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01 août 2018

Chroniques de San Francisco, saison 1, Armistead Maupin

Depuis plusieurs années déjà, je suis les Chroniques d'Edimbourg d'Alexander McCall Smith. J'ai eu envie de découvrir leurs « grandes sœurs », écrites par Armistead Maupin à partir des années 1970 et parues dans le San Francisco Chronicle. Hilde, de son côté, avait envie de relire la première saison, c'est donc avec plaisir que j'ai partagé cette lecture avec elle !

chroniques de san francisco

Le fil rouge de ces chroniques est la découverte de la ville et de ses opportunités par la jeune Mary Ann, fraîchement installée dans la pension d'Anna Madrigal. Le lecteur suit les péripéties de son adaptation à un mode de vie différent de ce qu'elle a connu jusque-là. Guidée par son amie Connie puis par Mona et Michael, ses voisins, elle découvre de nouvelles façons de faire des rencontres et de nouer des relations. D'autres personnages, liés de près ou de loin à l'immeuble de Barbary Lane, apparaissent dans les chroniques : Edgar Halcyon, le patron de Mary Ann et Mona, Beauchamp, son gendre volage et Dede, son épouse superficielle mais finalement touchante.

Le découpage du récit en épisodes courts, inhérent au genre puisque les chroniques paraissaient à l'origine dans le journal, comme les feuilletons du XIXème siècle, a quelque chose d'addictif. On va d'un personnage à l'autre, d'une situation à l'autre, sans s'arrêter. Si les premières pages m'ont semblé un peu monotones, une fois tous les personnages rencontrés, on suit avec intérêt leur parcours et leurs déceptions. Mon personnage préféré est bien sûr Anna Madrigal – on aimerait tous avoir une propriétaire aussi chaleureuse et ouverte d'esprit ! -, d'autant plus qu'il y a un mystère qui plane autour d'elle et qui n'est pas résolu dans ce tome...

Le traitement du temps est cependant un peu particulier ; certaines anecdotes sont réparties sur plusieurs chroniques, ce qui fait monter le suspense. Parfois au contraire, il y a des ellipses un peu surprenantes (je pense au travail de Mary Ann, par exemple ; on assiste à son entretien d'embauche et ensuite, on a l'impression que plusieurs semaines se sont écoulées puisqu'elle a déjà trouvé ses marques ; le déménagement de Mona aussi, m'a surprise, comme s'il manquait quelques étapes).

Pour l'instant, je garde cependant une nette préférence pour les Chroniques d'Edimbourg ; elles sont certes plus gentillettes, plus lisses peut-être, mais les thèmes abordés y sont plus larges (poésie, peinture, civilisation, éducation...). Et j'aime beaucoup me flâner dans les rues d'Edimbourg avec les personnages, une sensation que je n'ai pas forcément retrouvée ici...

Ceci dit, c'est une lecture bien agréable pour cette période de vacances, donc rendez-vous est pris pour l'été 2019 avec Hilde pour la saison 2 !


28 juillet 2018

Jane Austen et le Révérend, Stephanie Barron

Stephanie Barron est l'auteure d'une série dont Jane Austen est l'héroïne. Se fondant sur l'étude de la biographie de la célèbre romancière, elle s'appuie sur la correspondance de celle-ci pour étayer ses propos, que ce soit sur le plan historique ou sur un plan plus personnel.

Jane austen et le révérend

Des notes de bas de page viennent donc régulièrement s'inscrire en contrepoint du récit pour apporter des précisions sur le contexte ou des éléments supplémentaires sur la biographie de la romancière. Mais aussi, petite astuce qui rappelle un certain nombre de récits du XIXème siècle, Stephanie Barron affirme avoir retrouvé dans un manoir des manuscrits de la main de Jane Austen, parmi lesquels figure un journal, reproduit dans les pages de ce livre...

Nath m'a offert les deux premiers tomes de cette série mais allez savoir pourquoi, j'ai commencé par le deuxième ! Ceci dit, ça n'est pas du tout gênant parce que, même s'il y a des références à l'enquête du premier tome, chaque livre constitue une histoire indépendante.

Jane et sa famille vont passer le début de l'automne à Lyme, petite ville portuaire du Dorset qui est aussi le cadre de Persuasion. Un accident les conduit à faire la rencontre d'un mystérieux jeune homme, Mr Sidmouth, maître de High Down Grange, qui n'est pas sans rappeler Mr Darcy par certains côtés. Au fil des jours, Jane fera d'autres rencontres plus ou moins plaisantes. Mais l'événement qui déclenche véritablement l'histoire est la découverte du cadavre d'un pêcheur, sur le port, victime supposée du sinistre contrebandier surnommé le « Révérend ».

Même si le meurtre est commis assez tôt dans l'intrigue, il faut attendre d'être à mi-parcours pour que Jane Austen se mette véritablement à enquêter. Mais ce n'est pas gênant car le plaisir est ailleurs : il faut se laisser bercer par l'évocation du quotidien de Jane Austen et profiter de l'occasion pour en apprendre plus sur ses relations avec les autres membres de sa famille. Sa complicité avec sa sœur Cassandra, par exemple, rappelle celle de Marianne et Elinor dans Raison et Sentiments. La traduction élégante donne l'illusion de lire le journal de Jane Austen et de partager ses pensées. La deuxième partie du roman offre une accélération de l'action et, cerise sur le gâteau, quelques belles frayeurs nocturnes sur la côte déchiquetée qui m'ont rappelé L'auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier...

Jane Austen et le Révérend est une fiction historique plaisante, qui permet de retrouver dans une certaine mesure l'atmosphère des romans, meurtres en plus !

***

« Il est étrange de constater comme par un beau soleil ces mêmes cris vous mettent de bonne humeur ; tandis que sous un ciel bas, les mouettes semblent être les âmes des disparus, revenus hanter ceux qui vivent là où la terre s'arrête et où la mer rencontre le ciel infini. » (p. 191)

25 juillet 2018

Recettes d'amour et de meurtre, Sally Andrew

« Le « konfyt » d'abricot était presque à point, bien translucide et épais, lorsque j'ai entendu la voiture. J'ai ajouté quelques noyaux d'abricot et un bâton de cannelle à la confiture : je ne savais pas encore que cette voiture apportait le premier ingrédient d'une recette d'amour et de meurtre. »

 

Recettes d'amour et de meurtre

 

Maria van Harten écrit des recettes pour le journal local. Mais un jour, la rédactrice en chef, qui est aussi son amie, lui demande de tenir la rubrique courrier du coeur. Peu inspirée au départ, Maria s'y prête toutefois de bonne grâce et illustre ses conseils à l'aide de recettes. Cependant, lorsqu'une lettre écrite par une épouse maltraitée lui parvient, elle commence à s'inquiéter. Peu de temps après, une femme correspondant à cette description est retrouvée assassinée. Avec l'aide de son amie Jessie, journaliste d'investigation, elle décide de mener l'enquête pour retrouver le meurtrier...

Maria a une passion pour la cuisine ; pour elle, n'importe quelle situation complexe peut être dénouée par une bonne part de gâteau au chocolat – une philosophie que j'approuve à 100 % : combien de nos dimanches grisâtres sont égayés par la réalisation d'une pizza maison ou d'une brioche dorée ?! D'ailleurs, détail amusant, les fameuses biscottes que Maria fait elle-même régulièrement ainsi que tous les ingrédients qu'elle utilise sont des confidents à qui elle parle à haute voix ! Toutes les recettes qui apparaissent au fil de l'histoire sont données à la fin du livre. Je me laisserais bien tenter par le gâteau serpent au miel...

Sous des dehors légers, ce récit permet de s'immerger dans la culture de l'Afrique du Sud. De nombreux termes afrikaans – langue dérivée du néerlandais du XVIIème sièce – sont disséminés dans le récit et font l'objet d'une définition en fin de volume. J'ai adoré me promener à travers le Klein Karoo, regarder le soleil se lever sur le Rooiberg et sentir l'odeur des beskuit en train de cuire.

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Source : ulysse.co.za

Je me suis immédiatement sentie proche de Maria, la narratrice, parce qu'elle met tout en oeuvre pour partager son quotidien avec le lecteur à travers de tous petits détails qui rendent le récit crédible et qui permettent d'imaginer la scène : des commentaires sur le temps, des remarques sur l'attitude de ses poules, sur les vêtements qu'elle porte. Comme j'ai moi-même des poules et que j'adore m'en occuper, leur donner des bonnes choses et les regarder mener leur petite vie, la connivence s'est établie tout de suite entre nous deux (si on peut dire ça comme ça) ! L' authenticité de tannie Maria et son auto-dérision permanente en font un personnage très attachant.

Enfin, un soupçon de romance vient couronner le tout. L'intrigue est par ailleurs convaincante et réserve son lot de suprises et de moments de tension.

J'ai beaucoup pensé, pendant ma lecture, à Mma Ramostwe et à son agence de détectives au Botwana dans la série d'Alexander McCall Smith. Ces deux héroïnes ont beaucoup de points communs, en particulier un mariage malheureux et bien sûr, une propension à dénouer les mystères.

C'est un roman drôle, gourmand, aux personnages sympathiques, idéal à lire en ces chaudes journées d'été. Le deuxième tome, Vengeance sauce piquante, est déjà sorti.

***

« J'aime l'air frais, l'odeur du veld avec ses buissons sauvages et sa terre sèche, et les petits caquètements de mes poules qui grattent dans le tas de compost. » (p. 11)

« J'ai pris ma part de melktert et mordu dedans. C'était très bon, avec le mélange de vanille, de lait et de cannelle qui donne ce petit côté réconfortant. La texture était elle aussi réussie – la garniture légère et moelleuse et la pâte fine et friable. » (p. 14)

« L'odeur chaude et sucrée m'a empli les poumons et aidée à chasser les souvenirs et les inquiétudes » (p. 63)

« Tandis que les beskuit séchaient au four, je me suis préparé une grande carafe de jus de pastèque pour pouvoir m'asseoir sur le stoep sans me dessécher à mon tour. Le soleil était haut et les ombres de mon jardin courtes. J'ai contemplé la Rooiberg au-delà du veld. Ses flancs étaient d'un brun rougeâtre semé de buissons marron et vert. » (p. 205)

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Participation au challenge des Douze thèmes organisé par A little bit dramatic : du bleu sur la couverture

23 juillet 2018

Une année en Provence, Peter Mayle

A la fin des années 1980, l'Anglais Peter Mayle et son épouse partent s'installer en Provence. Pendant un an, Peter fait partager à ses lecteurs les détails de leur installation, l'avancée des travaux de la maison, leur immersion dans un petit village du Lubéron, leur acclimatation à un mode de vie différent.

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Lu au mois de mai, au cours d'une période chargée, ce livre m'a fait beaucoup de bien et m'a permis de renouer avec la lecture tout en me procurant un petit avant-goût d'été. Comme son nom l'indique, ce livre raconte une année et est de ce fait découpé en douze chapitres correspondant aux douze mois, ce qui rythme agréablement la lecture.

Dès le mois de janvier donc, le récit est placé sous le signe de la gastronomie et de la bonne humeur : l'auteur porte en effet un regard amusé sur la culture française : « En attendant, nous nous rappelâmes avoir entendu dire que les Français pour leur estomac dépensent une aussi grande part de leurs revenus que les Anglais pour leur voiture et leur chaîne stéréo. Nous n'avions aucun mal à le croire. » (p. 97).

Peter Mayle a un sens de l'observation et de l'anecdote qui fait de n'importe quel désagrément domestique, que ce soit une inondation ou une fuite d'eau spectaculaire, une aventure pittoresque. J'ai beaucoup aimé aussi le récit de la course de chèvres – si si ! , un épisode qui rappelle que nous avons tous dans nos villages des petites traditions folkloriques qui peuvent étonner les non-initiés : « On appela les concurrentes sur la ligne de départ et les conducteurs vérifièrent si les cordes étaient bien attachées autour du cou de leur chèvres. Celles-ci ne semblaient nullement troublées par l'importance de l'événement. Le numéro 6 s'efforçait de brouter la casaque du numéro 7. Le numéro 9, notre outsider Nénette, insistait pour se présenter à reculons sur la ligne de départ. » (p. 182).

Mais ce qui ressort au final, c'est un hommage plein de tendresse pour tous ceux qui ont oeuvré à l'aménagement de la maison et pour les us et coutumes français. Une lecture légère et humoristique que je vous recommande.

Ce livre a été adapté en mini-série en Angleterre. Peter Mayle a également écrit une dizaine de romans dont Un bon cru, qui a été adapté au cinéma par Ridley Scott.

 

***

« En France, nous étions devenus des intoxiqués de la panification et c'était un plaisir toujours renouvelé de choisir et d'acheter notre pain quotidien. » (p. 213)

L'huile d'olive : « Ce soir-là, avant le dîner, nous la goûtâmes, versant quelques gouttes sur des tranches de tomate. On avait l'impression de manger du soleil. » (p. 243)

« A part une soirée éprouvante pour le fondement à l'abbaye de Sénanque, pour écouter des chants gréogirens assis sur des bancs d'un inconfort dûment monastique, et un concert organisé dans une ruine éclairée par des projecteurs au-dessus d'oppède, nous ne quittions guère notre cour. » (p. 186)

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08 juillet 2018

Outlander, tome 2 : Le Talisman, Diana Gabaldon

« Je te retrouverai, murmura-t-il à mon oreille. Je te le promets. Si je dois endurer deux siècles de purgatoire, deux siècles sans toi, c'est que tel est le prix que je dois payer pour mes crimes. »

le talisman

Retour au XXème siècle pour Claire en ce début de tome 2 ; le lecteur apprend peu à peu ce qui s'est passé et pourquoi Claire, qui avait bien l'intention de rester aux côtés de Jamie a retrouvé le cours de son existence ordinaire. Cet événement inattendu donne un tour tragique à son histoire. Un autre personnage du XXème siècle, touchant, va prendre de l'importance : Roger Wakefield, historien, consulté par Claire qui désire en apprendre davantage sur l'histoire des jacobites et la révolte menée par Bonnie Prince Charlie.

Puis un retour en arrière nous plonge à nouveau au coeur du XVIIIème siècle. Suite aux événements racontés dans le tome 1, Claire et Jamie ont dû fuir l'Ecosse ; ils s'installent à Paris, rue Trémoulins, chez un cousin de Jamie, Jared. Sous couvert de faire tourner l'affaire de Jared en son absence, Jamie et Claire intriguent en réalité dans le but de saboter les projets de Charles Edouard stuart de réunir des fonds ; ils espèrent ainsi empêcher le soulèvement jacobite qui va se solder par un bain de sang. Ce n'est pas l'aspect de l'intrigue qui m'a le plus captivée, il faut le reconnaître, même si l'on sait combien c'est crucial pour l'avenir du couple.

Ce tome 2 est riche en rebondissements et en rencontres ; à Paris, Claire et Jamie fréquentent la cour du roi Louis XV. L'histoire s'étend sur plusieurs mois mais le rythme reste assez enlevé grâce à un certain nombre d'ellipses. Claire, fidèle à sa réputation de guérisseuse, se rend régulièrement chez l'apothicaire maître Raymond – joué par un acteur que j'adore dans la série - dont la boutique s'apparente à l'antre de la sorcellerie. Claire prend également le risque de travailler dans un hôpital où elle tente de soulager les patients avec les remèdes dont elle dispose.

Comme dans le premier tome, il y a un mélange très réussi entre légèreté, intensité dramatique et connaissances historiques et médicales. La relation amoureuse de Claire et Jamie évolue également : à Paris commence leur véritable vie commune, avec toute sa complexité. Même si j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans la dernière partie, j'ai quand même dévoré ce tome 2 rapidement ; les changements de lieu fréquents donnent en effet de la dynamique à l'ensemble. La fin est terriblement poignante, je me fais violence pour ne pas commander le tome 3 car je voudrais lire d'autres livres cet été. Vais-je résister ?!

 ***

« Chaque caresse, chaque instant étaient à savourer, à imprimer dans ma mémoire, comme un talisman à chérir dans un futur où il ne serait pas. »

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29 avril 2018

La Pâtissière de Long Island, Sylvia Lott

Long Island, mai 2003. Pour la première fois, Rona vient rendre visite à sa grand-tante installée aux Etats-Unis. Marie a en effet quitté sa Frise natale en 1932 pour rejoindre ses frères et soeurs partis quelques années auparavant. C'est une occasion opportune pour Rona de changer d'air alors qu'à quarante ans, elle est en instance de séparation. Elle noue très vite une complicité avec Marie qui lui raconte sa jeunesse. Cette dernière va même finir par lui délivrer la recette secrète du cheesecake, la fameuse pâtisserie qui a changé le cours de plusieurs vies...

 

La Pâtissière de long island

Résumée ainsi, l'histoire paraît un peu simpliste et convenue ; certains éléments de l'intrigue sont effectivement un peu attendus comme la romance ou le changement de vie de Rona ; l'idée qu'une recette puisse à ce point influer sur la vie des gens est un peu naïve – mais je le suis moi-même donc ça ne me dérange pas !

Malgré toutes ces petites réserves, j'ai adoré. Ce roman est non seulement rafraîchissant mais également bien construit. L'alternance des époques et des narrations – 2003, récit à la permière personne de Rona et 1932, récit à la troisième personne focalisé sur Marie – pique la curiosité du lecteur. De plus, les différents chapitres, très longs au début, se font de plus en courts, à mesure que l'on se rapproche du dénouement, créant ainsi un agréable crescendo.

Si j'ai aimé découvrir le New York des années 30 en compagnie de Marie (le Chrysler Building, les Hamptons, les salons de beauté, la prohibition et la vente clandestine d'alcool, l'essor des produits surgelés), j'ai encore plus apprécié les chapitres se déroulant en Allemagne ; la vie des colons en Frise (actuelle Basse-Saxe), une vie difficile qui consistait à assécher les marais et à vendre la tourbe ainsi obtenue. Une vie à mille lieux alors de la vie new-yorkaise. Ce roman pose aussi un regard intéressant sur la monté en puissance du nazisme et sur le destin des Juifs Allemands.

Bref, un roman certes à dominante sentimentale, mais ancré dans deux contextes historiques et géographiques intéressants (et pas forcéments courants en ce qui concerne la Frise Orientale), au style soigné et à la construction bien orchestrée. A découvrir sans hésiter !

***

p. 28 « Des nappes de brouillard au sol flottaient au-dessus des pâturages d'un vert soutenu. Des nuages couleur abricot dansaient entre les cerfeuils sauvages et les lupins dans les fossés de chaque côté de l'étroit terrain. Ils transformaient le sous-bois de haies éparses en décor pour des rencontres merveilleuses ejtre fées et lutins. »

 

p. 303 « J'ai fermé les yeux. Froid, soyeux et souple. La garniture compacte flattait les papilles et le palais, des arômes crémeux et acidulés s'élevaient, j'ai goûté du citron, une touche d'orange, de vanille. Hummm... Manne divine ! Ensuite une bouchée de la mince base en pâte brisée. Croquante, croustillante avec de fins arômes de caramel brûlé. Et maintenant, les deux ensemble, avec une fraise fraîche, écrasée en haut du palais et mâchée très lentement. Merveilleux.

C'était sensé être un gâteau au fromage blanc ? »

 

p. 374 «  Tu dois tester les temps de cuisson pour chaque four, a-t-elle dit, on ne peut pas généraliser. C'est comme avec les violons, il y a les Stradivarius et il y a les autres. »

 

Chez Soukee

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18 avril 2018

L'Enfant allemand, Camille Lackberg

Dans L'Oiseau de mauvais augure, Erica découvre dans le grenier de la maison de ses parents de la layette tachée de sang ainsi qu'une médaille nazie. Désireuse d'en savoir plus sur le passé de sa famille, Erica confie cette médaille à Erik, un spécialiste de la seconde guerre mondiale à Fjallbäcka, mais celui-ci est retrouvé assassiné au début de L'Enfant allemand. Aussi étrange que cela puisse paraître, Patrik et Erica ne vont pas tarder à comprendre que ce crime est lié à la réapparition de la médaille...

L'enfant allemand

Erica revient sur le devant de la scène dans ce tome qui permet au lecteur d'en apprendre davantage sur sa mère, Elsy, qui s'est toujours montrée très distante avec ses filles, ce de manière inexplicable.

Paradoxalement, alors que j'avais hâte de découvrir des secrets de famille, j'ai trouvé l'intrigue un peu longue à se mettre en place – il faut dire que ce roman est plus épais que les autres ; le rythme s'accélère véritablement dans les cent dernières pages.

J'ai apprécié en revanche que le récit ait une résonance historique, en particulier parce que j'ignore tout de la manière dont les pays scandinaves ont traversé la seconde guerre mondiale. Mais je dois reconnaître que ce que j'ai préféré, c'est suivre les personnages secondaires qui sont particulièrement attachants. Anna et Dan se sont installés ensemble et tentent, bon gré mal gré, de faire accepter la situation à la fille aînée de Dan. Autre petit plaisir, rencontrer Karin, l'ex-femme de Patrik, qui va mettre à l'épreuve la patience d'Erica, encore que je l'ai trouvée assez pondérée dans sa manière d'appréhender la situation. Patrik, de son côté, goûte aux joies du congé de paternité, mais il a du mal à trouver ses repères, ce qui donne lieu à quelques situations savoureuses qui sonnent juste. Camilla Läckberg se serait-elle inspirée de son vécu ... ? Mellberg, désigné depuis le début de la série comme un incompétent notoire, gagne la sympathie du lecteur en se mettant à la salsa par amour ; il va de plus prendre une place inattendue dans la vie de l'enquêtrice nouvelle arrivée à Fjallbacka, Paula...

Finalement, davantage que l'enquête, c'est le quotidien des personnages qui m'a intéressée : vie de famille, maternité, famille recomposée et homosexualité. Des thèmes d'actualité.

 

Je suis bien décidée à continuer cette série : ma prochaine lecture, La Sirène, me permettra de rattraper mon retard (j'ai commencé la série avec Le Gardien de phare).

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08 avril 2018

La Chorale des dames de Chilbury, Jennifer Ryan

« La musique nous force à sortir de nous-mêmes, de nos soucis, de nos tragédies ; elle nous aide à porter notre regard vers un monde différent, plus vaste. » (p. 137)

 

La chorale

Mars 1940. Tous les hommes de la petite communauté de Chilbury, dans le Kent, ont été mobilisés. En l'absence de voix masculines, le pasteur prend la décision de suspendre les activités de la chorale. Mais un petit groupe de femmes, sous l'égide de la pétulante Prim, décide de constituer un chœur féminin pour soutenir le village au cours de cette période tourmentée. Le lecteur découvre la mise en place de ce chœur au jour le jour, au gré des événements tragiques qui vont frapper Chilbury.

La musique bien sûr constitue le fil rouge de l'histoire, devient un moyen de résister, de s'entraider, de s'unir face à l'adversité : p. 181 « Hitler a-t-il la moindre idée de la force et de la détermination de treize femmes exaltées ? En tout cas, je le soupçonne de ne jamais avoir envisagé le potentiel meurtrier d'un présentoir à gâteaux. »

Je n'ai pas trop d'affinités avec le genre épistolaire en temps ordinaire, mais il faut reconnaître que le choix des personnages est judicieux ; les voix narratives sont majoritairement féminines donc, vu les circonstances, et offrent chacune au lecteur une sensibilité différente : la douce Mrs Tilling, veuve et mère d'un jeune soldat parti au combat, qui va s'affirmer peu à peu ; Venetia, la croqueuse d'hommes, Edwina, la sage-femme à la morale douteuse mais aussi la jeune Kitty, sœur de Venetia ainsi que Silvie, une enfant tchèque qui a trouvé refuge en Angleterre en attendant que sa famille la rejoigne.

La variété des genres (lettres, journaux intimes) et des personnalités (caractère, situation personnelle, âge) rythme agréablement l'ensemble. Le journal de Mrs Tilling est celui d'une femme raisonnable, qui n'a pas eu une vie facile. Il y a une plus grande liberté de ton dans les lettres d'Edwina à sa sœur et dans celles de Venetia, ce qui donne du piquant à l'ensemble. Et il y a bien sûr le charme british du cadre, même si les descriptions sont moins nombreuses que dans un récit à la troisième personne. J'ai beaucoup aimé l'évocation de la maison de Prim, évocatrice de son parcours.

Les événements prennent une tournure de plus en plus dramatique et la tension s'amplifie. Le destin de chacune des protagonistes prend un virage inattendu ; chacune sera confrontée à ses choix et amenée à prendre des décisions cruciales. Ce récit qui s'annonçait presque comme un feel good historique, si on peut dire, s'assombrit au fil des pages, sans rien perdre de son aspect plaisant mais tout en gagnant en profondeur. Entre humour british et émotion, un récit plein de charme que je vous conseille sans réserves !

 

***

p. 186 « C'est étrange, la façon dont un moment de chant nous lie. Chacune était là, perdue dans son monde, avec ses problèmes, et tout d'un coup, ceux-ci ont paru se dissoudre et nous avons pris conscience que nous étions ensemble, ici et maintenant, en train de traverser cette épreuve et de nous soutenir mutuellement. »

 ***

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette agréable lecture !

 Challenge des Douze thèmes chez A-little-bit-dramatic : « La Fille de la Bande » →  un livre dont l' héroïne est une femme et dont l'auteure est une femme aussi

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14 mars 2018

Mma Ramostwe détective, Alexander McCall Smith

« Je suis Precious Ramotswe, citoyenne du Botswana, fille d'Obed Ramotswe, qui est mort parce qu'il avait été mineur et qu'il n'arrivait plus à respirer. Sa vie à lui n'a été consignée nulle part : qui se préoccupe d'écrire la vie des gens ordinaires ? » (p. 20)

Mma

 

Je découvre enfin la série d'un de mes auteurs fétiches, Alexander McCall Smith. Déjà conquise depuis longtemps par Les Chroniques d'Edimbourg et encore davantage par Isabel Dalhousie, j'avais bien envie de faire un détour par l'Afrique pour rencontrer Precious Ramotswe !

Il s'agit du premier tome de la série. L'auteur prend le temps de poser le cadre de l'action : une première anecdote permet au lecteur d'appréhender l'astuce et la débrouillardise de Precious dans l'exercice de son métier. Ensuite, un retour en arrière nous dévoile la vie laborieuse d'Obed, son père, puis l'enfance de Precious, élevée par une cousine qui tenait à lui apprendre à lire et à compter pour qu'elle puisse choisir la vie qu'elle souhaitait mener.

Le récit s'écoule tout en lenteur au début, mais c'est appréciable de découvrir en profondeur un personnage qui va être le protagoniste de toute une série. De plus, l'histoire familiale et l'enfance de Precious permettent de comprendre son caractère et ses actes à l'âge adulte. C'est d'ailleurs un portrait sans concession qui émerge peu à peu, et on se sent vite proche de ce personnage qui a comme tout le monde ses qualités et ses petites faiblesses. Alexander McCall Smith a toujours l'art d'impliquer son lecteur dans le destin de ses personnages et on se prend très vite de sympathie pour la détective.

Dans les autres sagas de l'auteur, c'est l'Ecosse qui est à l'honneur ; ici, c'est le Botswana, qui est décrit avec une certaine poésie qui n'exclut pas pour autant un regard critique sur le sort réservé aux femmes par exemple.

J'ai retrouvé aussi ce qui fait la fraîcheur des autres séries : ces petites remarques pleines de sagesse sur la vie de tous les jours, qui peuvent paraître banales mais qui me vont droit au cœur parce qu'elles répondent à des questions universelles. « Je lui ai dit que le Zoulouland semblait bien agréable, mais que chaque homme avait dans son cœur une carte de son propre pays et que le cœur n'acceptait pas qu'on oublie cette carte » (p. 23). Comme toujours, l'humour n'est pas loin. Mma Ramostwe a fondé la première agence des Dames Détectives… parce qu'elle est fan d'Agatha Christie et elle lit avec conviction un manuel pour apprendre son métier...

Enfin, c'est une lecture évidemment dépaysante pour moi qui n'ai jamais quitté l'Europe. J'irais bien boire une tasse de thé rouge et déguster du poulet au potiron sous la véranda de Precious, sur Zebra Drive !

***

« Au-delà de la route débutait la plaine qui s'étendait jusqu'au Kalahari. C'était une terre sans caractère, encombrée de robiniers sur les branches desquels venaient se percher les calaos et les sucriers volages, avec leur longue queue de plumes qu'ils traînent derrière eux. » (p. 21)

« On ne pouvait jamais vraiment savoir : il y a beaucoup de tristesse dans le coeur d'un homme qui vit loin de son pays. » (p. 32)

« A l'avant, la maison possédait une véranda qui était l'endroit préféré de Mma Ramostwe. C'était là qu'elle aimait s'asseoir le matin au lever du soleil, ou le soir, avant l'arrivée des moustiques. » (p. 145)

***

Participation (avec du retard...) au challenge des Douze thèmes organisé par A-little-bit-dramatic : "Jeune premier", le premier tome d'une série

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23 février 2018

La Princesse Elodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n'importe quoi, Pierre Thiry

 Elodie de Zèbrazur, comme toute princesse qui se respecte, vit dans un château, mais  pas un château ordinaire, un château situé entre la mer et la forêt. Elle a pour compagnons Augustin le chien qui fait n'importe quoi et Mme Brichard, qui tient le château avec un soin méticuleux. Mais si Elodie est un peu tiraillée entre les bêtises d'Augustin et la maniaquerie de sa gouvernante, elle va vite se rendre compte qu'Augustin le chien peut lui apporter beaucoup...

Une fois de plus, Pierre Thiry nous livre un joli conte qui se savoure comme une friandise colorée.

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C'est un conte qui se prête très bien à une lecture oralisée et même participative grâce aux nombreuses formules qui structurent le texte. Je me suis amusée à laisser mes petits lapins compléter les phrases une fois qu'ils ont eu retenu le surnom d'Augustin, ce qu'ils ont fait avec un vif plaisir !

Tous les éléments traditionnels sont là (la princesse, le château) mais des éléments plus rares dans l'univers des contes lui donnent un éclat particulier : la mer, l'hippocampe, Augustin... Je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir la suite...

Les illustrations sont à l'image de ce conte : fantaisistes et modernes.

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Une jolie rencontre avec Augustin le chien qui fait n'importe quoi mais surtout qui apporte beaucoup de légèreté et de joie au château et dans le cœur de ses petits lecteurs...

Un grand merci à l'auteur pour l'envoi de ce livre assorti d'une gentille dédicace personnalisée !

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