La bibliothèque de Northanger

22 octobre 2017

L'Espoir des Neshov, Anne B. Ragde

Quel plaisir de retrouver les Neshov après quatre années de séparation !

 

L'espoir des neshov

 Le tome 3 laissait le lecteur sur sa faim, séparant à nouveau Torunn de ses oncles - fraîchement rencontrés - mais contenant plein de promesses en germes.

La vie a suivi son cours : Erlend et Krumme sont devenus les heureux papas de trois charmants bambins, Margido est toujours célibataire mais rompt de temps en temps avec son quotidien très monastique en s'autorisant des promenades à la campagne ou des séances dans son jaccuzy. Torunn, quant à elle, vit depuis quelques années avec Christer, un courtier en bourse dont la passion est le mushing, mais leur relation touche à sa fin.

Ce qui m'a toujours plu dans cette saga, c'est le contraste entre les différents personnages, les personnages sont aussi différents les uns des autres que peuvent l'être les membres d'une famille de chair et d'os. La vie d'Erlend et Krumme a beaucoup changé, mais les deux hommes restent égaux à eux-mêmes et ont su conserver une relation équilibrée et solide. Torunn, elle, a eu beaucoup moins de chance avec Christer qui s'est révélé égoïste et surtout, infidèle. A quarante ans, elle se retrouve seule et sans emploi. Mais c'est Margido finalement, qui s'avère le plus touchant à mes yeux dans ce roman car il fend enfin l'armure et fait de son mieux pour venir en aide à Torunn.

 Des retours en arrière permettent de combler les blancs et de mesurer le chemin parcouru par chacun. Grâce à une multitude de petits détails, le lecteur entre dans l'intimité des personnages. C'est même parfois assez cru, mais c'est une manière de donner corps concrètement à leurs inquiétudes et questionnements. Et ce c'est qui rend leur psychologie crédible. En partageant pour quelques jours leur quotidien, on a l'impression de les côtoyer, de les connaître, de faire partie de l'histoire.

Ce n'est certes pas le meilleur tome de la série, la tension dramatique étant retombée. Il manque à mon sens une confrontation familiale qui aurait pu permettre de dénouer – ou pas – les tensions accumulées dans L'héritage impossible. Les tranches de vie, si plaisantes dans La Terre des mensonges, où nous découvrions les personnages, prenaient tout leur sens lorsque la famille était réunie. Ici, on a l'impression de lire deux romans différents réunis en un seul : Erlend et Krumme d'un côté, Torunn, Margido et le "vieux" de l'autre, ce qui crée une sensation un peu bancale. Les interactions entre les différents personnages manquent un peu, à moins que ce soit pour le tome 5 ?! De la même façon, la ferme familiale, au coeur des préoccupation dans les volumes précédents, n'apparaît que peu, même si elle a encore un rôle important à jouer. Si c'est le dernier tome, il est un peu frustrant parce que de nombreuses possibilités n'ont pas été exploitées. Mais qui sait ?

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11 octobre 2017

La maison où je suis mort autrefois, Keigo Higashino

Coup de cœur pour ce roman à suspense sur fond de secrets de famille.

La maison où je suis mort autrefois

Le narrateur, un jeune universitaire spécialisé dans les sciences physiques, reçoit une demande étrange de Sayaka Kurahashi, son ancienne petite amie. Sayaka, qui vient de perdre son père, a retrouvé dans ses affaires une clé étrange, à l'effigie d'un lion, accompagnée d'un plan. Elle s'est alors rappelé que son père partait souvent pour quelques jours, sous prétexte d'aller à la pêche, mais elle le soupçonne d'avoir mené une double vie. N'ayant elle-même aucun souvenir de sa petite enfance avant l'entrée à l'école primaire, elle souhaiterait en apprendre plus sur l'histoire de sa famille. Elle décide donc de découvrir cette mystérieuse maison qui pourrait répondre à ses interrogations. Et pour cela, elle a besoin du soutien du narrateur…

En ce moment, je fais un marathon thriller pour me changer les idées. Et il faut dire que cela fonctionne à merveille.

La maison où je suis mort autrefois est un court roman (254 pages) très prenant, que l'on referme à regret seulement quand on y est obligé. La narration à la première personne pique immédiatement la curiosité du lecteur et l'invite à poursuivre. Un prologue envoûtant place la maison au cœur de l'histoire, comme le suggère le titre. « Démolition », « nostalgie » et « horreur » en sont les maîtres mots.

C'est une enquête singulière et passionnante ; Shayaka et le narrateur, dans un presque huis-clos, vont explorer une maison étrange, abandonnée, sinistre par certains côtés, dans l'espoir qu'elle finisse par révéler l'histoire – tragique - de ses habitants. La demeure, une maison à l'occidentale, est nimbée de mystère. Personne, dans les alentours, ne sait à qui elle appartient. Quasiment murée de l'intérieur, elle n'est accessible que par la cave. Les habitants semblent l'avoir quittée brutalement et toutes les pendules se sont arrêtées à onze heures dix… Autant de curiosités qui font hésiter le lecteur entre plusieurs hypothèses, de la plus plausible au surnaturel.

Les liens familiaux sont infiniment plus retors qu'on ne l'aurait imaginé, et Sayaka n'est pas la seule à mettre le doigt sur une réalité douloureuse. La maison où je suis mort autrefois est tout autant sa quête identitaire à elle que l'écho des souvenirs de son compagnon. Le personnage de Sayaka est troublant ; d'abord touchante, elle se révèle ensuite dérangeante. Même si on arrive par la suite à comprendre l'origine de ses troubles, on n'arrive pas pour autant à lui pardonner. C'est donc une relation complexe qui s'établit avec le lecteur qui est obligé de maintenir son empathie à distance.

Une lecture marquante que je vais conseiller à mes proches !

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27 septembre 2017

La fille du train, Paula Hawkins

p. 55 « Avant, quand j'étais encore moi, je rêvais de faire de longs voyages romantiques en train avec Tom (la ligne de Bergen pour notre cinquième anniversaire de mariage, le Train Bleu pour ses quarante ans). »

 

La fille du train

Premier roman de Paula Hawkins. Rien de tel qu'on bon thriller pour se changer les idées à la rentrée !

Rachel prend le train matin et soir pour se rendre au travail à Londres. Le train s'arrête à toutes les gares, notamment dans la rue où Rachel vivait encore avec son mari deux ans auparavant. Le train faisant étape pile devant les fenêtres d'un autre appartement situé tout près, Rachel en profite pour observer un couple qui incarne à la fois ses fantasmes et la nostalgie de son propre couple. Elle invente une vie et une identité à ces deux inconnus qu'elle aperçoit matin et soir, comme si c'était la seule chose qui avait de l'importance dans la journée. Mais peu à peu, ce qui pourrait apparaître comme de la curiosité s'apparente bientôt à une véritable obsession, d'autant plus lorsque Rachel est témoin d'une scène privée et décide de prendre contact avec le mari pour lui en faire part…

On pense bien sûr à Fenêtre sur cour dans ce roman où le voyeurisme est poussé à son comble. Par une sorte de jeu de miroir, le lecteur observe Rachel elle-même en train d'observer Megan. On en apprend autant sur l'une que sur l'autre car Rachel projette ses propres angoisses et manques sur le couple qu'elle espionne. On se demande d'abord comment une jeune femme peut prêter autant d'intérêt à un couple inconnu, entraperçu une ou deux fois par jour par la vitre du train. D'ailleurs au début, ce sont les seuls moments de la journée qui sont racontés. Ce que fait Rachel le reste du temps reste mystérieux. Ce qui est curieux, c'est la manière dont évolue la perception que l'on a de Rachel. Epouse abandonnée, solitaire, sans moyens, elle semble de prime abord bien à plaindre. Puis au fil de ses observations, elle se dévoile et on en ressent un certain malaise qui fait hésiter entre compassion et défiance. On ne sait plus si on peut lui accorder ou non du crédit. Et c'est cette ambiguïté qui donne envie de tourner les pages le plus vite possible.

Le récit au présent place le lecteur au cœur de l'action, dans la même position d'observateur que Rachel. On se prend donc très vite au jeu parce qu'on se doute bien que les apparences sont trompeuses et que la vie de Megan est certainement moins parfaite qu'elle n'en a l'air. Comme Rachel, on a envie d'en savoir plus et de gratter le vernis des apparences.

 

La construction du récit est complexe ; il tient du journal car il mentionne la date et le moment de la journée ; il tient aussi du monologue intérieur. Si le point de vue de Rachel prédomine, on découvre aussi celui de Megan, la femme espionnée et Anna, la rivale de Rachel. Au présent s'ajoutent des flash-back bien placés. Le train constitue bien sûr le fil rouge de cette histoire en reliant les trois personnages féminins de ce roman. Envoûtant et apaisant pour Rachel, anxiogène et intrusif pour Anna, il rythme la vie de ces trois femmes de manière obsédante et tisse entre elles un lien indéfectible.

Si vous avez envie d'oublier un peu le quotidien pendant quelques heures, je vous recommande chaudement ce roman ! Pour ma part, j'espère trouver Au fond de l'eau à la médiathèque dès que possible…

 Je n'ai pas encore vu l'adaptation avec Emily Blunt, et vous ?

 ***

Challenge des douze thèmes, "Grande découverte" chez A little-bit-dramatic !

 

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15 septembre 2017

Le Chat qui connaissait Shakespeare, L. Jackson Braun

« Encore plus étonnant était l'attirance de Koko pour Shakespeare. Sentait-il la reliure en peau de porc ou la cire utilisée pour conserver le cuir ou encore une colle rare en usage au XIXème siècle pour la reliure ? Et, dans tous les cas, pourquoi préférait-il Hamlet ? » p. 251 

Le chat qui connaissait Shakespeare

Jim Qwilleran, journaliste d'une cinquantaine d'années, s'est retiré depuis peu à la campagne, où il vit en bonne compagnie (comprenez : avec deux chats siamois, Koko et Yom Yom). Jim leur fait d'ailleurs goûter l'art de la conversation, le soir, au coin du feu, pour les aider à « s'élever ». Et de fait, Koko qui a une passion pour les livres anciens, fait systématiquement chuter de la bibliothèque des œuvres de Shakespeare, rien de moins ! Et cela devient d'autant plus intriguant lorsque les morceaux choisis font curieusement écho aux étranges événements qui se déroulent en ville, à savoir la mort suspecte du patron du journal puis l'incendie de ses locaux…

Première rencontre avec Jim Qwilleran, ce personnage sympathique dont j'ai reconstitué l'itinéraire entre les lignes. Installé à Pickax - une ville fictive des Etats-Unis - depuis seulement dix-huit mois, il occupe une magnifique demeure dont il a hérité, alors qu'il avait jusque-là des revenus modestes. Mais son goût pour la simplicité l'amène à préférer l'appartement situé au-dessus du garage tandis que c'est sa gouvernante, la charmante Mrs. Cobb, qui occupe la suite française garnie de meubles anciens. On a donc là un renversement des rôles amusant. « Qwill » et Mrs Cobb forment un charmant tandem, Mrs. Cobb prenant grand soin de son employeur, mais aussi de ses chats tandis que Qwill s'inquiète des fréquentations de celle-ci…

Tous les chapitres ou presque s'ouvrent sur des considérations météorologiques, clin d’œil humoristique aux nouvelles préoccupations de Qwill. Lorsqu'il vivait dans le monde « d'En-Bas », il était sans doute trop pris pour y penser et le temps semblait plus clément. Au contraire, dans le pays « d'En-Haut », le temps est une question majeure, dans cette contrée où les chutes de neige peuvent paralyser la circulation. On découvre une partie du comté imaginaire de Moose en compagnie de Qwill lorsqu'il commence à mener l'enquête. Une contrée étrange, à la limite du fantastique, battue par les vents, isolée, rurale : « Le diable lui-même ne la trouverait pas sur la carte, car c'est une ville fantôme depuis cinquante ans, mais vous la trouverez, quand je vous aurai expliqué comment y aller. » (p.77).

C'est donc une promenade revigorante, amusante, dépaysante. La présence des chats et de leurs petits travers comblera tous les fans de petits félins, le charme suranné qui plane dans l'air (en quelle année est-on ? Epoque contemporaine de la date de publication ou période plus ancienne ?), les éléments du puzzle qui se mettent doucement en place, l'idée assez burlesque qu'un chat puisse s'intéresser à Shakespeare, la ville de Pickax qui prend vie tout doucement dans mon imaginaire… Tout concourt à créer un univers très particulier que j'aimerais retrouver dans une prochaine lecture...

***

« Koko est moins sentimental et plus cérébral, expliqua Qwilleran. Il possède ses propres attributs et sa personnalité, et nous devons le comprendre et l'accepter tel qu'il est. » p. 97

« Qwilleran éprouva une sensation particulière au-dessus de la lèvre supérieure. Une démangeaison, un tressaillement ou simplement un vague sentiment de malaise à la racine de sa moustache lui disait qu'il était sur la bonne voie. » p. 73

***

Une lecture partagée avec Hilde qui, comme moi, essaie de faire baisser le niveau de sa PAL !!

 Chez Titine

mois américain

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13 septembre 2017

Brooklyn, Colm Toibin

 Irlande, années 50. La jeune Eilis suit des cours de comptabilité sans espoir de trouver un jour une place dans sa région natale. Sur les conseils de sa sœur aînée, Rose, elle se décide à embarquer pour New York où elle sera épaulée par un prêtre que Rose a rencontré au club de golf. C'est le début d'une nouvelle vie, où l'espoir et l'amour le disputent au dépaysement et à la solitude.

Brooklyn

 J'ai adoré ce récit intimiste qui, tout en inscrivant le parcours d'Eilis dans un contexte bien particulier, met l'accent sur la singularité de son destin et sur ses sentiments. Il y est question de mal du pays, du manque, des premiers émois amoureux.

C'est un roman fluide, dont les pages se tournent toutes seules. Des ellipses allègent le récit (l'arrivée à Brooklyn, l'installation à la pension sont évoqués par exemple mais pas racontés) qui se consacre de ce fait aux temps forts de l'action : les préparatifs, le voyage en bateau, le travail d'Eilis dans le grand magasin, le voyage en Irlande, etc. On s'attache vite à Eilis et à sa famille, notamment à Rose qui entoure sa sœur d'une sollicitude toute maternelle.

Le début de l'histoire dévoile avec réalisme le caractère étouffant d'une petite ville sans activité économique, où chacun est la proie des commérages d'une harpie. La seule opportunité qui s'offre aux jeunes femmes est le mariage. Aux Etats-Unis, Eilis découvre un mode de vie différent (les Américains par exemple, ne coupent pas le chauffage la nuit). L'offre d'emploi y est nettement supérieur et les promesses d'avenir plus souriantes. Eilis parviendra-t-elle à s'y adapter pour autant ?

C'est aussi l'apprentissage amoureux d'une jeune fille à peine sortie de l'adolescence et peut-être un peu immature de ce point de vue-là. Si vous l'avez lu, je ne sais pas ce que vous en pensez mais [on peut se demander si Eilis ne souffrira pas à l'avenir de son choix qui paraît plus subi(t) que réfléchi. On dirait une échappatoire plus qu'un mariage d'amour, même si Tony est  un gentil garçon plein d'attentions. Il me semble que cette incertitude est plus discrète dans le film].

Bref, un roman que je vous conseille fortement en ce mois de septembre américain !

 

 Chez Titine

mois américain

 

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03 septembre 2017

Le mois américain : c'est parti !

Comme chaque année, Titine nous convie à partager nos lectures américaines !

mois américain

Voici les livres que j'aimerais vous présenter à cette occasion...

Le chat qui connaissant Shakespeare, ma première incursion dans l'univers assez loufoque de Lilian J. Braun

Tragédie à l'Everest, le témoignage de Jon Krakauer qui a notamment inspiré le film Everest

Brooklyn, le joli roman de Colm Toibin qui a enchanté mon mois d'août

La femme du gardien de zoo, D. Ackerman

Les Dames du lac, Marion Zimmer Bradley

Game of thrones, tome 1, George R. Martin

Un jardin dans les Appalaches, Barbara Kingsolver

Psychose, Robert Bloch

Et vous, participez-vous ?

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01 septembre 2017

Tragédie à l'Everest, Jon Krakauer

Après avoir vu le film Everest, bouleversant et servi par une belle galerie d'acteurs, j'ai eu envie de découvrir le récit de Jon Krakauer, le journaliste et alpiniste aguerri qui a participé à l'une des expéditions du printemps 1996. Jon Krakauer est aussi connu pour Into the wild qui a été adapté au cinéma en 2007.

Everest

 

Dans une introduction émouvante, Jon Krakauer explique son besoin de raconter dans l'espoir de se délivrer d'un poids. Et de fait, le premier chapitre évoque d'emblée l'issue funeste de la saison 1996 sur l'Everest.

L'auteur est journaliste donc, et cela se ressent ; le deuxième chapitre est en effet consacré à l'histoire de la conquête du toit du monde au XXème siècle. Dans les années 90 naissent les premières expéditions commerciales, qui ont pour vocation de mener des clients au sommet. De plus, chacun des chapitres s'ouvre sur un extrait tiré de récits d'alpinistes au XXème siècle. C'est donc un récit à la fois personnel et authentifié par des recherches solides, même si le déroulé des événements en lui-même a pu être contesté par les autres membres de l'expédition. L'intitulé du chapitre qui comporte le lieu précis, la date ainsi que l'altitude permet de suivre au plus près la progression périlleuse des alpinistes.

Je ne sais pas vraiment ce qui m'a plu, dans le film comme dans le récit. Je n'ai jamais fait d'alpinisme et je ne risque pas de commencer maintenant. Mais ces personnes qui sont capables de lutter contre les éléments pour passer seulement quelques minutes sur le plus haut sommet du monde (ou même ceux qui sont moins élevés…) me fascinent. C'est presque une quête spirituelle ou en tout cas, un besoin de se dépasser, de donner un sens à sa vie. « Il m'apparut alors que, à nous soumettre ainsi, semaine après semaine, à des efforts pénibles, à l'ennui et à la douleur, nous devions être, pour la plupart – par-delà tout autre chose -, à la recherche d'une sorte d'état de grâce » (p. 153). Et en même temps, braver la zone de la mort volontairement tient de la démesure : « L'idée que je me préparais à grimper à l'altitude de croisière d'un A-300 me frappa à ce moment-là comme quelque chose grotesque, ou pire. Je sentis mes mains devenir moites. » (p. 40).

Les alpinistes, pour vivre leur passion jusqu'au bout, endurent plusieurs semaines dans des conditions terribles : un froid inimaginable, la raréfaction de l'oxygène et toutes les pathologies que cela implique.

C'est une lecture atypique dans mon parcours, moi qui suis friande de romans british douillets, mais j'ai beaucoup apprécié ce témoignage qui permet d'en apprendre beaucoup sur l'alpinisme et tout simplement aussi, la haute-montagne et le Népal. Depuis, j'ai déniché un autre récit personnel : J'ai vécu l'Everest de Pierre Paperon, que je me réserve pour cet hiver.

 

***

« Installé sur le toit du monde, un pied en Chine, un pied au Népal, j'essuyai la glace qui s'était formée sur mon masque à oxygène, me recroquevillai pour me protéger du vent et contemplai distraitement l'immense Tibet. » (p. 16)

 « Mais il apparut bien vite que lorsqu'on entre dans ce qu'on appelle la « zone de la mort », au-dessus de 7 600 mètres, le corps devient très vite vulnérable aux oedèmes pulmonaires et cérébraux, à l'hypothermie, aux gelures et à toute une série d'affections mortelles, à moins de recevoir un apport supplémentaire en oxygène. » (p. 173)

 « L'air raréfié avait une qualité cristalline et chatoyante qui faisait paraître tout proches les pics lointains. Dans la merveilleuse lumière du soleil à son zénith, la pyramide du sommet de l'Everest brillait derrière le voile intermittent des nuages. » (p. 181)

 

Chez Titine

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28 août 2017

Sidney Chambers et l'ombre de la mort, les Mystères de Grantchester tome 1, James Runcie

Sidney chambers

Sidney Chambers et l'ombre de la mort constitue le premier tome des Mystères de Grantchester.

Un recueil de nouvelles policières – ou un roman découpé en chapitres portant chacun un titre - fort sympathique qui a inspiré la série Grantchester. Après avoir dévoré les deux saisons début juillet, j'avais hâte de découvrir le livre pour retrouver notre cher Sidney, même si je préfère habituellement lire le livre avant de voir l'adaptation.

Sidney Chambers est un jeune pasteur de 32 ans qui officie dans une paroisse toute proche de Cambridge. « Amateur de bière chaude et de jazz hot, passionné de cricket et lecteur insatiable, il était connu pour sa discrète élégance cléricale. » Tous les jeudis, il dispute une partie de backgammon avec son ami Georgie Keating, inspecteur, et ne va pas tarder à être mêlé à plusieurs enquêtes policières. Parmi les personnages récurrents, il faut aussi citer l'amie de la sœur de Sidney, Amanda Kendall, conservatrice de la peinture du XVIème à la National Gallery, qui va prendre de plus en plus d'importance au fil des aventures. Madame McGuire, la gouvernante, est moins présente, mais aussi teigneuse !

La collaboration entre les deux personnages, le pasteur et l'inspecteur, est intéressante parce qu'elle réunit deux points de vue souvent opposés : alors que par la force des choses, Geordie est amené à soupçonner les gens, Sidney est naturellement enclin de par sa mission à trouver et faire ressurgir la bonté et le sens moral nichés parmi les suspects.

Si comme moi vous avez trouvé Sidney charismatique à l'écran, vous serez ravi(e)s d'en apprendre davantage sur lui ; on rencontre ainsi ses parents qui ne cessent de s'étonner de sa vocation. On s’aperçoit que son planning est encore plus chargé puisqu'il officie dans sa paroisse mais accomplit également d'autres missions à l'université de Cambridge. On suit son cheminement intérieur, ses interrogations, ses doutes (comment soulager la douleur morale ? La fonction d'enquêteur est-elle compatible avec celle de pasteur, qui par nature amène à être confiant et compatissant avec autrui plutôt que suspicieux? Comment devenir un meilleur prêtre ?). « Un homme inquiet se tenait derrière le masque du professionnalisme clérical. » Sidney est terriblement humain, sensible au charme féminin – quoiqu'il soit plus sage que dans la série… - et n'endure pas toujours avec plaisir l'austérité des rites – le carême lui semble bien long. Et c'est cette humanité qui le rend très attachant.

Bien sûr, quand on a vu la série, les enquêtes paraissent moins captivantes à première vue. Mais en fait, on s’aperçoit qu'il y a des différences subtiles entre les deux, ce qui a relancé mon intérêt. D'autre part, deux enquêtes n'ont pas – encore ? - été adaptées, l'une plaçant Amanda en première ligne – malheureusement pour elle -, l'autre présentant une mise en abyme astucieuse (un crime perpétré sur scène lors de l'assassinat de Jules César, pièce de Shakespeare).

On découvre aussi en filigrane le quotidien de l'après-guerre : « Tandis que le train fonçait vers la capitale, Sidney découvrait par la fenêtre l’arrière de petites maisons de banlieue et de nouvelles cités-jardins ; un paysage d’après-guerre plein d’industrie, de promesse et de béton. ». Une époque de renouveau après le traumatisme de la guerre.

« Ses pages annonçaient l’ascension de l’Everest par une équipe italienne, l’équipe de cricket du Pakistan affrontait le Northamptonshire, et Donald McGill, l’éditeur de coquines cartes postales de bord de mer, avait été reconnu coupable de contrevenir à la loi sur les publications obscènes ». On y entend du jazz et découvre l'accueil réservé à l'audacieux John Cage et à sa pièce « Quatre minutes trente-trois » ou encore les fameux ours en peluche Stieff et la démocratisation de la télévision.

Les références littéraires et artistiques, nombreuses et souvent pittoresques (Euripide, Edgar Poe, Holbein pour ne citer qu'eux) rendent le récit d'autant plus élégant et raffiné.

Bon, je pense que vous l'avez deviné, j'ai hâte de me procurer le tome 2...

 

 

 

***

« Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas effacer le passé, se dit-il ; il faut plutôt laisser celui-ci nous transporter dans l’avenir. »

 

« Le chant est le son de l’âme, se dit-il. »

 « C’était vraiment curieux, se dit Sidney qu’un homme pût courir un mile en mettant exactement le temps qu’il fallait pour faire cuire un œuf à la coque. »

« Comment un Dieu aimant pouvait-il autoriser d’aussi gigantesques souffrances et à quoi cela servait-il ? »

« Mon oncle pensait que les pignons de pin vous rendaient invisibles. Il descendait prendre le petit-déjeuner complètement nu. »

« Ne jugez point et vous ne serez point jugés.

— Dites-moi, Sidney, vous pourriez peut-être passer dire ça à ma belle-mère ? »

« La passion est une émotion si puissante qu’elle domine tout. C’est comme une épice particulièrement forte dans un repas, ou un rouge dominant dans un tableau. Ils attirent vos sens au détriment de tout le reste. »

 

Challenge des douze thèmes, "Empreintes" chez A little-bit-dramatic !

 

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10 août 2017

Miniaturiste, Jessie Burton

Premier roman de l'auteure et actrice anglaise Jessie Burton.

Nella Oortman, dix-huit ans, quitte sa campagne natale pour rejoindre Amstersdam où l'attend désormais sa vie d'épouse. Elle est aussitôt accueillie par Marin, son austère belle-sœur qui a bien l'intention de rester la maîtresse de maison et par Cornelia et Otto, les domestiques de la famille. Mais curieusement, son mari, Johannes Brandt, commerçant qui écume les mers pour aller chercher des marchandises alors exotiques, ne semble pas s'intéresser à elle. Parfois ouvert, parfois plongé en lui-même, c'est une personnalité complexe de prime abord. Pour lui souhaiter la bienvenue, à sa manière, il lui offre une maison miniature en écaille de tortue. Nella contacte alors un artisan miniaturiste afin de la meubler. Mais ses envois sont surprenants : ils ne correspondent pas à la commande de Nella mais font étrangement écho à la réalité, comme si l'artisan savait tout ce qui se passe chez les Brandt, et même, les événements tragiques qui vont se produire...

Miniaturiste

 

J'ai beaucoup aimé ce roman subtil qui dresse le portrait imaginaire d'une femme qui a réellement existé. On peut d'ailleurs admirer au Rijksmuseum à Amsterdam la maison miniature de Petronella Oortman.

Le récit au présent rend l'action extrêmement proche du lecteur, comme si elle se déroulait sous ses yeux. Tous les petits détails du quotidien (les repas, les habitudes alimentaires, les spécialités nommées en néerlandais) ainsi que la description précise des pièces et de la décoration contribuent à accentuer cette immersion dans le train de vie d'une belle demeure bourgeoise du XVIIème siècle.

A l'inverse des topoï habituels, la jeune mariée n'a pas à craindre la brutalité du devoir conjugal puisque son mari n'est jamais là. Son quotidien n'est qu'une suite de journées grises à glisser silencieusement dans une maison riche et élégante où elle tient le rôle d'une invitée presque indésirable. Et pourtant, les différents personnages finiront par composer une famille touchante et solidaire, avec des relations infiniment plus étroites qu'on ne l'aurait cru.

C'est un récit très sensoriel, qui sollicite beaucoup la vue de par les descriptions précises et poétiques de la maison. On passe avec plaisir d'une pièce à l'autre, admirant au passage des marines et des natures mortes de l'Age d'or hollandais : « Navires aux mâts tels des crucifix dressés vers le ciel, paysages de pays chauds, oiseaux morts et fleurs fanées, crânes renversés semblables à des tubercules pourrissants près de violes aux cordes cassées, scènes de beuveries et de danses dans des tavernes, assiettes dorées et tasses en nacre émaillée » (p. 63). Et l'odorat : « La pièce est pleine d'odeurs, la plus forte étant la noix de muscade, mais il y a aussi les arômes prenants du bois de santal, des clous de girofles, ainsi que des relents brûlants de poivre qui imprègnent les murs de leur chaleur telle une mise en garde » (p. 75). Toutes ces fragrances sont omniprésentes dans le récit, nouvellement importées par la Compagnie des Indes orientales.

La touche de mystère insufflée par la maison miniature est plaisante ; même si la piste n'est pas vraiment exploitée jusqu'au bout, elle suffit à tenir le lecteur en haleine. « On dirait que le miniaturiste a une vision parfaite de son intimité » (p. 109)

 *** 

p. 134 « Ma richesse n'est pas quelque chose de tangible, Nella, continue-t-il à un rythme plus lent, ivre de nourriture et d'épuisement. Elle est dans l'air. Elle gonfle, elle rétrécit, elle gonfle à nouveau. Les choses qu'elle achète sont solides, mais on peut la traverser du tranchant de la main, comme un nuage. »

 p. 135 « Elle réfléchit à ses silences, aux brefs rayons de soleil avant qu'il reparte, distrait, vers des pensées sombres. »

 p. 162 « Nella a jeté l'ancre, mais elle n'a pas trouvé où toucher terre. »

 p. 355 « Elle monte par-delà les laques de Coromandel, les rouleaux de soie du Bengale, les clous de girofle, le macis et les noix de muscade dans des coffres estampillés Moluques, le poivre venant de Malabar, les écorces de cannelle de Ceylan, les feuilles de thé dans des boîtes peintes via Batavia [...] »

 p. 497 « Nous formons ensemble une trame tissée d'espoir dont la confection ne revient qu'à nous. »

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22 juillet 2017

Le Tailleur de pierre, Camilla Läckberg, 2005

Quelques mois se sont écoulés depuis le tome précédent, Le Prédicateur. Erica et Patrik sont les parents d'une petite fille, Maja. Mais tout n'est pas si Rose et Erica, en proie au baby blues, a du mal à trouver des repères pour profiter pleinement de son nouveau bonheur. Elle s'est rapprochée de Charlotte, une voisine qui va être frappée par un drame atroce : sa fille Sarah est retrouvée noyée par un pêcheur. Et pire encore, ce qui semblait être à première vue un accident s'avère être finalement un meurtre puisque c'est de l'eau douce qui est retrouvée dans les poumons de la fillette. Commence alors une enquête longue et pénible… De courts chapitres se déroulant en 1923 nous permettent également de faire la connaissance d'Agnes, une jeune fille capricieuse particulièrement antipathique qui va devenir l'épouse du fameux tailleur de pierre éponyme.

 

Le TAilleur de pierre

La quatrième de couverture ne me tentait vraiment pas car je fuis toujours les histoires où il est question du meurtre d'un enfant, mais j'avais envie de poursuivre cette série dans l'ordre. C'est encore une fois une histoire très sombre mais il faut reconnaître que Camilla Läckberg a l'art de distiller le suspense.

 La filiation occupe une place dans ce choix dans ce troisième opus, filiation souvent placée sous le signe de la douleur, de la maladie et de la séparation : les difficultés d'Erica à accueillir son bébé malgré tout l'amour qu'elle lui porte, Charlotte face aux troubles puis à la mort de Sara, Mellberg qui se découvre un fils déjà adolescent, Niclas qui a été renié par son père… La parentalité est évoquée dans toute sa variété et sa complexité, ce qui fait la richesse de cette histoire. 

Comme dans les tomes précédents, les points de vue alternent et finissent par converger. Le flash-back qui nous ramène en 1923 finit par prendre tout son sens et éclairer l'intrigue, mais seulement dans les toutes dernières pages, ce qui fait qu'on s'interroge tout au long du roman sur cette incursion dans le passé qui semble hors de propos et pourtant cruciale. 

Comme d'autres lectrices, je regrette qu'Erica soit encore en retrait cette fois, alors que c'était un personnage de premier plan dans La Princesse des glaces… Mais pour avoir lu Le Gardien de phare, je sais qu'un jour ou l'autre, elle retrouvera toute sa place dans l'intrigue...

Littérature suédoise

Merci à Nath pour cette LC ! 

Posté par Myrtille lit à 06:46 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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