La bibliothèque de Northanger

13 octobre 2018

Derrière les portes, B. A. Paris

Derrière les portes est un thriller britannique faisant partie de la sélection 2018 du Prix des lecteurs. Or, je résiste rarement à ce petit macaron rouge. Ce n'est pas une lecture incontournable mais ce roman m'a bien changé les idées, c'est l'essentiel !

Derrière les portes

Le récit s'ouvre sur une soirée particulièrement réussie. Grace et Jack donnent un dîner dans leur magnifique demeure. Jeunes mariés, tout leur sourit. Jack est très séduisant et attentionné ; Grace est un cordon-bleu qui a quitté son travail pour s'occuper exclusivement de son foyer. Ils forment un couple envié. Mais très vite, on perçoit des dissonances. Grace, la narratrice, est nerveuse et inquiète, soucieuse d'agir selon les souhaits de Jack. Et très vite – trop vite peut-être-, on découvre l'effroyable vérité qui se cache sous le vernis impeccable des apparences...

De courts chapitres alternent temps présent et événements passés, nous révélant les prémices de la relation de Jack et Grace. Le fait que le récit soit mené du seul point de vue de Grace accentue bien sûr l'impression d'enfermement et de danger qui émane des pages du livre. L'usage du présent contraint le lecteur à vivre les événements au rythme de Grace, à trembler pour elle et avec elle. Ce n'est pas vraiment mon style de prédilection, mais j'ai été attirée par la couverture ; et il faut reconnaître qu'en début d'année scolaire, j'aime bien lire des thrillers. L'an dernier, c'était La Fille du train...

Ce fut donc une lecture curieuse, à la fois addictive et déplaisante ; malgré l'atmosphère oppressante qui se dégage de ce roman assez bref, j'avais envie de poursuivre ma lecture afin de savoir comment l'histoire se terminerait. Cependant, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi glauque (même si les mots « piège cruel et diabolique » sur la quatrième de couverture auraient pu me mettre sur la voie, je le reconnais...). J'espérais de tout cœur que Grace puisse s'extirper de sa situation...

Maintenant, je me consacre au challenge Halloween et je suis plongée dans Le livre perdu des sortilèges de Déborah Harkness...

 

 

Posté par Myrtille lit à 11:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


07 octobre 2018

Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie, Ruth Ware

Nora, jeune romancière de vingt-six ans, vit paisiblement dans son studio à Londres. Un jour, elle reçoit par mail une invitation pour se rendre à l'enterrement de vie de jeune fille de Clare, sa meilleure amie. Nora hésite car elles se sont perdues de vue depuis dix ans ; finalement, elle décide d'accepter parce que Nina, une amie commune, sera également de la partie.

Promenez-vous dans les bois

Mais l'ambiance n'est pas aussi festive qu'on pourrait s'y attendre : les invités sont logés au cœur de la forêt, dans une maison de verre épurée ; leur hôtesse, Flo, qui organise le week-end, est à fleur de peau ; un fusil trône sur le mur du salon tandis que les communications vers l'extérieur sont quasiment impossibles. L'alcool, les non-dits et les tensions aidant, toutes les conditions sont réunies pour que les choses tournent mal, comme dans les films gore. D'ailleurs, dès le prologue, le lecteur est averti que la fête va s'achever de manière tragique alors que Nora est retrouvée sur la route, couverte de sang – le sien ou celui des autres ?

J'ai adoré ce roman ! J'étais déjà séduite par le titre et la couverture ; j'ai ensuite été touchée par le vécu de Nora et sa sensibilité. L'alternance présent/passé nous révèle l'issue tragique de ce week-end en huis-clos, mais on ne sait pas qui sont les victimes, ni les coupables ni le mobile. Pour cela, il faut tourner les pages et voir comment un événement joyeux peut tourner au cauchemar. L'atmosphère est pesante dès le début ; Nora se sent scrutée dans cette maison isolée mais paradoxalement offerte aux regards ; on sent que l'ombre de son passé plane sur ses relations actuelles. A cela s'ajoute le fait que les activités proposées ne sont guère propices à l'amusement et trouvent leur apothéose dans une séance de spiritisme. Même si on devine assez facilement la fin – c'est mon seul regret -, je trouve que c'est un thriller psychologique très réussi et j'ai passé un excellent moment dans cette maison de verre, à frissonner de peur avec les personnages. Une lecture de saison pour le challenge Halloween !

***

p. 36 « Elle nous a conduites le long d'un couloir sonore dont les cloisons s'élevaient jusqu'au faîte de la maison, puis dans une pièce au plafond bas, tout en longueur, pourvue d'un mur entier en verre faisant face à la forêt. Cette immense baie donnait une étrange impression de mise à nu, comme si nous nous trouvions sur un plateau de tournage, à jouer notre rôle devant un public dissimulé dans les bois. »

p. 188 « Qui est là ? » a demandé Flo, les yeux fermés. Ses doigts reposaient avec légèreté sur la planchette. Si quelqu'un la contrôlait, ce n'était sûrement pas elle. La planchette s'est remise à bouger, dessinant des boucles librement, formant des lettres.

***

Chez Lou et Hilde

1214649307

 

1923294246

 

Posté par Myrtille lit à 10:45 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 octobre 2018

Echos, Richard Matheson

« Quelque chose montait en moi. Comme si j'étais un réceptacle dans lequel on versait une conscience étrangère. »

 

Echos

En règle générale, quand je commence un roman de Richard Matheson, je sais que je ne vais pas le regretter – sauf pour La maison des damnés il y a quelques années, ma seule déception. J'ai beaucoup aimé La jeune fille, la mort et le temps, L'homme qui rétrécit, Je suis une légende, sans parler de ses nouvelles.

J'ai découvert Echos en me repassant le film Hypnose, sorti en 2000 avec Kevin Bacon. Comme nous approchons d'Halloween, c'était l'occasion rêvée. J'ai donc passé un bon moment, même si comme souvent, le roman (publié en 1958) et son adaptation diffèrent sur un certain nombre de points.

Le film et le roman commencent de manière assez semblable ; à une soirée organisée par des voisins, Tom Wallace, pourtant réfractaire et insolent, se fait hypnotiser par son beau-frère (dans le roman)/par sa belle-sœur (dans le film). Aussitôt rentré à la maison, il voit une femme âgée d'une trentaine d'années, vêtue de noir, debout dans son salon, traversée par la lumière du réverbère. Cette manifestation, qui va ensuite se produire quasiment toutes les nuits, lui occasionne des maux de tête. Il s'aperçoit aussi qu'il peut capter les pensées des autres, ce qui commence à bouleverser sa vie de famille, et même voir des événements futurs à travers des flashes.

La différence la plus significative entre le film et le roman tient à l'identité du fantôme et à son âge ; le choix opéré dans le film est encore plus tragique. L'intrigue du film est resserrée autour de l'apparition : son identité, les raisons de la hantise, les réminiscences. Dans le roman, le fantôme n'est qu'un des multiples symptômes qui affectent la vie de Tom depuis que son beau-frère a ouvert une porte dans son esprit. Je n'ai pas été déçue pour autant car comme dans Je suis une légende, le narrateur, confronté au surnaturel, analyse les faits avec finesse et les passe au crible de la raison : quelle attitude adopter, quel crédit accorder à ses sens ? La question de la folie sous-tend le récit. P. 144 « L'esprit ne possède pas de structures pré-établies pour accepter l'apparition soudaine du bizarre. » Entrer dans l'esprit des gens, bien malgré lui, fait découvrir à Tom une réalité qu'il aurait préféré ignorer. p. 124 « Et tout cela avait pour cadre un quartier paisible de petites maisons tranquilles baignées de soleil. Cela me donna à réfléchir, et me rappela l'histoire du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Le quartier avait deux personnalités. La première offrait au monde un aspect souriant et irréprochable ; la seconde, secrète, était bien différente. »

Les chapitres sont courts, les portraits brossés à grands traits ; on se glisse très vite dans la peau de Tom et on tourne les pages avec délectation afin de savoir comment les événements vont évoluer.

Enfin, on perçoit, comme dans le film, la nature ambivalente du « don » reçu par Tom ; certes, il le fait souffrir physiquement et souvent moralement ; les prémonitions, notamment, évoquent Cassandre dans la mythologie grecque, vouée à ne jamais être prise au sérieux. De la même manière, Tom visualise les événements tragiques qui vont se produire mais peut difficilement les prévenir. Mais il est aussi stimulé par la curiosité et veut comprendre pourquoi cette mystérieuse dame en noir hante sa maison...

 ***

p. 35 « C'était une femme d'une trentaine d'années, au teint pâle, les cheveux noirs en désordre. Elle portait une étrange robe noire, et une simple rangée de perles autour du cou. »

***

Chez Lou et Hilde

1214649307

1923294246

Posté par Myrtille lit à 13:40 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

Challenge Halloween 2018

C'est parti ! Le challenge Halloween est de retour chez Lou et Hilde ! Je l'ai manqué l'an dernier parce que ma reprise d'études me laissait peu de temps, mais cette année, je compte bien m'y consacrer pleinement ! J'attends avec impatience le marathon de lecture en me fixant pour objectif de lire 666 pages, comme nous le proposent nos organisatrices préférées !

En attendant, j'envisage de piocher mes lectures parmi celles-ci ; je n'arriverai pas à tout lire, comme d'habitude, mais j'aime bien avoir le choix.

Halloween

Au programme donc :

- un beau livre sur les superstitions que je feuillette chaque année

- Les Dames vertes de George Sand

- Echos de Richard Matheson, un de mes auteurs favoris

- Les Enchantements d'Ambremer de Pierre Pevel, livre acheté l'été dernier dans les Landes

- Lestat le vampire d'Anne Rice

- McSweeney's, une anthologie d'histoires effroyables assez prometteuses !

Et vous, qu'avez-vous prévu de lire ? Passerez-vous le mois d'octobre en compagnie de vampires, fantômes et autres créatures de la nuit ?

1214649307

1923294246

Posté par Myrtille lit à 13:24 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

02 octobre 2018

Les détectives du Yorkshire, tome 1 : Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman

« Un petit cottage lourdement hypothéqué, des bureaux tout aussi hypothéqués, une boîte de conception de sites web en difficulté et une agence de rencontre qui n'avait pas encore atteint son point d'équilibre. Plus un braque de Weimar atteint d'angoisse pathologique... » (p. 45)

 

Rendez-vous avec le crime

 

On peut dire que j'ai un faible pour la littérature britannique (il n'y a qu'à voir le titre de mon blog...). Je n'ai donc pas pu résister lorsque clairOuille et Rosehill Cottage m'ont proposé de lire Rendez-vous avec le crime, premier opus d'une saga racontant les enquêtes de Samson et Delilah. Je suis ravie de ma lecture et pense lire le tome deux.

Samson O'Brien s'en revient dans son village natal après des années d'absence. Loin d'être accueilli à bras ouverts par la petite communauté de Bruncliffe, il doit essuyer l'hostilité des villageois pour des raisons qui vont être dévoilées petit à petit. Il met à profit son expérience au sein de la MET de Londres pour ouvrir une agence de détectives, ce qui n'est pas du goût de tous, à commencer par Delilah Metcalfe, qui lui a loué un local sans savoir qu'il s'agissait de lui. Delilah, quant à elle, traverse une mauvaise passe ; directrice de l'agence de rencontres des Vallons, elle espère se renflouer rapidement sous peine de devoir mettre la clé sous la porte. Elle reçoit le coup de grâce lorsqu'elle comprend que les trois hommes décédés récemment de manière accidentelle, selon la version officielle, fréquentaient tous trois ses soirées « speed dating ». Bon gré mal gré, elle va devoir faire équipe avec Samson pour trouver le coupable...

Il faut reconnaître que j'ai mis un peu de temps à poser mes valises à Bruncliffe ; on rencontre au début une multitude de personnages et les scènes se succèdent à un rythme soutenu. Mais j'ai ensuite pris mes marques et su apprécier cette immersion dans un village aux mœurs particulières, où tout le monde se connaît et s'épie, et où les « offcumdens », les gens extérieurs au village, sont mal vus. Les personnages évoqués sont crédibles ; ils ont tous un vécu plus ou moins difficile, ce qui rend le récit plus riche et plus profond qu'il n'y paraît. C'est tout autant une enquête, qu'une possible romance mais aussi une chronique de la vie champêtre à l'heure actuelle.

L'intrigue se met en place tout doucement, une fois que le lecteur a rencontré les habitants du village ; quant au duo attendu de Samson et Delilah, il ne se forme que dans la dernière partie. Leurs divergences de caractère et leurs conflits passés annoncent cependant de beaux moments à venir lors de leurs prochaines collaborations... J'ai cependant une petite préférence pour Calimero, le braque anxieux et courageux à la fois qui ne quitte pas Delilah d'une semelle.

Alors, êtes-vous prêts à faire une petite escale à Bruncliffe ?

 

p. 27 « Cet après-midi-là, le soleil qui brillait sur Bruncliffe illuminait encore la façade à pignons et les fenêtres à meneaux de l'imposant hôtel de ville style victorien, et changeait en miroirs les vitrines de l'agence immobilière, de la banque et de la boulangerie qui venait d'être refaite. »

 

p. 80 « En l'espace d'un après-midi, elle lui avait mis une droite et lui avait sciemment laissé manger de la nourriture pour chien. »

Posté par Myrtille lit à 20:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


19 septembre 2018

Un jardin dans les Appalaches, Barbara Kingsolver

« Nous voulions prouver qu’une famille américaine lambda pouvait se contenter des fruits du cellier local et y trouver du plaisir. »

Un jardin dans les appalaches

La romancière Barbara Kingsolver fait le récit de son installation avec mari et enfants dans les Appalaches où le climat et les conditions de vie sont moins soumis à la pollution qu'ailleurs. Leur défi : produire fruits, légumes et viande de manière à devenir autosubsistants.

Cette expérience est racontée de manière chronologique, sur une année, mais à un moment où l'organisation est déjà bien rôdée et développée. Des anecdotes amusantes le disputent à la réflexion. C'est aussi une œuvre familiale, composée à plusieurs mains (le jardin tout autant que le livre) ; le mari de Barbara y ajoute une part documentaire non négligeable en faisant le compte rendu d'études récentes ; Camille, quant à elle, la fille aînée, fait part aux lecteurs de sa vision des choses et partage ses recettes fétiches. Même si Barbara prône un retour à un mode vie plus authentique, c'est toujours avec lucidité et humour, sans intentions moralisatrices. J'ai passé un excellent moment dans les Appalaches, notant des idées de recettes et de plantations.

Le récit de cette expérience fait écho à mon quotidien – toutes proportions gardées. Depuis deux ans, nous nous efforçons de réduire nos déchets. Adieu les yaourts et les barquettes plastique. Nous cuisinons beaucoup le week-end pour éviter d'acheter des produits cuisinés – bon d'accord, j'ai quand même quelques pizzas au congélateur au cas où et des biscuits industriels, mais globalement, nous mangeons des produits faits maison. Le jardin nous permet d'avoir une petite autonomie.

Il faut reconnaître qu'Un jardin dans les Appalaches est particulièrement inspirant, mais pas facile à mettre en œuvre pour autant. Il faut bien sûr beaucoup de terrain, mais aussi du temps pour cultiver et un climat qui soit propice à une grande variété de cultures pour être vraiment autonome. Enfin, même si la romancière souligne à juste titre que le végétarisme est aussi nocif pour la planète que l'élevage, j'avoue que je ne me vois pas tuer mes poules (qui auront droit à une retraite bien méritée le jour venu) ni assister au baiser cloacal des dindons (lisez, et vous comprendrez mes réticences...). C'est vrai que c'est hypocrite dans la mesure où je mange de la viande mais je n'aurai jamais envie de manger mes animaux. S'il fallait choisir, je préférerais devenir végétarienne. D'ailleurs, je ne mange pas de viande tous les jours puisque j'ai des œufs.

Mais quoiqu'il en soit, je garde ce livre à portée de mains pour tester quelques recettes : le guacamole de haricots verts, les cookies aux courgettes et aux copeaux de chocolat et le crumble aux mûres et au basilic par exemple...

***

« Les premières recettes datent d’à peu près deux mille cinq cents ans ; écrites en grec ancien et en hiéroglyphes égyptiens, elles suggèrent des origines méditerranéennes. Les empereurs romains poussèrent leur passion de ce légume jusqu’à l’extravagance, affrétant des navires pour parcourir l’empire à la recherche des meilleurs turions et les rapporter à Rome. »

«  Impossible de résister aux légumes oubliés, pas seulement pour la poésie de leurs noms mais parce que de vraies histoires se cachent derrière ces appellations. »

« En l’espace de quelques décennies, le légume hors saison est passé du statut de nouveauté à celui de denrée ordinaire. »

« Si vous avez l’occasion d’acheter un véritable poulet fermier élevé en plein air par un fermier local, vous dépenserez un peu plus. Mais quel est donc le prix, de nos jours, de la compassion, de l’eau propre et de la santé publique ? »

« D’autres fillettes ont mis des posters de danseuses ou de Barbie dans leurs chambres ; ma fille a accroché un calendrier intitulé « La plus belle volaille ». »

« Le lendemain, nos mains étaient encore tachées de rouge comme celles de lady Macbeth mais l’heure du départ avait sonné. »

« Cultiver des aliments sans polluer la terre et les denrées coûtera toujours plus que la méthode conventionnelle qui fait porter ses coûts sur les contribuables et l’environnement. »

« Tout ce qui sort du sol et a trait à la nourriture apaise mon âme »

« De hautes lianes de pois flétries sont un soupir de fin de printemps, une pause avant l’éveil des haricots, des courges et des tomates. »

« Les Chantecler, comme les nomment les histoires d’enfants, sont aussi diversement doués que les chanteurs d’opéra. Nous voulions un Pavarotti. »

 

 

Posté par Myrtille lit à 07:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

16 septembre 2018

Mon dernier continent, Midge Raymond, 2016

« Nous flottons au bord d'une ville glacée, les icebergs s'élèvent au-dessus de l'eau comme des gratte-ciel. La mer a creusé des voûtes sur leurs flancs ; le vent a sculpté des fenêtres. Au loin, plusieurs formations coniques surplombent la baie entaillée par de profondes crevasses sur les côtés comme par d'énormes griffes faisant couler une traînée bleue à la place du sang. » (p. 123)

 

Mon dernier continent

Envie de dépaysement et d'émotions ? Alors embarquez pour Le Dernier continent, un court roman émouvant. Deborah, la narratrice, se sent chez elle en Antarctique mieux que partout ailleurs. Travaillant pour l'ONG Antarctic Penguins Project, sa mission consiste à étudier trois espèces de manchots ; le transport est assuré gratuitement par le Cormoran. En échange, elle est tenue de guider et d'informer des passagers en quête d'absolu ou d'émotions fortes. Au cours de l'une de ses missions, elle rencontre Keller, un ancien avocat qui tente de surmonter un deuil difficile. Ils sont très vite réunis par leur goût pour la solitude et leur passion pour les oiseaux. Mais un naufrage, annoncé dès les premières lignes, semble condamner leur histoire avant même qu'elle nous soit racontée.

J'ai adoré ce récit ! J'aime beaucoup les milieux extrêmes ces dernières années, des zones désertiques à l'Everest. De plus, l'écriture journalistique, les notations descriptives, la concision, m'ont beaucoup plu. L'usage du présent accentue encore la parenté du récit avec le reportage, donnant l'illusion au lecteur de parcourir ces froides et fascinantes contrées, tout en restant au chaud sous couette. J'ai un petit faible aussi pour les personnages qui font des choix différents, qui refusent le conformisme et savourent la solitude.

La construction du récit est élaborée : passé proche (cinq jours avant le dramatique naufrage) alterne avec passé plus lointain, révélant les failles de Deb et sa relation mouvementée avec Keller. Les chapitres se font écho ; plus on se rapproche du dénouement et plus les retours en arrière se font lointains, expliquant la vocation de Déborah. L'ensemble et bien rythmé et se dévore.

Un nature writing dont les Américains ont le secret, qui rappelle malheureusement que l'impact de l'activité humaine et les bouleversements climatiques sont bel et bien réels. Cette lecture m'a donné envie de me documenter sur l'exploration des pôles et de découvrir Alone de Richard Byrd, cité plusieurs fois dans le roman.

***

p. 38 « En Antarctique, chaque initiative a de lourdes conséquences, chaque dénouement est soit une tragédie, soit un miracle. »

p. 113 « Moi qui me suis longtemps identifiée à ce continent, à son désespoir glacé, à sa nature inexorablement éphémère, je me sens remplie d'une énergie nouvelle comme si ce que nous accomplissions pouvait faire la différence après tout. »

***

 

Posté par Myrtille lit à 10:26 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

09 septembre 2018

Outlander, tome 3 : Le Voyage, Diana Gabaldon

Suite des aventures du couple formé de Claire Beauchamp, infirmière du XXème siècle et de Jamie Fraser, Highlander du XVIIIème siècle...

1746, la bataille de Culloden se termine dans un bain de sang pour les jacobites.

1968. Claire mène des recherches afin de savoir où et comment Jamie a trouvé la mort.

Outlander tome 3

Comment parler du tome 3 sans spoiler les volumes précédents ? Disons pour faire court que le lecteur voyage alternativement du XXème au XVIIIème siècle, de la maison douillette de Roger Wakefield à Lallybroch Tuarach en passant par la lande, la prison et les Antilles... Sorcellerie, tempête, pirates composent le menu de ce tome un peu étrange, qui donne malgré tout envie de découvrir la suite.

J'ai beaucoup aimé la chasse au trésor dans les archives locales en quête d'informations sur Jamie ; les flash-black consacrés à Claire, nous dévoilant un quotidien terne auprès d'un mari qu'elle n'aime plus, permettent de mesurer son désarroi. J'ai moins apprécié en revanche, certaines longueurs (la vie sur la lande ; la prison et la nouvelle vie en Angleterre) ainsi que l'élément déclencheur du voyage qui m'a semblé un peu hasardeux.

Cependant, la curiosité a été la plus forte : vingt ans se sont écoulés. On ignore si Claire et Jamie parviendront à se retrouver, s'ils pourront renouer... Je me suis donc accrochée malgré mes déconvenues et je ne le regrette pas.

Ce que j'aime particulièrement, c'est la richesse de l'intrigue de cette saga ; on sait que tous les personnages rencontrés vont jouer un rôle plus ou moins important de la même façon que toutes les anecdotes rapportées ont un sens, même si on ne le perçoit pas immédiatement. D'ailleurs, le jugement que porte Jamie sur l’œuvre du romancier Richardson correspond tout à fait à l'esprit d'Outlander : « Chacun de ses personnages est décrit avec le plus grand soin et tous les incidents qu'il nous narre sont essentiels à la trame du récit. Non, je crois plutôt que certaines histoires sont plus longues à raconter que d'autres. » (p. 207).

Même si j'ai été un peu décontenancée par la tournure des événements dans la dernière partie du roman, j'ai fini par apprécier le récit de la traversée qui est, comme toujours, solidement documenté – comme l'attestent les remerciements en fin de volume -, ce qui fait qu'on finit par se laisser convaincre. Cet épisode est l'occasion de découvrir les conditions de navigation au XVIIIème siècle, les maladies qui guettaient les marins sans parler des dangers. Le point d'orgue de cette dernière partie pour moi est le retour d'un personnage que l'on aurait pu croire disparu. D'ailleurs, il reste d'autres zones d'ombres qui ne demandent qu'à être révélées dans les tomes suivants...

Et vous, si vous lisez cette série, êtes-vous décidées à poursuivre ?

***

 

***

p. 910 « Lorsque tout le monde peut le faire, déclara-t-elle, c'est de la science. Mais si ce n'est à la portée que de quelques-uns, alors c'est de la sorcellerie, ou de la superstition, appelle ça comme tu voudras. »

03 septembre 2018

Le mois américain

Comme chaque année au mois de septembre, Titine nous convie au mois américain ! Je n'ai pour l'instant pas prévu de lire un livre en particulier, mais ma bibliothèque ne manque pas de littérature américaine donc je ne m'inquiète pas...

Titine propose également des lectures communes, n'hésitez pas à vous inscrire !

-« La maison hantée » de Shirley Jackson

-« Les tribulations d’un précaire » de Iain Levison

-« Un travail comme un autre » de Virginia Reeves

-« Dodgers » de Bill Beverly

-« Cassandra au mariage » de Cassandra Barker

-« Les douze tribus d’Hattie » de Ayana Mathis

-« La splendeur des Amberson » de Booth Tarkington

-« Vie et mort de Sophie Stark » de Anna North

-« Le chemin des âmes » de Joseph Boyden

 

Posté par Myrtille lit à 09:43 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 août 2018

Le bon mari de Zebra Drive, Alexander McCall Smith

« Mma Ramotswe et lui étaient installés dans la cuisine de leur maison de Zebra Drive. Derrière eux, sur le fourneau, du potiron coupé en morceaux mikotait dans une marmite, emplissant l'air de la familière odeur crayeuse de sa chair jaune. »

Le bon mari de Zebra Drive

 

Après mon voyage en Afrique du Sud, le mois dernier, en compagnie de tannie Maria, me voici de nouveau au Botswana aux côtés de Precious Ramotswe ! J'ai lu il y a peu le premier tome de cette série d'Alexander McCall Smith, initiée à la fin des années 90. N'ayant pas trouvé le tome 2 à la bibliothèque, j'ai emprunté le tome 8 dont la couverture me paraissait tout à fait prometteuse et j'ai bien fait car j'ai passé un excellent moment, comme toujours avec cet auteur.

Le temps a passé depuis Mma Ramotswe détective ; le lecteur retrouve ici une Mma Ramotswe en pleine forme aux côtés de son époux Mr. J.L.B. Maketoni [spoiler : et de leurs enfants adoptifs.] Le vent du changement souffle sur l'Agence n°1 des dames détectives : Mma Makutsi se sent frustrée, et l'imminence de son mariage l'incite à se montrer moins sérieuse et plus exigeante envers son employeur, Mma Ramotswe ; quant à Mr. J.L.B Maketoni, il demande à mener sa propre enquête pour rompre, pense-t-il, avec la monotonie du quotidien. On sourit en voyant les deux acolytes de Precious se fier au livre qui a lui permis de faire ses premières armes dans le métier : Clovis Andersen, Les Principes de l'investigation privée. C'est amusant de penser qu'il existe un mode d'emploi pour les détectives néophytes.

Mma Ramostwe, elle, est égale à elle-même et fait toujours montre de la même chaleur humaine en dispensant sa bienveillance à ceux qui l'entourent, y compris à ceux qui ne la méritent pas...

Le bon mari de Zebra Drive est un roman très agréable à lire, dans l'univers duquel on se glisse très facilement. Il est toujours bon de prendre le temps de boire un thé avec ses héroïnes préférées, notamment un thé rouge sous la véranda pendant que le dîner mijote. Comme tous les romans de l'auteur que j'ai lus jusqu'à présent, l'intrigue est une suite d'anecdotes et de mésaventures plaisantes, liées entre elles par une enquête peu présente mais qui tient tout de même lieu de fil rouge. Ici, il s'agit d'élucider la mort mystérieuse de trois patients de l’hôpital de Mochudi, dont le décès est survenu à chaque fois un vendredi, dans le même lit...

Enfin, j'ai un petit faible pour toutes ces petites réflexions qui peuvent paraître mineures mais qui sont tellement vraies : « La façon dont une personne partageait un beignet commun représentait un test d'intégrité efficace. Quelqu'un de bien le ferait en deux parts égales. Un égoïste ou un sournois diviserait le beignet en deux morceaux, dont l'un plus gros, qu'il se réserverait. » (p. 53). J'y regarderai à deux fois maintenant !

 ***

p. 39 «  Le pathologiste fait une autopsie et, de l'extérieur, le cœur a l'air en parfait état. Pourtant il est cassé à l'intérieur, à cause d'un chagrin. Parce que la personne est loin de chez elle, peut-être, et qu'elle pense ne jamais revoir sa famille et son bétail. Ce genre de chose peut briser un cœur... »

 ***

 Participation au challenge des Do Douze thèmes organisé par A little bit dramatic : « un roman se déroulant en Afrique »

http://ekladata.com/xc8V8nUAvOtsvxfDYr67Eu4Lz1c.jpg

 

Cette lecture m'a incitée à aller fouiner pour savoir si le dernier tome de la série Isabel Dalhousie était enfin sorti en traduction (il m'arrive de lire en anglais mais ça me prend beaucoup de temps et évidemment, mon niveau ne me permet pas de saisir les subtilités). Je l'ai acheté parce que je l'attendais depuis longtemps, faisant ainsi une petite entorse à mon challenge personnel (ne pas racheter de livre avant d'avoir lu les 36 que j'ai sélectionnés pour cette année). Je compte le lire très bientôt...

Résultat de recherche d'images pour "un peu de recul chère isabel"