La bibliothèque de Northanger

15 septembre 2017

Le Chat qui connaissait Shakespeare, L. Jackson Braun

« Encore plus étonnant était l'attirance de Koko pour Shakespeare. Sentait-il la reliure en peau de porc ou la cire utilisée pour conserver le cuir ou encore une colle rare en usage au XIXème siècle pour la reliure ? Et, dans tous les cas, pourquoi préférait-il Hamlet ? » p. 251 

Le chat qui connaissait Shakespeare

Jim Qwilleran, journaliste d'une cinquantaine d'années, s'est retiré depuis peu à la campagne, où il vit en bonne compagnie (comprenez : avec deux chats siamois, Koko et Yom Yom). Jim leur fait d'ailleurs goûter l'art de la conversation, le soir, au coin du feu, pour les aider à « s'élever ». Et de fait, Koko qui a une passion pour les livres anciens, fait systématiquement chuter de la bibliothèque des œuvres de Shakespeare, rien de moins ! Et cela devient d'autant plus intriguant lorsque les morceaux choisis font curieusement écho aux étranges événements qui se déroulent en ville, à savoir la mort suspecte du patron du journal puis l'incendie de ses locaux…

Première rencontre avec Jim Qwilleran, ce personnage sympathique dont j'ai reconstitué l'itinéraire entre les lignes. Installé à Pickax - une ville fictive des Etats-Unis - depuis seulement dix-huit mois, il occupe une magnifique demeure dont il a hérité, alors qu'il avait jusque-là des revenus modestes. Mais son goût pour la simplicité l'amène à préférer l'appartement situé au-dessus du garage tandis que c'est sa gouvernante, la charmante Mrs. Cobb, qui occupe la suite française garnie de meubles anciens. On a donc là un renversement des rôles amusant. « Qwill » et Mrs Cobb forment un charmant tandem, Mrs. Cobb prenant grand soin de son employeur, mais aussi de ses chats tandis que Qwill s'inquiète des fréquentations de celle-ci…

Tous les chapitres ou presque s'ouvrent sur des considérations météorologiques, clin d’œil humoristique aux nouvelles préoccupations de Qwill. Lorsqu'il vivait dans le monde « d'En-Bas », il était sans doute trop pris pour y penser et le temps semblait plus clément. Au contraire, dans le pays « d'En-Haut », le temps est une question majeure, dans cette contrée où les chutes de neige peuvent paralyser la circulation. On découvre une partie du comté imaginaire de Moose en compagnie de Qwill lorsqu'il commence à mener l'enquête. Une contrée étrange, à la limite du fantastique, battue par les vents, isolée, rurale : « Le diable lui-même ne la trouverait pas sur la carte, car c'est une ville fantôme depuis cinquante ans, mais vous la trouverez, quand je vous aurai expliqué comment y aller. » (p.77).

C'est donc une promenade revigorante, amusante, dépaysante. La présence des chats et de leurs petits travers comblera tous les fans de petits félins, le charme suranné qui plane dans l'air (en quelle année est-on ? Epoque contemporaine de la date de publication ou période plus ancienne ?), les éléments du puzzle qui se mettent doucement en place, l'idée assez burlesque qu'un chat puisse s'intéresser à Shakespeare, la ville de Pickax qui prend vie tout doucement dans mon imaginaire… Tout concourt à créer un univers très particulier que j'aimerais retrouver dans une prochaine lecture...

***

« Koko est moins sentimental et plus cérébral, expliqua Qwilleran. Il possède ses propres attributs et sa personnalité, et nous devons le comprendre et l'accepter tel qu'il est. » p. 97

« Qwilleran éprouva une sensation particulière au-dessus de la lèvre supérieure. Une démangeaison, un tressaillement ou simplement un vague sentiment de malaise à la racine de sa moustache lui disait qu'il était sur la bonne voie. » p. 73

***

Une lecture partagée avec Hilde qui, comme moi, essaie de faire baisser le niveau de sa PAL !!

 Chez Titine

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13 septembre 2017

Brooklyn, Colm Toibin

 Irlande, années 50. La jeune Eilis suit des cours de comptabilité sans espoir de trouver un jour une place dans sa région natale. Sur les conseils de sa sœur aînée, Rose, elle se décide à embarquer pour New York où elle sera épaulée par un prêtre que Rose a rencontré au club de golf. C'est le début d'une nouvelle vie, où l'espoir et l'amour le disputent au dépaysement et à la solitude.

Brooklyn

 J'ai adoré ce récit intimiste qui, tout en inscrivant le parcours d'Eilis dans un contexte bien particulier, met l'accent sur la singularité de son destin et sur ses sentiments. Il y est question de mal du pays, du manque, des premiers émois amoureux.

C'est un roman fluide, dont les pages se tournent toutes seules. Des ellipses allègent le récit (l'arrivée à Brooklyn, l'installation à la pension sont évoqués par exemple mais pas racontés) qui se consacre de ce fait aux temps forts de l'action : les préparatifs, le voyage en bateau, le travail d'Eilis dans le grand magasin, le voyage en Irlande, etc. On s'attache vite à Eilis et à sa famille, notamment à Rose qui entoure sa sœur d'une sollicitude toute maternelle.

Le début de l'histoire dévoile avec réalisme le caractère étouffant d'une petite ville sans activité économique, où chacun est la proie des commérages d'une harpie. La seule opportunité qui s'offre aux jeunes femmes est le mariage. Aux Etats-Unis, Eilis découvre un mode de vie différent (les Américains par exemple, ne coupent pas le chauffage la nuit). L'offre d'emploi y est nettement supérieur et les promesses d'avenir plus souriantes. Eilis parviendra-t-elle à s'y adapter pour autant ?

C'est aussi l'apprentissage amoureux d'une jeune fille à peine sortie de l'adolescence et peut-être un peu immature de ce point de vue-là. Si vous l'avez lu, je ne sais pas ce que vous en pensez mais [on peut se demander si Eilis ne souffrira pas à l'avenir de son choix qui paraît plus subi(t) que réfléchi. On dirait une échappatoire plus qu'un mariage d'amour, même si Tony est  un gentil garçon plein d'attentions. Il me semble que cette incertitude est plus discrète dans le film].

Bref, un roman que je vous conseille fortement en ce mois de septembre américain !

 

 Chez Titine

mois américain

 

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03 septembre 2017

Le mois américain : c'est parti !

Comme chaque année, Titine nous convie à partager nos lectures américaines !

mois américain

Voici les livres que j'aimerais vous présenter à cette occasion...

Le chat qui connaissant Shakespeare, ma première incursion dans l'univers assez loufoque de Lilian J. Braun

Tragédie à l'Everest, le témoignage de Jon Krakauer qui a notamment inspiré le film Everest

Brooklyn, le joli roman de Colm Toibin qui a enchanté mon mois d'août

La femme du gardien de zoo, D. Ackerman

Les Dames du lac, Marion Zimmer Bradley

Game of thrones, tome 1, George R. Martin

Un jardin dans les Appalaches, Barbara Kingsolver

Psychose, Robert Bloch

Et vous, participez-vous ?

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01 septembre 2017

Tragédie à l'Everest, Jon Krakauer

Après avoir vu le film Everest, bouleversant et servi par une belle galerie d'acteurs, j'ai eu envie de découvrir le récit de Jon Krakauer, le journaliste et alpiniste aguerri qui a participé à l'une des expéditions du printemps 1996. Jon Krakauer est aussi connu pour Into the wild qui a été adapté au cinéma en 2007.

Everest

 

Dans une introduction émouvante, Jon Krakauer explique son besoin de raconter dans l'espoir de se délivrer d'un poids. Et de fait, le premier chapitre évoque d'emblée l'issue funeste de la saison 1996 sur l'Everest.

L'auteur est journaliste donc, et cela se ressent ; le deuxième chapitre est en effet consacré à l'histoire de la conquête du toit du monde au XXème siècle. Dans les années 90 naissent les premières expéditions commerciales, qui ont pour vocation de mener des clients au sommet. De plus, chacun des chapitres s'ouvre sur un extrait tiré de récits d'alpinistes au XXème siècle. C'est donc un récit à la fois personnel et authentifié par des recherches solides, même si le déroulé des événements en lui-même a pu être contesté par les autres membres de l'expédition. L'intitulé du chapitre qui comporte le lieu précis, la date ainsi que l'altitude permet de suivre au plus près la progression périlleuse des alpinistes.

Je ne sais pas vraiment ce qui m'a plu, dans le film comme dans le récit. Je n'ai jamais fait d'alpinisme et je ne risque pas de commencer maintenant. Mais ces personnes qui sont capables de lutter contre les éléments pour passer seulement quelques minutes sur le plus haut sommet du monde (ou même ceux qui sont moins élevés…) me fascinent. C'est presque une quête spirituelle ou en tout cas, un besoin de se dépasser, de donner un sens à sa vie. « Il m'apparut alors que, à nous soumettre ainsi, semaine après semaine, à des efforts pénibles, à l'ennui et à la douleur, nous devions être, pour la plupart – par-delà tout autre chose -, à la recherche d'une sorte d'état de grâce » (p. 153). Et en même temps, braver la zone de la mort volontairement tient de la démesure : « L'idée que je me préparais à grimper à l'altitude de croisière d'un A-300 me frappa à ce moment-là comme quelque chose grotesque, ou pire. Je sentis mes mains devenir moites. » (p. 40).

Les alpinistes, pour vivre leur passion jusqu'au bout, endurent plusieurs semaines dans des conditions terribles : un froid inimaginable, la raréfaction de l'oxygène et toutes les pathologies que cela implique.

C'est une lecture atypique dans mon parcours, moi qui suis friande de romans british douillets, mais j'ai beaucoup apprécié ce témoignage qui permet d'en apprendre beaucoup sur l'alpinisme et tout simplement aussi, la haute-montagne et le Népal. Depuis, j'ai déniché un autre récit personnel : J'ai vécu l'Everest de Pierre Paperon, que je me réserve pour cet hiver.

 

***

« Installé sur le toit du monde, un pied en Chine, un pied au Népal, j'essuyai la glace qui s'était formée sur mon masque à oxygène, me recroquevillai pour me protéger du vent et contemplai distraitement l'immense Tibet. » (p. 16)

 « Mais il apparut bien vite que lorsqu'on entre dans ce qu'on appelle la « zone de la mort », au-dessus de 7 600 mètres, le corps devient très vite vulnérable aux oedèmes pulmonaires et cérébraux, à l'hypothermie, aux gelures et à toute une série d'affections mortelles, à moins de recevoir un apport supplémentaire en oxygène. » (p. 173)

 « L'air raréfié avait une qualité cristalline et chatoyante qui faisait paraître tout proches les pics lointains. Dans la merveilleuse lumière du soleil à son zénith, la pyramide du sommet de l'Everest brillait derrière le voile intermittent des nuages. » (p. 181)

 

Chez Titine

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28 août 2017

Sidney Chambers et l'ombre de la mort, les Mystères de Grantchester tome 1, James Runcie

Sidney chambers

Sidney Chambers et l'ombre de la mort constitue le premier tome des Mystères de Grantchester.

Un recueil de nouvelles policières – ou un roman découpé en chapitres portant chacun un titre - fort sympathique qui a inspiré la série Grantchester. Après avoir dévoré les deux saisons début juillet, j'avais hâte de découvrir le livre pour retrouver notre cher Sidney, même si je préfère habituellement lire le livre avant de voir l'adaptation.

Sidney Chambers est un jeune pasteur de 32 ans qui officie dans une paroisse toute proche de Cambridge. « Amateur de bière chaude et de jazz hot, passionné de cricket et lecteur insatiable, il était connu pour sa discrète élégance cléricale. » Tous les jeudis, il dispute une partie de backgammon avec son ami Georgie Keating, inspecteur, et ne va pas tarder à être mêlé à plusieurs enquêtes policières. Parmi les personnages récurrents, il faut aussi citer l'amie de la sœur de Sidney, Amanda Kendall, conservatrice de la peinture du XVIème à la National Gallery, qui va prendre de plus en plus d'importance au fil des aventures. Madame McGuire, la gouvernante, est moins présente, mais aussi teigneuse !

La collaboration entre les deux personnages, le pasteur et l'inspecteur, est intéressante parce qu'elle réunit deux points de vue souvent opposés : alors que par la force des choses, Geordie est amené à soupçonner les gens, Sidney est naturellement enclin de par sa mission à trouver et faire ressurgir la bonté et le sens moral nichés parmi les suspects.

Si comme moi vous avez trouvé Sidney charismatique à l'écran, vous serez ravi(e)s d'en apprendre davantage sur lui ; on rencontre ainsi ses parents qui ne cessent de s'étonner de sa vocation. On s’aperçoit que son planning est encore plus chargé puisqu'il officie dans sa paroisse mais accomplit également d'autres missions à l'université de Cambridge. On suit son cheminement intérieur, ses interrogations, ses doutes (comment soulager la douleur morale ? La fonction d'enquêteur est-elle compatible avec celle de pasteur, qui par nature amène à être confiant et compatissant avec autrui plutôt que suspicieux? Comment devenir un meilleur prêtre ?). « Un homme inquiet se tenait derrière le masque du professionnalisme clérical. » Sidney est terriblement humain, sensible au charme féminin – quoiqu'il soit plus sage que dans la série… - et n'endure pas toujours avec plaisir l'austérité des rites – le carême lui semble bien long. Et c'est cette humanité qui le rend très attachant.

Bien sûr, quand on a vu la série, les enquêtes paraissent moins captivantes à première vue. Mais en fait, on s’aperçoit qu'il y a des différences subtiles entre les deux, ce qui a relancé mon intérêt. D'autre part, deux enquêtes n'ont pas – encore ? - été adaptées, l'une plaçant Amanda en première ligne – malheureusement pour elle -, l'autre présentant une mise en abyme astucieuse (un crime perpétré sur scène lors de l'assassinat de Jules César, pièce de Shakespeare).

On découvre aussi en filigrane le quotidien de l'après-guerre : « Tandis que le train fonçait vers la capitale, Sidney découvrait par la fenêtre l’arrière de petites maisons de banlieue et de nouvelles cités-jardins ; un paysage d’après-guerre plein d’industrie, de promesse et de béton. ». Une époque de renouveau après le traumatisme de la guerre.

« Ses pages annonçaient l’ascension de l’Everest par une équipe italienne, l’équipe de cricket du Pakistan affrontait le Northamptonshire, et Donald McGill, l’éditeur de coquines cartes postales de bord de mer, avait été reconnu coupable de contrevenir à la loi sur les publications obscènes ». On y entend du jazz et découvre l'accueil réservé à l'audacieux John Cage et à sa pièce « Quatre minutes trente-trois » ou encore les fameux ours en peluche Stieff et la démocratisation de la télévision.

Les références littéraires et artistiques, nombreuses et souvent pittoresques (Euripide, Edgar Poe, Holbein pour ne citer qu'eux) rendent le récit d'autant plus élégant et raffiné.

Bon, je pense que vous l'avez deviné, j'ai hâte de me procurer le tome 2...

 

 

 

***

« Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas effacer le passé, se dit-il ; il faut plutôt laisser celui-ci nous transporter dans l’avenir. »

 

« Le chant est le son de l’âme, se dit-il. »

 « C’était vraiment curieux, se dit Sidney qu’un homme pût courir un mile en mettant exactement le temps qu’il fallait pour faire cuire un œuf à la coque. »

« Comment un Dieu aimant pouvait-il autoriser d’aussi gigantesques souffrances et à quoi cela servait-il ? »

« Mon oncle pensait que les pignons de pin vous rendaient invisibles. Il descendait prendre le petit-déjeuner complètement nu. »

« Ne jugez point et vous ne serez point jugés.

— Dites-moi, Sidney, vous pourriez peut-être passer dire ça à ma belle-mère ? »

« La passion est une émotion si puissante qu’elle domine tout. C’est comme une épice particulièrement forte dans un repas, ou un rouge dominant dans un tableau. Ils attirent vos sens au détriment de tout le reste. »

 

Challenge des douze thèmes, "Empreintes" chez A little-bit-dramatic !

 

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10 août 2017

Miniaturiste, Jessie Burton

Premier roman de l'auteure et actrice anglaise Jessie Burton.

Nella Oortman, dix-huit ans, quitte sa campagne natale pour rejoindre Amstersdam où l'attend désormais sa vie d'épouse. Elle est aussitôt accueillie par Marin, son austère belle-sœur qui a bien l'intention de rester la maîtresse de maison et par Cornelia et Otto, les domestiques de la famille. Mais curieusement, son mari, Johannes Brandt, commerçant qui écume les mers pour aller chercher des marchandises alors exotiques, ne semble pas s'intéresser à elle. Parfois ouvert, parfois plongé en lui-même, c'est une personnalité complexe de prime abord. Pour lui souhaiter la bienvenue, à sa manière, il lui offre une maison miniature en écaille de tortue. Nella contacte alors un artisan miniaturiste afin de la meubler. Mais ses envois sont surprenants : ils ne correspondent pas à la commande de Nella mais font étrangement écho à la réalité, comme si l'artisan savait tout ce qui se passe chez les Brandt, et même, les événements tragiques qui vont se produire...

Miniaturiste

 

J'ai beaucoup aimé ce roman subtil qui dresse le portrait imaginaire d'une femme qui a réellement existé. On peut d'ailleurs admirer au Rijksmuseum à Amsterdam la maison miniature de Petronella Oortman.

Le récit au présent rend l'action extrêmement proche du lecteur, comme si elle se déroulait sous ses yeux. Tous les petits détails du quotidien (les repas, les habitudes alimentaires, les spécialités nommées en néerlandais) ainsi que la description précise des pièces et de la décoration contribuent à accentuer cette immersion dans le train de vie d'une belle demeure bourgeoise du XVIIème siècle.

A l'inverse des topoï habituels, la jeune mariée n'a pas à craindre la brutalité du devoir conjugal puisque son mari n'est jamais là. Son quotidien n'est qu'une suite de journées grises à glisser silencieusement dans une maison riche et élégante où elle tient le rôle d'une invitée presque indésirable. Et pourtant, les différents personnages finiront par composer une famille touchante et solidaire, avec des relations infiniment plus étroites qu'on ne l'aurait cru.

C'est un récit très sensoriel, qui sollicite beaucoup la vue de par les descriptions précises et poétiques de la maison. On passe avec plaisir d'une pièce à l'autre, admirant au passage des marines et des natures mortes de l'Age d'or hollandais : « Navires aux mâts tels des crucifix dressés vers le ciel, paysages de pays chauds, oiseaux morts et fleurs fanées, crânes renversés semblables à des tubercules pourrissants près de violes aux cordes cassées, scènes de beuveries et de danses dans des tavernes, assiettes dorées et tasses en nacre émaillée » (p. 63). Et l'odorat : « La pièce est pleine d'odeurs, la plus forte étant la noix de muscade, mais il y a aussi les arômes prenants du bois de santal, des clous de girofles, ainsi que des relents brûlants de poivre qui imprègnent les murs de leur chaleur telle une mise en garde » (p. 75). Toutes ces fragrances sont omniprésentes dans le récit, nouvellement importées par la Compagnie des Indes orientales.

La touche de mystère insufflée par la maison miniature est plaisante ; même si la piste n'est pas vraiment exploitée jusqu'au bout, elle suffit à tenir le lecteur en haleine. « On dirait que le miniaturiste a une vision parfaite de son intimité » (p. 109)

 *** 

p. 134 « Ma richesse n'est pas quelque chose de tangible, Nella, continue-t-il à un rythme plus lent, ivre de nourriture et d'épuisement. Elle est dans l'air. Elle gonfle, elle rétrécit, elle gonfle à nouveau. Les choses qu'elle achète sont solides, mais on peut la traverser du tranchant de la main, comme un nuage. »

 p. 135 « Elle réfléchit à ses silences, aux brefs rayons de soleil avant qu'il reparte, distrait, vers des pensées sombres. »

 p. 162 « Nella a jeté l'ancre, mais elle n'a pas trouvé où toucher terre. »

 p. 355 « Elle monte par-delà les laques de Coromandel, les rouleaux de soie du Bengale, les clous de girofle, le macis et les noix de muscade dans des coffres estampillés Moluques, le poivre venant de Malabar, les écorces de cannelle de Ceylan, les feuilles de thé dans des boîtes peintes via Batavia [...] »

 p. 497 « Nous formons ensemble une trame tissée d'espoir dont la confection ne revient qu'à nous. »

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22 juillet 2017

Le Tailleur de pierre, Camilla Läckberg, 2005

Quelques mois se sont écoulés depuis le tome précédent, Le Prédicateur. Erica et Patrik sont les parents d'une petite fille, Maja. Mais tout n'est pas si Rose et Erica, en proie au baby blues, a du mal à trouver des repères pour profiter pleinement de son nouveau bonheur. Elle s'est rapprochée de Charlotte, une voisine qui va être frappée par un drame atroce : sa fille Sarah est retrouvée noyée par un pêcheur. Et pire encore, ce qui semblait être à première vue un accident s'avère être finalement un meurtre puisque c'est de l'eau douce qui est retrouvée dans les poumons de la fillette. Commence alors une enquête longue et pénible… De courts chapitres se déroulant en 1923 nous permettent également de faire la connaissance d'Agnes, une jeune fille capricieuse particulièrement antipathique qui va devenir l'épouse du fameux tailleur de pierre éponyme.

 

Le TAilleur de pierre

La quatrième de couverture ne me tentait vraiment pas car je fuis toujours les histoires où il est question du meurtre d'un enfant, mais j'avais envie de poursuivre cette série dans l'ordre. C'est encore une fois une histoire très sombre mais il faut reconnaître que Camilla Läckberg a l'art de distiller le suspense.

 La filiation occupe une place dans ce choix dans ce troisième opus, filiation souvent placée sous le signe de la douleur, de la maladie et de la séparation : les difficultés d'Erica à accueillir son bébé malgré tout l'amour qu'elle lui porte, Charlotte face aux troubles puis à la mort de Sara, Mellberg qui se découvre un fils déjà adolescent, Niclas qui a été renié par son père… La parentalité est évoquée dans toute sa variété et sa complexité, ce qui fait la richesse de cette histoire. 

Comme dans les tomes précédents, les points de vue alternent et finissent par converger. Le flash-back qui nous ramène en 1923 finit par prendre tout son sens et éclairer l'intrigue, mais seulement dans les toutes dernières pages, ce qui fait qu'on s'interroge tout au long du roman sur cette incursion dans le passé qui semble hors de propos et pourtant cruciale. 

Comme d'autres lectrices, je regrette qu'Erica soit encore en retrait cette fois, alors que c'était un personnage de premier plan dans La Princesse des glaces… Mais pour avoir lu Le Gardien de phare, je sais qu'un jour ou l'autre, elle retrouvera toute sa place dans l'intrigue...

Littérature suédoise

Merci à Nath pour cette LC ! 

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16 juillet 2017

La Maison des hautes falaises, Karen Viggers

Lex Henderson, animateur radio, vient d'acheter une maison en vue à Wallaces Point, sur la côte australienne. Les habitants des environs se demandent pourquoi ce fringant citadin a décidé de venir s'établir dans ce village perdu divisé en deux camps, les pratiquants et les autres. Mais on découvre rapidement que Lex cherche à échapper à la souffrance qui le ronge.

La maison des hautes falaises

Callista quant à elle, est native de Wallaces Point. Mais élevée par un couple de hippies, végétarienne, artiste peintre sans attaches, elle n'est pas du tout intégrée à la petite communauté. Avec son Combi Wolksvagen, elle vend des tableaux « alimentaires » sur les marchés l'été pour payer son loyer le reste de l'année et se consacrer à ce qu'elle aime vraiment. Est-ce que leurs souffrances respectives leur permettront de s'épauler l'un l'autre pour guérir ? Rien n'est moins sûr...

 

La première partie met lentement en place les éléments de l'intrigue. Le lecteur côtoie les deux protagonistes et fait leur connaissance progressivement. On sent dans ces pages le tumulte de la vraie vie, la complexité des relations de couple, les coups du sort inéluctables. Parallèlement,

c'est tout le microcosme d'un village qui est recréé avec ses tensions, ses personnalités incontournables, ses rumeurs. Les figures secondaires sont convaincantes, soit par la franche antipathie qu'elles dégagent (la mère de Lex), soit par leur mode de vie différent (Jordi, le frère de Callista), soit par leur vulnérabilité (Sarah, la mère célibataire).

 

J'avais déjà été séduite par La Mémoire des embruns, notamment pour l'évocation de la nature et des éléments. Les personnages de Karen Viggers viennent souvent chercher auprès de la nature réconfort et vérité. Ici, on en est encore plus près : on entend le ressac, le chant des baleines, on observe les huïtriers en pleine chasse, les fleurs de banksias. C'est un récit qui sent le sel marin, l'eucalyptus et le feu de camp.

S'il y a quelques longueurs – la relation entre Lex et Callista n'étant pas finalement le plus palpitant à mes yeux-, les épisodes centrés sur la nature sont un ravissement. Karen Viggers est vétérinaire et on sent une connaissance solide du règne animal et surtout un grand respect dans ses romans.

***

p. 295 « Au beau milieu de la bourbe de ses sensations meurtires et bouillonnantes, une rose nouvelle avait poussé. Et son nom était confiance. »

p. 487 « Elle comprit qu'elle avait perdu la balise de vue pendant l'averse car elle se trouvait à présent juste devant eux, œil clignotant dans les ténèbres. Comme la vie, franchement. La vérité est toujours là, sauf qu'on la perd parfois de vue dans le brouillard de nos orages internes. »

Challenge des douze thèmes, "Lecture sur le sable" chez A little-bit-dramatic !

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15 juillet 2017

Agatha Raisin, tome 5 : Pour le meilleur et pour le pire

Pour le meilleur et pour le pire

 

Ca y est, Agatha a enfin réussi à séduire l'homme de ses rêves, son austère voisin James Lacey. Ils ont emménagé ensemble et s'apprêtent à convoler en justes noces. Mais en dépit de ses nombreuses qualités, James se révèle vite routinier et peu communicatif, ce qui déroute un peu Agatha. Et cette dernière, qui n'a pas beaucoup d'expérience de la vie conjugale, s'efface au profit de ses exigences. Enfin, le jour J arrive. Mais c'est la consternation lorsqu'au cours de la cérémonie, Jimmy Raisin, le premier mari d'Agatha, refait surface pour empêcher le mariage. James, humilié, abandonne Agatha séance tenante. Et le lendemain, lorsque Jimmy est retrouvé mort après avoir été menacé par Agatha, tous les soupçons se portent naturellement sur elle ainsi que sur James…

 

Pour le meilleur et pour le pire

C'est toujours un plaisir de s'offrir un petit séjour imaginaire dans les Cotswolds. Agatha prépare le plus beau jour de sa vie avec la maladresse et la malchance d'une Bridget Jones, ce qui est très plaisant à lire. Cependant, je trouve que la série s’essouffle un peu. L'enquête est assez linéaire dans ce tome, James et Agatha reforment leur duo pour trouver la clé du mystère, essayant de retrouver toutes les personnes ayant été en contact avec Jimmy dans un centre de remise en forme. Ils interrogent donc les suspects les uns après les autres mais le fil conducteur est relativement ténu.

Des situations qui auraient pu être croustillantes – le séjour de James et Agatha dans le centre de remise en forme en tant que couple officiel alors qu'ils sont séparés – tournent court. Et il faut reconnaître que James ne donne pas le meilleur de lui-même ; de charmant et flegmatique il est devenu cassant et brutal envers Agatha. Même si on peut comprendre sa frustration, on attendait mieux de ce gentleman... Au contraire, Agatha, qui s'habitue peu à peu aux mœurs de Carsely à tendance à s'adoucir, et c'est dommage car personnellement, je la préfère avec son franc-parler et ses mauvaises manières…

Bref, un récit amusant, léger, parfait pour l'été, mais peut-être moins drôle et moins prenant que les deux premiers tomes qui restent pour l'instant mes préférés...

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11 juillet 2017

Velvet, Mary Hooper

Velvet Groves, alias Kitty Marley, traîne un lourd fardeau familial. Obligée de gagner sa vie alors qu'elle est toute jeune, elle travaille dur dans une blanchisserie londonienne. Un beau jour, elle engagée par Madame Savoya qui, très satisfaite du soin avec lequel Velvet a entretenu son linge, souhaite faire d'elle sa dame de compagnie. Mais Madame Savoya est en réalité une spirite, qui saura se montrer généreuse et encourageante, mais aussi à l'occasion, exigeante. Une nouvelle vie commence pour Velvet, mais pas forcément plus simple... 

Velvet

 

Ce roman pour la jeunesse m'a beaucoup plu, et c'est assez rare ! Le début du récit avec l'évocation des difficiles conditions de travail à la blanchisserie m'a passionnée. Le traitement du linge est évoqué avec minutie : les produits utilisés, les techniques, les écueils et les risques qui guettent les jeunes filles qui abîmeraient malencontreusement le vêtement d'une noble dame. Les tissus eux-mêmes et les détails vestimentaires sont décrits avec soin.

Un autre sujet qui m'intéresse : le spiritisme de l'ère victorienne. Non pas que je sorte ma planche oui-ja du placard tous les samedis soirs, mais j'aime bien les histoires paranormales, ou qui baignent dans une atmosphère paranormale. A cette époque-là, les cabinets fleurissaient, rivalisant d'ingéniosité pour attirer les clients : communiquer avec les défunts bien sûr, répandre une pluie de pétales sur l'assemblée et comble du comble, faire apparaître des ectoplasmes. On croise même Conan Doyle à une de ces soirées en vogue.

Et bien sûr, j'ai aimé me promener dans les rues de Londres, des quartiers industrieux aux belles artères où les mediums ont pignon sur rue, m'écartant au passage des fiacres et admirant la Villa Darkling de Madame à Regent Park !

Cependant, malgré le soin apporté au contexte historique, on peut regretter, comme dans Waterloo Necropolis, que l'intrigue soit assez transparente, même pour de jeunes lecteurs. Mais c'est le seul bémol... 

Mois anglais - Sport.png

Chez Lou et Cryssilda 

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