La bibliothèque de Northanger

18 août 2016

Rien n'est trop beau, Rona Jaffe, 1958

New York, 2 janvier 1952. Caroline Bender prend ses fonctions au sein d'une prestigieuse maison d'édition au Rockfeller Center. Elle y rencontre d'autres jeunes femmes, obligées de travailler comme elle (Barbara Lemont, jeune divorcée, qui doit subvenir aux besoins de son bébé) ou pleines d'espoir comme April et Gregg, ou encore Mary Agnes, qui prépare son mariage deux ans à l'avance. Pendant plusieurs années, le lecteur va suivre leur parcours semé d'embûches, tant professionnel que sentimental.

Rien n'est trop beau

Les chapitres se succèdent rapidement et nous dévoilent le quotidien des différentes jeunes femmes qui évoluent à New York et font leur apprentissage de la vie, en particulier amoureux. Et de fait, les unions se font et se défont rapidement. Les figures masculines sont assez négatives, à quelques exceptions près. Quarantenaires qui considèrent les nouvelles recrues comme des objets, maris infidèles ou jeunes hommes ambitieux et volages. Non seulement ils ne tiennent pas compte des sentiments des autres mais en outre, le travail des jeunes femmes est sous-estimé. Au mieux, c'est un passe-temps en attendant de trouver un mari, passe-temps qui sera abandonné aussitôt pour élever une nombreuse progéniture. Une position que Caroline n'envie pas.

Pourtant, j'ai aimé me promener dans les rues de New York, m'insurger contre la misogynie ambiante et croiser les doigts pour l'idylle de Barbara Lemont.

Le personnage central, Caroline, est certainement le plus charismatique. Abandonnée par son fiancé Eddie, elle prend son destin en main et s'investit dans son nouveau travail. Posée et lucide, elle ne s'en laisse pas conter. On peut même avancer l'idée qu'elle intègre progressivement les règles du jeu imposées par les hommes – et d'ailleurs on peut trouver contestable son attitude vis-à-vis de Paul. Mais malgré son indépendance et son intelligence, Caroline reste un coeur tendre et donc vulnérable...

J'ai beaucoup apprécié cette chronique de la vie new yorkaise des années cinquante. Les couleurs des arbres, l'ensoleillement, les petites coutumes, sont souvent convoqués en début de chapitre, donnant au lecteur l'occasion d'un contact intimiste avec la ville. Le cadre, les appartements décrits, font penser aux films d'Hitchcock, notamment Fenêtre sur cour. L'ensemble se lit comme un feuilleton prenant. Dommage peut-être que la romance finisse par l'emporter alors que les premiers chapitres étaient consacrés à Caroline et à ses premières armes dans le monde de l'édition. D'autant plus que l'on peut les considérer comme des témoignages d'époque puisque la romancière elle-même, Rona Jaffe y a travaillé et s'est donc inspirée de son propre parcours. Mais c'est là ma seule réserve !

 ***

p. 437 « Parmi ces jeunes filles, les unes vont à leur bureau parce que chaque jour les rapproche du succès dont elles rêvent, d'autres vont travailler parce qu'elles ont besoin d'argent pour vivre, et d'autres enfin y vont parce que c'est comme ça tous les jours de la semaine et qu'elles ne sauraient pas trop dire pourquoi. Elles vont vers leur machine à écrire ou à calculer comme si c'était une antichambre où les jeunes filles attendent l'amour et le mariage.

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11 août 2016

Notre séjour en terre de contes de fées

Mr Darcy, les loutres et moi avons eu la chance de partir quelques jours en Bavière.

Au menu : camping, baignade, pâtisseries et bien sûr... visite des châteaux de Louis II de Bavière (dont je lis actuellement la biographie).

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Pour moi, le point d'orgue est bien sûr la visite des châteaux, même si elle s'avère frustrante. Ces hauts-lieux de la culture sont pris d'assaut ; pour gérer le flux, les visites se font obligatoirement avec un audio-guide (ou si on tombe bien, le commentaire en français est diffusé dans chaque pièce, mais cela revient au même). Non seulement il n'y a pas de contact humain avec le guide en chair et en os qui veille au bon déroulement de la visite et pilote la diffusion du commentaire, mais en plus le temps imparti à l'intérieur de chaque pièce est très limité et on n'a pas le droit de faire des photos. Et si on veut connaître l'histoire de la bâtisse en elle-même... il faut se documenter par soi-même car le commentaire audio est assez laconique, dommage !

Des photos de Neuschwanstein, le château de Louis II qui aurait inspiré celui de La Belle au bois dormant version Disney...

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Hohenschwangau, le château d'enfance de Louis II, reconstruit par son père Maximilien Ier sur un donjon médiéval.

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Difficile donc de savourer à sa juste mesure la splendeur des lieux, à moins de revenir après dix-huit heures pour s'imprégner de la beauté de la nature et de la magnificence de ces constructions... Mais bien sûr, à ce moment-là les châteaux sont fermés... Je suis heureuse d'avoir pu faire ces visites donc, mais la romantique dans l'âme que je suis aurait apprécié de le faire dans la solitude...

Le château de Linderhof, inspiré notamment de Versailles, est plus tranquille et tout aussi charmant, même s'il est moins grandiose que les autres, mais ce sont aussi ses dimensions "intimistes" qui le rendent chaleureux.

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Nous aurions aimé visiter Herrenchiemsee, l'autre château baroque de Louis II, mais il était trop loin.

 Le cygne est omniprésent en Bavière, que ce soit dans les enseignes, l'art... ou les plans d'eau ! Nous avons même fait une petite excursion au Schwansee, le lac des cygnes... Et ce n'est peut-être pas un hasard si je dévore en ce moment Les voleurs de cygnes, d'Elizabeth Kostova...

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La lecture a bien sûr été de la partie pendant ce séjour avec La bête, de Catherine Hermary-Vieille et Rien n'est trop beau de Rona Jaffe.

Couverture La Bête

Couverture Rien n'est trop beau

 

Sans oublier la découverte de la mystérieuse bibliothèque ovale dans le monastère de Saint-Mang à Füssen.

DSCN2450C'est une petite ville charmante, avec de belles demeures ornées de trompe-l'oeil et des rues très fleuries.

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Pas de tourisme sans gourmandises, pour changer un peu du menu ordinaire du bivouac : la soupe de goulash, que j'adore et un gâteau aux fruits rouges et aux graines de pavot (dernier instant de répit avant un terrible orage qui nous a trempés de la tête aux pieds !)

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Sur le chemin du retour, petite halte à Lindau. Le charme d'un petit port de mer... au bord du lac de Constance !

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Bref, une région magnifique, que j'aimerais explorer davantage... dans la réalité ou dans mes lectures. Malheureusement, je ne trouve pas de romans qui se déroulent en Bavière... Si vous en connaissez, n'hésitez pas à m'en faire part !

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06 août 2016

La princesse des glaces, Camilla Läckberg

Les titres de Camilla Läckberg sont toujours énigmatiques. La princesse des glaces, le premier tome de la saga, ne fait pas exception à la règle.

La princesse des glaces

J'aime beaucoup l'été en particulier, me dépayser avec l'un de ces polars suédois qui me semblent rafraîchissants et originaux.

Erica Falck vit de sa plume en tant qu'auteure de biographies, plus précisément des biographies de femmes écrivains, telle Selma Lagerlof sur laquelle elle travaille au début du récit. Domiciliée à Stockholm, elle revient dans sa ville natale (qui est aussi celle de l'auteure), le petit port de pêche de Fjällbacka, pour faire du tri dans la maison de ses parents qui viennent de décéder brutalement. Comme si cela ne suffisait pas, elle découvre un matin le cadavre d'une amie d'enfance qu'elle n'avait pas depuis une vingtaine d'années, Alexandra Wijkner. C'est alors le début de l'enquête, et l'occasion de renouer avec l'inspecteur Patrik Hedström, une rencontre qui va tout changer…

Comme dans Le gardien de phare que j'ai lu l'été dernier, c'est moins l'enquête policière qui m'a séduite – quoiqu'elle soit convaincante - que le plaisir de flâner à Fjällbacka aux côtés des personnages. Erica paraît d'emblée sympathique parce qu'elle essaie d'aller de l'avant en dépit d'un deuil douloureux. On pourrait dire que c'est une Bridget Jones suédoise célibataire, indépendante et… gourmande ! En effet, elle a beau se raisonner, il est difficile pour elle de résister à une bonne pâtisserie, notamment en période de stress. Gourmandise qu'elle partage avec Patrik, ce qui en fait un duo attachant !

 Les éléments de la saga se mettent en place dans ce premier volume : on découvre les deux protagonistes, mais aussi des personnages secondaires touchants comme Anna, la sœur d'Erica qui vit une situation difficile ainsi que l'équipe du commissariat de Tanum, avec à sa tête un personnage détestable. Les personnages sont bien dessinés, et on se doute qu'on les verra évoluer d'un roman à l'autre (ce dont j'ai eu un aperçu avec Le gardien de phare), c'est donc un univers déjà bien construit. L'alternance des points de vue permet de se faire une idée plus précise de la personnalité de chacun, de ses tracas, de ses petits défauts. L'ensemble est dynamique et prenant.

 J'adore me projeter à Fjällbacka, imaginer la vie quotidienne dans ce petit port de pêche qui retrouve actuellement un regain de vitalité grâce au tourisme ; sentir les petits pains à la cannelle typiques ; grelotter en pensant aux températures fraîches...

Verdict : le tome 2, Le prédicateur, est déjà bien au chaud dans ma liseuse !

***

Pour prolonger un peu le plaisir, voici quelques photos prises en Scandinavie par mes soins… Bon j'avoue, c'était à Europa Park, mais les décors sont soignés, on s'y croirait !

 

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Littérature suédoise

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04 août 2016

La bibliothèque des coeurs cabossés, Katarina Bivald

Premier roman de l'écrivaine suédoise Katarina Bivald, paru en 2015.

Bibliothèque

 Sara Lindqvist, une jeune Suédoise de 28 ans, arrive dans l'Iowa afin d'y rencontrer Amy Harris, avec laquelle elle entretient une correspondance autour d'une passion commune, la lecture. Mais lorsque Sara arrive sur les lieux, elle apprend avec stupéfaction qu'Amy est décédée quelques jours plus tôt. Ebranlée par la nouvelle, elle décide néanmoins de rester deux mois comme prévu, entourée de la sollicitude des habitants de Broken Wheel. Sans attaches, effacée, ayant perdu son emploi à la librairie quelque temps plus tôt, Sara est à la recherche d'un nouveau souffle, qu'elle ne va pas tarder à trouver dans cette petite ville perdue mais pleine de charme, enfin, à sa manière… A fin de se rendre utile, Sara décide d'ouvrir une librairie (à but non lucratif) en puisant dans l'impressionnante bibliothèque d'Amy. Librairie qui va devenir le cœur de la ville et infléchir le destin d'un certain nombre d'habitants.

 C'est un bel hommage à la littérature et à la passion des livres. Sara vit par procuration et considère ses personnages préférés comme des amis, peu importe qu'ils aient existé ou non. P. 16 « Sara n'avait jamais cru qu'il fallait rencontrer les gens pour pouvoir être amis – nombre de ses relations les plus enrichissantes s'étaient nouées avec des personnes qui n'existaient même pas [...] »

J'ai découvert avec plaisir que j'avais vibré avec les mêmes romans que Sara, des titres mondialement connus qui créent une connivence avec le lecteur : p. 29 « D'autres étaient peut-être coincés dans un lycée gris de Haninge, mais elle, elle avait été une geisha au Japon, avait erré en compagnie de la dernière impératrice de Chine dans l'atmosphère oppressante de la Cité interdite, avait grandi avec Anne et les autres dans la maison aux pignons verts, connu son lot de meurtres et perdu des êtres chers avec les classiques. »

Mais les livres ne sont pas importants que sur le plan spirituel. Ils ne permettent pas seulement de s'échapper et de rêver, de rencontrer des amis virtuels, mais ils s'incarnent aussi physiquement avec leur odeur, leur texture, leurs couleurs… P. 400 « Tu sens ? L'odeur des livres neufs. Des aventures pas encore lues. Des amis dont on n'a pas encore fait la connaissance, des heures d'escapade hors de la réalité qui attendent. »

On rencontre aussi des notions intéressantes sur l'histoire du livre, notamment le format poche des éditions Penguin ainsi que sur le concept de feel good, une amusante mise en abîme !

C'est donc tout ce qui a trait au monde des livres qui m'a plu. Pour le reste, je trouve que l'intrigue est un peu trop légère et cousue de fil blanc, même pour un feel good. Bien sûr, les personnages sont attachants (George notamment, l'alcoolique repenti qui se découvre une passion pour Bridget Jones) et l'ensemble est rafraîchissant, mais il manque une petite étincelle… Ce livre me laissera surtout le souvenir d'une joyeuse ode à la lecture. En résumé, un séjour agréable dans l'Iowa, mais sans plus.

 

Littérature suédoise

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14 juillet 2016

Le bouc émissaire, Daphne du Maurier

Historien anglais amoureux de la France, John passe ses vacances dans la région du Mans. Frustré et déboussolé, menant une vie solitaire et sans attaches, il décide de se rendre à la Trappe afin d'y voir plus clair. Mais chemin faisant, il rencontre Jean de Gué, son parfait sosie. Malgré le malaise que lui inspire le personnage, il passe la soirée avec lui. Le lendemain matin, après quelques verres de trop, il se réveille dans les vêtements de Jean. Tandis qu'il essaie de comprendre ce qui lui arrive et tente de révéler sa véritable identité, il se laisse conduire par son chauffeur qui le mène chez Jean, dans un vaste domaine qui fut autrefois somptueux mais désormais décrépit. Ce personnage déjà naturellement enclin à la rêverie n'a plus qu'à se fondre dans le décor pour enfin donner du sens à son existence. Mais peut-on si facilement endosser la vie et les responsabilités d'un autre ?

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Un livre fascinant que l'on ne peut pas poser - ou dans mon cas, éteindre...- avant de l'avoir terminé... J'ai trouvé la psychologie du protagoniste assez subtile. D'emblée, il se montre tourmenté, victime d'une sorte de dualité : « Mais quelqu'un en moi appelait au secours. Cet être intérieur, comment jugeait-il mon œuvre misérable ? […] J'étais si habitué à lui refuser la parole que son caractère m'était inconnu ». C'est une chance pour lui de repartir à zéro d'une certaine façon, ou en tout cas, d'explorer les possibles qui s'offrent à lui alors que son existence propre lui semblait vaine. Et de fait, il est d'abord saisi par l'ivresse de voir ces actes dénués de conséquence pour lui-même, du moins le croit-il au début. « Bouc émissaire », le voilà chargé de toute la culpabilité de Jean de Gué, tributaire de ses mesquineries passées, de son irresponsabilité, voire de ses actes criminels… Charge à lui de redresser la barre et de découvrir, grâce à la vie d'un autre, sa propre identité  et surtout, le sens qui manquait à la sienne... "Manger, boire, ouvrir un journal devenaient soudain des actions intéressantes parce que ce n'étaient pas les miennes mais celles de Jean de Gué."

Par une sorte de jeu de miroir, le lecteur se glisse dans la peau d'un personnage qui apprend lui-même à découvrir sa nouvelle identité. C'est assez grisant car pendant que le narrateur « se » découvre, le lecteur apprend à le connaître lui, à travers ses efforts pour s'adapter à sa nouvelle vie, d'autant plus qu'il est très différent de Jean de Gué. "Il était mon ombre ou moi la sienne, et nous étions liés l'un à l'autre pour l'éternité." De même que John, le lecteur mène une enquête discrète pour apprendre à identifier les différents membres de la famille et les liens qui les unissent. En effet, de célibataire qu'il était, John se retrouve chef d'une famille aux relations pour le moins complexes et ambiguës et va devoir faire de son mieux pour y trouver sa place...

C'est aussi une délicieuse promenade dans une France surannée. La description du décor est soignée et particulièrement évocatrice, ce qui fait que l'on se projette facilement dans le domaine et ses alentours. "Le soleil se coucha derrière nous, et la campagne où nous nous enfoncions vers l'est nous enveloppa dans le silence des forêts. Les fermes isolées se dressaient comme de brumeuses oasis au milieu des champs rougeoyants. Les arpents de terre s'étendaient avec la vaste magnificence d'un océan inexploré, et les fougères dorées comme des chevelures vierges bordaient le chemin qui ondulait entre les arbres."

La fin peut décevoir, on s'attendait certes à autre chose. Pour ma part, je trouve cependant qu'elle correspond à l'état d'esprit du personnage qui a tendance, par moments, à se laisser porter par le cours des événements.

Une lecture marquante en tout cas !

 ***

« Mon savoir était une science de bibliothèque et mon expérience quotidienne n'allait pas plus loin que celle d'un touriste ».

« J'avais trop tendance à me plonger dans un passé à demi-réel, à demi-imaginaire, en fermant les yeux à la réalité présente. »

"On n'a pas tous les jours l'occasion de se trouver nez à nez avec soi-même."

"L'attraction et la répugnance étaient-elles si parentes qu'une proximité forcée pût combler le fossé entre elles et les confondre?"

"Le bouc émissaire ne peut que porter la faute."

"L'avenir commence aujourd'hui. C'est un don que nous trouvons chaque matin au réveil."

"J'avançais en trébuchant dans l'obscurité, les broussailes et la mousse, sans présent ni passé, sans coeur ni pensée."

"Il me sembla tout à coup que, si je me regardais dans un miroir, je n'y verrais rien."

***

Une lecture commune organisée par Nath sur Livraddict.

Participation au challenge Daphné du Maurier

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10 juillet 2016

Outlander, tome 1 : Le chardon et le tartan, Diana Gabaldon

« L'Ecosse est un bon pays pour les mythes. Ils semblent y prendre racine. »

 

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Premier tome d'une longue saga de Diana Gabaldon, paru en 1991.

Claire Beauchamp, infirmière anglaise, passe quelques jours en Ecosse auprès de son mari historien, Frank Randall en 1945. Il s'agit pour eux d'une forme de lune de miel puisqu'ils ont été séparés par six années de guerre. Un jour, après avoir surpris une cérémonie rituelle dans le cercle du cromlech, Claire, qui est passionnée de botanique, retourne sur les lieux pour cueillir une plante. Mais lorsqu'elle effleure une des pierres, l'impensable se produit. Claire se réveille en 1743, seule au milieu de la forêt, à la merci de personnages peu recommandables. Comprenant peu à peu qu'elle a voyagé dans le temps malgré elle, elle va devoir s'adapter en attendant de trouver le moyen de rentrer chez elle. D'abord désorientée, ses solides connaissances en botanique lui permettent de se faire une place au château de Leoch. Et elle se rend vite indispensable, notamment en soignant le jeune Jamie, qui pourrait infléchir sa destinée...

Ce premier tome est très long (13 heures de lecture sur ma liseuse) mais les pages se tournent toutes seules, ou du moins virtuellement mais rapidement sur mon appareil. On n'a pas le temps de s'ennuyer de par la variété des situations rencontrées par l'héroïne. Et le récit ne serait pas ce qu'il est sans un authentique méchant et fier de l'être, « Black Jack » Randall, l'ancêtre cruel et malfaisant de Frank.

 Ce qui m'a d'emblée convaincue, c'est le cocktail humour-dimension historique. La liberté de ton de Claire est plaisante et rend légère une lecture qui pourrait être assez sombre, vu le contexte historique et la mauvaise posture dans laquelle elle se trouve. Elle fait preuve d'autodérision et commente souvent l'action de manière burlesque. « J'imaginais les braves ménagères du Mégalithique se promenant entre les menhirs, panier sous le bras, examinant d'un œil critique le vernis du dernier arrivage de poteries en argile rouge et écoutant d'une oreille sceptique les harangues des boulangers de l'âge de pierre, des marchands de pelles en os et des représentants en perles d'ambre. »

Ce qui n'empêche pas le récit de prendre une tournure poétique par moments, la poésie du terroir et de la vie ancienne : « Je respirais avec plaisir les fortes senteurs des Highlands, un mélange de bruyère, de sauge et de genêt, épicée çà et là d'une odeur de feu de bois et l'inévitable fumet de hareng frit. »

 C'est un roman passionnant, solidement documenté (sur les conditions de vie au XVIIIème siècle, les plantes, l'histoire de l'Ecosse et notamment la cause jacobite), dont l'intrigue est semée de rebondissements et de renversements de situation. Les personnages principaux, Claire et Jamie, ont tous deux un caractère bien trempés et ombrageux. Et si au départ Jamie paraît un peu lisse et trop parfait, il finit par se révéler plus complexe. Leur relation prend donc une tournure plus profonde et plus riche.

Ma seule réserve finalement, concerne les scènes d'amour qui sont racontées avec un luxe de détails qui pour moi n'apportent rien au récit. Idem pour les scènes de violence. Si j'ai envie de connaître la suite de l'histoire, je fais malgré tout une pause...

Ci-dessous le magnifique générique de la série...

 Première participation au challenge Ecosse  proposé par Gilwen sur Livraddict !

 

Challenge Ecosse 02

 

19 juin 2016

Le Jardin blanc, Stephanie Barron

Le Jardin blanc est un roman américain de Francine Matthews, de son nom de plume Stephanie Barron.

 Stephanie Barron est célèbre pour une série qui met à l'honneur Jane Austen en tant que personnage littéraire. « J'ai la manie d'inventer des histoires, le plus souvent sur des personnalités qui ont eu des vies bien remplies, et qui seraient furieuses à l'idée d'avoir été l'objet de mes embellissements : Jane Austen, la reine Victoria, Virginia Woolf. » Je compte justement lire le premier tome bientôt, Jane Austen à Scargrove Manor. Jane Austen mène l'enquête !

Le jardin blanc

Octbre 2008, la paysagiste américaine Jo Bellamy franchit les grilles du jardin blanc à Sissinghurst, dans le Kent. Objectif : prendre note des différentes espèces qui y poussent afin de le reconstituer à l'identique pour son riche patron, aux Etats-Unis. Mais lorsqu'elle visite ce jardin conçu par la romancière Vita-Sackville West dans les années 1930, elle fait une découverte qui pourrait non seulement expliquer le suicide brutal de son grand-père trois mois auparavant mais aussi bouleverser le monde littéraire. En effet, celui-ci aurait travaillé à Sissinghurst pendant la guerre, et côtoyé Virginia Woolf dans ses derniers instants...

En cette période printanière – en dépit du temps -, et qui plus est en plein mois anglais, cette lecture m'est apparue comme incontournable ! Il est agréable de déambuler dans les allées du jardin blanc sur les traces des fantômes de deux célèbres romancières anglaises. Le rythme, assez paisible malgré les interrogations soulevées par l'enquête de Jo, conforte cette sensation de promenade.

La paysagiste rencontre chemin faisant des personnages bien caractérisés (Imogen, la jardinière revêche mais droite, Peter, l'expert doux et rêveur, Margaux, l'universitaire égocentrique et opportuniste…). Coïncidence amusante, le dernier numéro de Flow consacrait un article au groupe de Bloomsbury, ce qui m'a permis d'évoluer en territoire familier…

A la fin de l'ouvrage, dans une note, Stephanie Barron se livre à ses lecteurs en toute humilité pour expliquer la genèse du Jardin blanc, montrant que les romancières sont des êtres de chair et d'os comme nous, avec leurs tourments et leurs difficultés. J'ai apprécié cette marque de confiance qui me donne envie de poursuivre la découverte de son œuvre.

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 Underneath a weeping silver pear tree.

Mois anglais organisé par  Lou et Cryssilda !

Mois anglais saison 5

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12 juin 2016

Inspiration for gardeners, Emily Darcy

 Ce livre offert par Nath et qui vient tout droit d'Angleterre est une mignonne anthologie de citations concernant les jardins... et les jardiniers bien sûr. Le jardin vu bien souvent comme un lieu de méditation, un lieu métaphysique où disparaissent les soucis de l'existence, pour faire place au bien-être. Le jardin est un lieu de paix et d'harmonie, pour peu que l'on sache en profiter : « There is always music amongst the trees in the garden, but our hearts must be very quiet to hear it. »

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 De fait, le jardin, en plus de son rôle utilitaire, a souvent endossé un rôle métaphorique si on pense par exemple aux jardins des cloîtres qui reproduisent de manière imagée le Paradis. Moi-même, j'ai un faible pour les jardins médiévaux et Renaissance. Je me suis régalée à plusieurs reprises en visitant les châteaux de la Loire. Je pense notamment à Villandry et à ses jardins thématiques (Amour volage, amour passion, etc.). On peut même y déguster des cocktails de fruits portant leurs noms !

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Le potager de Cheverny à l'automne  :

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Inspiration for gardeners se déguste page après page comme une confiserie, et ce, même si on lit très peu en anglais, comme moi.

Je passe beaucoup de temps à désherber mon jardin en ce moment, aussi cette citation de Ralph Waldo Emerson m'a-t-elle fait sourire : « What is a weed ? A plant whose virtues have not yet been discovered. » Peut-être faut-il que j'y réfléchisse à deux fois avant de tout arracher... Le jardin prend aussi sous la plume de Goethe la dimension d'une mère protectrice qui se fait belle pour ses enfants: « Flowers are beautiful hieroglyphics of nature with wich she indicates how much she loves us ».

 Quant à moi, je laisse le plus difficile à mon Mr Darcy et me contente de cultiver quelques « simples », dans mon jardinet de sorcière...

J'entretiens le secret espoir de découvrir Giverny cet été. Je viendrai vous en parler bien sûr !

« My garden is my most beautiful masterpiece. » Claude Monet

***

Mois anglais organisé par  Lou et Cryssilda !

Mois anglais saison 5

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05 juin 2016

La Petite couturière du Titanic, Kate Alcott

Ceux qui me suivent un peu savent que je nourris une passion particulière pour le Titanic (j'ai même un onglet consacré à cette thématique dans le menu horizontal). J'avais donc hâte de savoir ce que me réservait La petite couturière du Titanic, un roman de Kate Alcott paru en avril dernier en France.

Couturière

Avril 1912, la jeune anglaise Tess Collins renonce à sa place de femme de chambre à Cherbourg pour tenter sa chance en Amérique. Sur le quai d'embarquement, elle fait la connaissance de la célèbre créatrice de mode Lucile Duff Gordon et parvient à se faire engager, mettant en avant ses propres capacités de couturière. Mais bien sûr, le navire sombre dans des conditions dramatiques, la probité de Lucile lors de cette fameuse nuit va être mise en cause, et Tess va devoir choisir son camp.

Naturellement, le roman mêle fiction et réalité. Si Tess est le fruit de l'imagination de l'auteure, Lucile Duff Gordon, Ismay, les Astor et Mr. Hoffman, alias Michel Navratil (cf. Les enfants du Titanic d'Elizabeth Navratil) ont bel et bien existé et ont vu leur vie bouleversée par le naufrage, comme tant d'autres. Fiction ou réalité concernant le caractère de Lucile ? Difficile à dire. Dans le récit en tout cas, elle paraît franchement antipathique malgré quelques brèves manifestations de vulnérabilité.

Tess a un caractère bien trempé. Elle est bien décidée à gravir les échelons de la société et à montrer l'étendue de ses talents. En revanche, la romance m'a moins séduite. Voir l'héroïne tiraillée entre le beau quadragénaire fortuné et le jeune homme humble mais rassurant et plein de bon sens m'a semblé convenu. Finalement, celle qui mériterait un roman à elle toute seule, c'est la journaliste Pinky Wade (personnage a priori fictif). Indépendante et féministe, je lui ai trouvé plus de charisme et d'intérêt.

 Le danger avec ce genre de récit, c'est la possible redondance avec tout ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Heureusement, la traversée sur le Titanic est racontée avec suffisamment de précision pour que le lecteur parvienne à se sentir à bord, mais sans être répétitif par rapport aux autres romans que j'ai lus. Et le récit nous mène bien après le naufrage, aux auditions de l'enquête diligentée à New York pour faire le point sur les circonstances du naufrage et éclaircir l'attitude de certains passagers dans les canots de sauvetage. L'auteure a même retranscrit certains éléments des procès-verbaux que je ne connaissais pas.

Un roman qui ne va pas forcément me marquer dans le temps mais que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.

***

"Elle souleva le couvercle de la malle dont elle tira précautionneusement des vêtements, frissonnant au contact des tissus soyeux et aériens de l'occupante de la cabine A220. Elle avait le sentiment de plonger la main dans une crème mousseuse. Des étoffes inconnues, aussi délicates que des toiles d'araignée, de couleur argentée, dorée, bleu océan, toutes savamment drapées et arrangées."

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01 juin 2016

Une saison à Longbourn, Jo Baker

 

Tout le monde connaît Elizabeth Bennet et son Mr Darcy. Mais qui s'est intéressé à tous ceux qui s'agitent pour leur bien-être, en coulisses, lavant le linge, brodant les robes de soirée et mitonnant des festins ? Jo Baker nous introduit dans l'univers des domestiques, narrant avec poésie leurs conditions de vie austères, les mille et une occupations d'une journée, mais aussi leurs sentiments, leurs projets, leurs aspirations et leur passé.

Une saison

 

A travers le destin de la jeune Sarah, qui rêve d'une vie meilleure, le lecteur découvre l'envers du décor dans ce qu'il a de plus réaliste. Au premier étage, les robes en dentelle et les airs délicats joués au piano ; en bas, le travail rude voire ingrat (le petit linge à laver, les chaussures qui reviennent pleines de boue quand les jeunes filles flânent dans le jardin par temps humide…). Et pourtant, même si on compatit sincèrement à l'insatisfaction de Sarah, on passe un bon moment en sa compagnie à arpenter les couloirs de Longbourn. D'autant plus que les demoiselles Bennet, du moins Elizabeth et Jane, sont décrites, comme dans le roman originel, comme des jeunes filles aimables et généreuses.

 Si on côtoie assez peu Elizabeth et Mr Darcy, on en apprend davantage en revanche sur Mr Wickham – qui se révèle d'ailleurs horrible et qui descend encore d'un cran dans mon estime. A l'étage inférieur aussi les relations sentimentales sont complexes, peut-être même plus que dans Orgueil et préjugés (les relations entre maîtres et domestiques, l'homosexualité, la maternité). Tout au long du roman, ce sont diverses incarnations du sentiment amoureux qui émergent.

Le tout est raconté avec beaucoup de finesse, à travers des phrases courtes, simples mais en même temps porteuses d'évocations sensorielles.

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p. 13 « L'air était cinglant à quatre heures et demie du matin quand elle commençait son travail. La poignée en fer de la pompe, glacée sous ses mitaines, ravivait ses engelures, tandis qu'elle tirait l'eau du trou noir puis la versait dans un seau. »

p. 13 « Sur le flanc du coteau, les moutons se blottissaient les uns contre les autres ; les oiseaux se nichaient dans les haies, ébouriffés comme des chardons ; des feuilles mortes bruissaient au passage d'un hérisson ; la rivière capturait la lumière des étoiles, ses cailloux étincelaient. »

p. 242 « Vivre à la merci des caprices et des fantaisies d'autrui, ce n'était pas une vie, estima-t-elle. »

 Les petits plaisirs de Mr Collins, p. 231 : « Son eau pour la toilette était toujours fraîche le matin, ses serviettes, les plus fines, parfumées à la lavande. Il bénéficiait des bûches les plus chaudes pour sa cheminée, et un lait chaud l'attendait le soir sur sa table de chevet quand il montait se coucher après avoir passé la journée à faire sa cour. »

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Merci à Nath qui m'a envoyé ce livre dans le cadre du swap Jane Austen and England !

Première participation au mois anglais organisé par  Lou et Cryssilda !

Mois anglais saison 5

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Posté par Myrtille lit à 05:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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