceux-ci ont paru se dissoudre et nous avons pris conscience que nous étions ensemble, ici et maintenant, en train de traverser cette épreuve et de nous soutenir mutuellement. »

 ***

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette agréable lecture !

 Challenge des Douze thèmes chez A-little-bit-dramatic : « La Fille de la Bande » →  un livre dont l' héroïne est une femme et dont l'auteure est une femme aussi

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14 mars 2018

Mma Ramostwe détective, Alexander McCall Smith

« Je suis Precious Ramotswe, citoyenne du Botswana, fille d'Obed Ramotswe, qui est mort parce qu'il avait été mineur et qu'il n'arrivait plus à respirer. Sa vie à lui n'a été consignée nulle part : qui se préoccupe d'écrire la vie des gens ordinaires ? » (p. 20)

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Je découvre enfin la série d'un de mes auteurs fétiches, Alexander McCall Smith. Déjà conquise depuis longtemps par Les Chroniques d'Edimbourg et encore davantage par Isabel Dalhousie, j'avais bien envie de faire un détour par l'Afrique pour rencontrer Precious Ramotswe !

Il s'agit du premier tome de la série. L'auteur prend le temps de poser le cadre de l'action : une première anecdote permet au lecteur d'appréhender l'astuce et la débrouillardise de Precious dans l'exercice de son métier. Ensuite, un retour en arrière nous dévoile la vie laborieuse d'Obed, son père, puis l'enfance de Precious, élevée par une cousine qui tenait à lui apprendre à lire et à compter pour qu'elle puisse choisir la vie qu'elle souhaitait mener.

Le récit s'écoule tout en lenteur au début, mais c'est appréciable de découvrir en profondeur un personnage qui va être le protagoniste de toute une série. De plus, l'histoire familiale et l'enfance de Precious permettent de comprendre son caractère et ses actes à l'âge adulte. C'est d'ailleurs un portrait sans concession qui émerge peu à peu, et on se sent vite proche de ce personnage qui a comme tout le monde ses qualités et ses petites faiblesses. Alexander McCall Smith a toujours l'art d'impliquer son lecteur dans le destin de ses personnages et on se prend très vite de sympathie pour la détective.

Dans les autres sagas de l'auteur, c'est l'Ecosse qui est à l'honneur ; ici, c'est le Botswana, qui est décrit avec une certaine poésie qui n'exclut pas pour autant un regard critique sur le sort réservé aux femmes par exemple.

J'ai retrouvé aussi ce qui fait la fraîcheur des autres séries : ces petites remarques pleines de sagesse sur la vie de tous les jours, qui peuvent paraître banales mais qui me vont droit au cœur parce qu'elles répondent à des questions universelles. « Je lui ai dit que le Zoulouland semblait bien agréable, mais que chaque homme avait dans son cœur une carte de son propre pays et que le cœur n'acceptait pas qu'on oublie cette carte » (p. 23). Comme toujours, l'humour n'est pas loin. Mma Ramostwe a fondé la première agence des Dames Détectives… parce qu'elle est fan d'Agatha Christie et elle lit avec conviction un manuel pour apprendre son métier...

Enfin, c'est une lecture évidemment dépaysante pour moi qui n'ai jamais quitté l'Europe. J'irais bien boire une tasse de thé rouge et déguster du poulet au potiron sous la véranda de Precious, sur Zebra Drive !

***

« Au-delà de la route débutait la plaine qui s'étendait jusqu'au Kalahari. C'était une terre sans caractère, encombrée de robiniers sur les branches desquels venaient se percher les calaos et les sucriers volages, avec leur longue queue de plumes qu'ils traînent derrière eux. » (p. 21)

« On ne pouvait jamais vraiment savoir : il y a beaucoup de tristesse dans le coeur d'un homme qui vit loin de son pays. » (p. 32)

« A l'avant, la maison possédait une véranda qui était l'endroit préféré de Mma Ramostwe. C'était là qu'elle aimait s'asseoir le matin au lever du soleil, ou le soir, avant l'arrivée des moustiques. » (p. 145)

***

Participation (avec du retard...) au challenge des Douze thèmes organisé par A-little-bit-dramatic : "Jeune premier", le premier tome d'une série

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23 février 2018

La Princesse Elodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n'importe quoi, Pierre Thiry

 Elodie de Zèbrazur, comme toute princesse qui se respecte, vit dans un château, mais  pas un château ordinaire, un château situé entre la mer et la forêt. Elle a pour compagnons Augustin le chien qui fait n'importe quoi et Mme Brichard, qui tient le château avec un soin méticuleux. Mais si Elodie est un peu tiraillée entre les bêtises d'Augustin et la maniaquerie de sa gouvernante, elle va vite se rendre compte qu'Augustin le chien peut lui apporter beaucoup...

Une fois de plus, Pierre Thiry nous livre un joli conte qui se savoure comme une friandise colorée.

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C'est un conte qui se prête très bien à une lecture oralisée et même participative grâce aux nombreuses formules qui structurent le texte. Je me suis amusée à laisser mes petits lapins compléter les phrases une fois qu'ils ont eu retenu le surnom d'Augustin, ce qu'ils ont fait avec un vif plaisir !

Tous les éléments traditionnels sont là (la princesse, le château) mais des éléments plus rares dans l'univers des contes lui donnent un éclat particulier : la mer, l'hippocampe, Augustin... Je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir la suite...

Les illustrations sont à l'image de ce conte : fantaisistes et modernes.

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Une jolie rencontre avec Augustin le chien qui fait n'importe quoi mais surtout qui apporte beaucoup de légèreté et de joie au château et dans le cœur de ses petits lecteurs...

Un grand merci à l'auteur pour l'envoi de ce livre assorti d'une gentille dédicace personnalisée !

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28 janvier 2018

Persuasion, Jane Austen

Un roman très court qui concentre tout ce que j'aime chez la romancière : les méandres du sentiment amoureux, la peinture sociale et parfois satirique d'un milieu favorisé et le portrait d'un homme séduisant.

 

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Anne Elliot n'est pas gâtée par le destin. Jolie et d'une grande douceur, elle a connu une passion partagée avec Frederick Wentworth. Mais sa voisine et amie Lady Russel ainsi que son père, ne l'ayant pas trouvé assez fortuné, elle a dû l'éconduire. Huit ans après, sir Walter, le père d'Anne, loue son domaine à l'amiral Croft pendant son séjour à Bath. Or, l'amiral a épousé la sœur du capitaine Wentworth. Anne va donc le revoir, bien malgré elle. Mais ce dernier est en quête d'une épouse et ne lui manifeste, au mieux, qu'une indifférence polie…

***

Anne Elliot m'a paru d'emblée sympathique parce qu'elle est rejetée par les autres alors qu'elle est parée de toutes les qualités que l'on peut souhaiter pour une fille, une sœur ou une amie : gentille, conciliante, à l'écoute et altruiste. Son amour malheureux avec le capitaine Wentworth la rend d'autant plus attachante parce qu'elle a sacrifié son bonheur – et celui de Frederick – à la piété familiale. On se demande comment elle peut réussir cet exploit, faire taire son cœur pendant si longtemps, pour mener une vie affective aussi aride : p. 70 « Combien il était absurde de ressentir encore une agitation que le temps aurait dû effacer ! Que de changements en huit ans pouvaient apporter ! Tous résumés en un mot : oubli du passé. C'était presque le tiers de sa propre vie. Hélas, il fallait bien le reconnaître, pour des sentiments emprisonnés, ce temps n'est rien. »

Les autres personnages féminins en revanche, ne sont guère à leur avantage ; les sœurs d'Anne, Elizabeth et Mary, sont, l'une, une coquette, l'autre une hypocondriaque égocentrique. Lady Russell, l'amie de la famille, semble en revanche assez maternelle et bienveillante, quoique ses conseils aient été mal avisés en ce qui concerne le capitaine Wentworth. Les autres jeunes filles fréquentées par Anne sont agréables mais assez superficielles.

On se promène à Bath, aux thermes, au Royal Crescent (que j'ai eu la chance de visiter ado lors d'un voyage scolaire), au bord de la mer, à Lyme. On sent l'air marin dans les salons cossus ; il y a un souffle d'exotisme dans cet ultime opus de Jane Austen.

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Mais la critique sociale n'est jamais bien loin et il y a quelques coups de griffes pour les privilégiés snobinards ; certains personnages, en revanche, sont conscients des avantages de leur situation : p. 32 « En réalité, les avantages physiques n'appartiennent qu'à ceux qui ne sont pas forcés d'avoir un état ; qui vivent sur leur propriété, employant le temps à leur guise, sans se tourmenter pour acquérir. A ceux-là seuls sont réservés les dons de la santé et les plus grands avantages physiques. »

C'est le premier roman de Jane Austen que je lis sans en connaître les personnages. J'ai aimé me laisser agréablement surprendre, non pas par l'intrigue, mais par la finesse de l'évocation du sentiment amoureux. Malgré sa brièveté, je l'ai trouvé profond et abouti, émaillé de réflexions intéressantes : p. 46 « Il n'y a presque point de défaut physique, dit Anne, que des manières agréables ne puissent faire oublier. »

Je suis donc à mi-parcours de mon challenge personnel : lire tous les romans de Jane Austen avant de découvrir la première « austenerie » : De Darcy à Wentworth, offerte par Nath à l'occasion du swap Jane Austen !

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Challenge des Douze thèmes : "Silence, ça tourne"

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05 janvier 2018

L'oiseau de mauvais augure, Camille Läckberg

L'oiseau de mauvais augure

Je poursuis avec plaisir la lecture de cette saga ; il s'agit du quatrième tome de la série Erica Falck et Patrik Hedström. 

Patrik accueille une nouvelle recrue au poste, Hannah. Ensemble, ils sont envoyés sur les lieux d'un accident. Une commerçante de Tanumshede, âgée d'une quarantaine d'année, a trouvé la mort en percutant un arbre. Fait curieux, son alcoolémie se révèle très élevée alors qu'elle ne buvait pas une goutte d'alcool au dire de ses proches. Patrik a donc l'intuition qu'il ne s'agit pas d'un simple accident.

Pendant ce temps, la ville s'apprête à recevoir une équipe de tournage pour une émission de téléréalité. Là non plus, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

Parallèlement, le lecteur découvre le quotidien lointain d'un petit garçon qui semble vivre retranché du monde avec sa sœur et sa maman. On le surnomme l'oiseau de mauvais augure…

 Paru en 2006, ce roman se fait l'écho de ce qui était relativement nouveau à l'époque, la téléréalité, un genre que nous découvrions quelques années plus tôt en France. Même si je me suis complètement détachée de ce type d'émission, je reconnais qu'à l'époque, c'était assez fascinant de penser qu'il suffisait d'allumer sa télé pour voir des gens évoluer sous nos yeux presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C'est donc intéressant de retrouver ce concept transposé dans un roman et de s'apercevoir que le fonctionnement de l'émission est le même à l'autre bout de l'Europe. D'ailleurs, on sent l'auteure assez critique vis-à-vis de l'émission et surtout, de la motivation et de l'éthique de certains participants comme des producteurs. En tout cas, l'univers de cette série suit de près l'évolution du monde contemporain et c'est assez plaisant.

Curieusement, en dépit des événements tragiques qui se multiplient, il émane une chaleur agréable de ce tome, liée à la réconciliation des deux sœurs et à la préparation du mariage d'Erica. Alors que la situation d'Anna était particulièrement horrible dans les premiers tomes, celle-ci parvient enfin à retrouver la sérénité et l'atmosphère du roman se fait plus légère, même si le crime reste toujours présent.

L'épilogue, quant à lui, nous promet de retrouver – enfin – Erica sur le devant de la scène. S'interrogeant depuis longtemps sur la froideur de sa mère, elle décide d'en savoir plus en fouillant dans le grenier de la maison familiale – où elle vit. Elle fait alors une découverte qui va être exploitée dans le tome 5 (qui se trouve déjà sur ma table de nuit…) et qui promet de lier histoire familiale et histoire tout court.

 ***

Une pensée pour Nath, avec qui je partage habituellement la lecture de cette série. Mille excuses, je n'ai pas pu résister à l'envie de poursuivre !!

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03 janvier 2018

2018, l'année de la lecture !

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Une nouvelle année commence, c'est le moment de faire de bonnes résolutions (ou pas). En ce qui me concerne, je me suis concocté un petit programme de livres à lire, parce qu'ils attendent depuis quelque temps ou tout simplement parce qu'ils me font envie. N'hésitez pas à me rejoindre si nous en avons en commun.

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Outlander, tome 2, Le Talisman, Diana Gabaldon : parce que j'ai été un peu déçue par la série télé, j'ai envie de découvrir la suite grâce aux livres

 

Le Viking qui voulait épouser la fille de soie, Katarina Mazetti

 

La justice de l'inconscient, Frank Tallis : un meurtre à Vienne à l'époque de la psychanalyse...

 

Northanger Abbey, Val McDermid

 

Mma Ramotswe détective, Alexander McCall Smith : j'adore la série Isabel Dalhousie, j'ai maintenant envie de commencer celle-ci...

 

Un parfum d'encre de et liberté, Sarah McCoy : par l'auteure d'Un Goût de cannelle et d'espoir...

 

L'envol du héron, Katarina Hagena : j'ai beaucoup aimé Le Goût des pépins de pomme, lu il y a quelques années

 

Persuasion, Jane Austen : un roman que je ne connais pas du tout, pas même le nom des personnages !

 

Avant la tourmente, Anne Perry : une saga qui m'a été chaudement recommandée par Nath

 

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier : j'en ai lu beaucoup de chroniques positives sur la blogosphère

 

Chroniques de San Francisco, Armistead Maupin : après une tentative malheureuse il y a quelques années, je retente ma chance

 

La vie, la mort, la vie, Erik Orsenna : sur Pasteur

 

L'enfant de Bruges, Gilbert Sinoué : un roman historique dans le monde de la peinture

 

Et le ciel sera bleu, Tamara McKinley : une saga qui me tente depuis un moment

 

Dans les coulisses du musée, Kate Atkinson

 

L'amant de Patagonie, Isabelle Autissier : amour et dépaysement

 

Le philosophe qui n'était pas sage, Laurent Gounelle : un feel good pour affronter l'hiver

 

La frontière du loup, Sarah Hall : parce qu'à Northanger, nous adorons les loups...

 

Le parfum des fraises sauvages, Angela Thirkell : offert par Nath au cours du swap de l'Avent

 

Jane Austen et le révérend, Stephanie Barron : offert par Nath à l'occasion du swap sur Jane Austen !

 

Une année en Provence, Peter Mayle : chaleur, lavande et olives parfumées...

 

Vert, Michel Pastoureau : parce que j'adore tout ce qui a trait à l'histoire et à la symbolique des couleurs

 

Passé imparfait, Julian Fellowes : par le créateur de Downton Abbey

 

Le Chant du Rossignol, Kristin Hannah : un roman historique qui se déroule pendant la seconde guerre mondiale

 

Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler : un récit qui a eu beaucoup de succès

 

La Dame à la lampe, Gilbert Sinoué : une biographie de Florence Nightingale

 

Du fond de mon coeur, Jane Austen : lettres de Jane Austen à ses nièces

 

Comment j'ai appris à lire, Agnès Desarthe

 

Charlotte Collins, Jennifer Becton : la vie de Charlotte Lucas, l'amie d'Elizabeth Bennet, après son mariage avec Mr. Collins

 

Teacher Man, Un jeune prof à New York, Frank McCourt : parce que tout ce qui concerne l'enseignement m'intéresse...

 

Mille jours à Venise, Marlena de Blasi : le tome qui précède Mille jours en Toscane que j'avais beaucoup aimé.

 

Crème anglaise, Kate Clanchy : ambiance british en vue

 

L'Enfant allemand, Camille Läckberg : je lis maintenant la saga dans l'ordre

 

La Pâtissière de Long Island, Sylvia Lott : après Un Goût de cannelle et d'espoir et Noël à la petite boulangerie de Jenny

Colgan, cette lecture s'impose !

***

Bon, maintenant, ne reste plus qu'à savoir par lequel commencer... Que me conseillez-vous les copinautes ?!

 

 

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17 décembre 2017

Un goût de cannelle et d'espoir, Sarah McCoy

« Pendant les périodes de guerre, Noël signifie moins de cadeaux sous le sapin, mais plus de cadeaux du cœur. »

(p. 253)

Un goût de cannelle

Allemagne, Noël 1944. Elsie, âgée de dix-sept ans, traverse la guerre en travaillant dans la boulangerie de ses parents. Elle est courtisée par Josef, un officier nazi, dont elle ne partage pas les sentiments. Quant à sa sœur aînée, Hazel, elle s'est portée volontaire au Lebensborn pour afin de concevoir des bébés aryens.

De nos jours, au Texas, Reba, une jeune journaliste hantée par le suicide de son père survenu dans son enfance, a du mal à s'engager avec Rikki. Celui-ci, en tant que garde-frontière, se doit de renvoyer au Mexique les familles entrées illégalement sur le territoire. Lorsqu'elle est chargée d'écrire un article sur les traditions de Noël en Allemagne, Reba se tourne tout naturellement vers Elsie et sa pâtisserie allemande, elle qui s'est installée aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies. Mais la vieille dame n'est pas encore décidée à livrer tous ses secrets...

D'une lecture fluide, ce roman présente une construction intéressante. J'aime beaucoup, de manière générale, le va-et-vient entre passé et présent, d'autant plus lorsque l'un fait écho à l'autre, ce qui est le cas ici. En effet, à soixante ans d'intervalle, les cas de conscience de Josef, qui s'interroge parfois sur la légitimité de sa mission, entrent en résonance avec ceux de Rikki, qui réalise peu à peu qu'il ne croit pas à la sienne. Le parallèle entre les deux époques montre que l'histoire est un perpétuel recommencement. Le rejet de l'autre est malheureusement une constante.

Ce qui est curieux, c'est que ce roman s'apparente par moments à un feel good tout en effleurant des réalités terribles : viols, meurtres, sort réservé aux bébés du Lebensborn… Il y a un équilibre réussi entre réalité historique et dimension romanesque.

Il est amusant de côtoyer Elsie à deux époques si différentes de sa vie ; la jeune fille déterminée mais soumise aux aléas de la guerre est devenue, au soir de sa vie, une vieille dame facétieuse, au franc-parler réjouissant. Une pointe d'humour qui vient rehausser une lecture émouvante.

Et bien sûr, ce qui porte le récit, c'est ce parfum de cannelle qui imprègne les pages du début à la fin. D'ailleurs, il y a un carnet de recettes qui donne bien envie de réaliser les fameux Brötchen dont il est si souvent question. Mais on voit aussi sur le présentoir de la petite boulangerie du reisbrer à la cannelle, des christollen, des lebkuchen, des pumpernickel, du bauernbrot, du kuchen aux raisins, des kreppel, des matschbrötchen...

… ça me fait penser que j'ai un moule à springerle acheté l'an dernier en Alsace au marché de Noël mais je ne l'ai pas encore utilisé… Affaire à suivre…

***

p. 11 « Dans la cuisine, des boules de pâte aussi rondes et blanches que des bébés s'alignaient sur le plan de travail et embaumaient l'air de lait, de miel et de la promesse de lendemains meilleurs. »

p. 95 « Des Lebkuchen au gingembre en forme de cœur étaient posés sur la table en bois, leur glaçage se durcissant pour former des enjolivures et des petits points nets. Papa en avait préparé cinq : pour Max, Luana, Hazel, Elsie et Julius. La tradition voulait qu'il se lève avant eux afin d'accrocher les cœurs sur la plus haute branche du sapin de Noël. »

 

Pour le challenge de Noël   Chicky Poo et Samarian

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Challenge des douze thèmes, "Noël" chez A little-bit-dramatic !

 

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D'autres chroniques enthousiastes par ici : Soukee, Un chocolat dans mon roman, Samarian, Capucine, Austen Gabaldon and co

05 décembre 2017

Le Noël des masques, Kate Sedley

 

« La lumière des chandelles luisait aux fenêtres, les étoiles scintillaient au firmament et je me sentis soudain heureux, en paix avec le monde entier. » (p. 20)

 

Le Noël des masques

Il s'agit du 22ème tome de la saga de Kate Sedley alias Brenda Margaret Lilian Honeyman Clarke née en 1926 à Bristol.

1483. Les festivités de Noël approchent à Bristol et Roger le colporteur s'en réjouit, d'autant plus qu'une troupe de théâtre va donner plusieurs représentations. Confortablement installé avec femme et enfants dans une belle demeure que certains lui envient, Roger ne s'attend pas à la série de meurtres qui va s'abattre sur la ville et perturber quelque peu le bon déroulement des fêtes. Mais comme toujours, de son propre aveu, il va s'en mêler pour tenter de découvrir le coupable…

Roger est le narrateur de cette enquête agréable – en dépit des meurtres macabres qui la ponctuent-, un narrateur chaleureux qui nous convie à partager son quotidien en lui présentant les protagonistes et en les ancrant dans un contexte bien précis. Il n'hésite pas à à nous faire part des petits tracas de la vie quotidienne et ne rechigne pas à raconter ses chamailleries avec son épouse Adela, chamailleries qui, comme il se plaît à le souligner, trouvent souvent leur résolution sur l'oreiller… Une connivence s'établit donc rapidement entre narrateur et lecteur… De plus, Roger, Adela et leurs enfants respectifs forment une famille recomposée aux résonances résolument contemporaines.

Bien sûr, le charme de ce roman opère aussi grâce aux nombreuses références folkloriques. A cette époque-là, les fêtes de Noël proprement dites, loin de s'arrêter au 25 décembre au soir, duraient jusqu'à l'épiphanie… Et de fait, le récit n'est pas avare de descriptions réjouissantes ou tout simplement, intéressantes : la décoration, les bûches de Yule, les rites anciens comme les libations au pied des pommiers le jour de l'épiphanie afin de s'assurer une bonne récolte…

C'est la première fois que j'enquête en compagnie de Roger le Colporteur, mais j'ai bien l'attention de suivre ses aventures en reprenant depuis le début avec le tome 1, Le Colporteur et la mort.

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p. 21 « Adela et Elizabeth avaient tressé une magnifique couronne pour s'embrasser sous le gui. Les différents feuillages avaient été passés avec dextérité dans une forme en bouleau, précieusement conservée d'une année sur l'autre et ressortie chaque Noël. Elles avaient agrémenté cette verdure en y fixant des noeudss rouges – j'avais remarqué le matin même que ma réserve de rubans avait singulièrement diminué -, ainsi que des sachets de noix et de pétales de rose confits. De petites pommes, choisies parmi les provisions pour l'hiver, étaient piquées sur des brindilles ; des farandoles de silhouettes, découpées dans du papier chiffon et du linge empesé puis enfilées sur des cordons, entouraient le tout. On pouvait même reconnaître une étoile, une mangeoire et un joli mouton. »

Pour le challenge de Noël   Chicky Poo et Samarian

Noel 2