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19 avril 2017

Quartier lointain, Jirô Taniguchi, 2006

Quartier lointain

Première rencontre avec Jirô Taniguchi, disparu il y a quelques mois.

Hiroshi, 48 ans, marié et père de deux filles, est un bourreau de travail et a tendance à abuser de l'alcool. Un jour, par inadvertance - à moins ce que ce soit un signe du destin-, il se trompe de train. Au lieu de rentrer à Tokyo, il se trouve à bord du train à destination de Kurayoshi, sa ville natale. Une fois sur place, il en profite pour parcourir les lieux, en particulier le cimetière où repose sa mère, disparue prématurément vingt auparavant. Et c'est là que l'impensable se produit : après un léger étourdissement, sous l'égide d'un papillon, il se retrouve en 1963, l'année de ses quatorze ans… Après l'étonnement et l'incompréhension, Hiroshi, se glisse à nouveau dans la peau de celui qu'il état adolescent, mais fort de son expérience d'homme mûr, modifie sans le vouloir le déroulement des menus événements de son quotidien ; il comprend alors qu'il pourrait modifier sa vie future, notamment en empêchant la fugue de son père, qui est parti un jour d'été pour ne plus jamais revenir…

J'ai été bouleversée par ce manga alors que je ne lis jamais de bandes dessinées. Le premier album se place d'emblée sous le signe de la nostalgie, un sentiment qui me parle particulièrement ; le personnage s'absorbe dans le travail, regrette la disparition de sa mère et se demande si elle a été heureuse. C'est un personnage mélancolique en plein questionnement et tout cela se perçoit en quelques vignettes à peine.

On se met inévitablement à la place d'Hiroshi, retournant en classe comme un ado ordinaire. Pas sûre d'être aussi douée que lui en anglais ou en sport après une aussi longue interruption...

Le dessin est sûr, minutieux, réaliste et les cases se succèdent avec naturel et fluidité. Nombreuses sont les vignettes panoramiques qui permettent au regard d'appréhender le cadre. L'incrédulité bien compréhensible d'Hiroshi, lorsqu'il commence à comprendre qu'il a voyagé dans le temps, est rendue avec finesse : la perception de l'espace et du temps, les sensations physiques… On l'accompagne avec avidité dans cette réappropriation de son quotidien, tout en se demandant s'il va pouvoir changer le cours des événements.

Le même soin des détails est prêté aux personnages secondaires qui peuplent l'univers d'Hiroshi adolescent ; une voix narrative nous dévoile le caractère de chacun, et bien sûr, son avenir, ce qui leur donne de l'épaisseur. La petite sœur, Kyoko, est attachante, toute en spontanéité.

C'est finalement une réflexion sur le sens de la vie, à l'heure du bilan : [on a une action limitée sur les autres ; on ne peut pas éviter certains événements tragiques (même avec un voyage dans le temps…). Il ne reste plus qu'à accepter sa vie telle qu'elle est, prendre ses responsabilités et en redécouvrir les richesses.]

 J'espère bien découvrir les autres albums de cet artiste...

Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais

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18 avril 2017

Tristes revanches, Yoko Ogawa, 1998

Un recueil de nouvelles de l'auteure japonaise Yoko Ogawa qui s'avère une rencontre surprenante.

 

Tristes revanches

Une atmosphère étrange baigne le recueil ; des sentiments souvent borderline, des tranches de vie troublantes, parfois dérangeantes.

Un après-midi à la pâtisserie met en scène une jeune femme qui vient acheter un gâteau d'anniversaire pour son petit garçon décédé. C'est à la fois triste et émouvant, bien sûr, mais aussi sobre et pudique. « Un océan de mort s'étalait à mes pieds. Un océan écrasant qui n'était ni liquide, ni paysage, ni souvenir, ni mots. Nulle part il n'y avait de chemin pour le traverser, on n'y voyait aucun petit oiseau s'y reposer, seules les vagues noires arrivaient sans relâche de l’extrémité de l'infini. »

Dans Jus de fruit, une adolescente fait la connaissance de son père en compagnie d'un garçon de sa classe, le narrateur. Lorsqu'elle croque dans un kiwi, faisant jaillir son jus, c'est comme des larmes muettes qui coulent.

Dans La vieille femme J., une romancière noue une relation singulière avec sa propriétaire qui lui donne régulièrement des légumes du jardin. Jusqu'au jour où elle lui donne de curieuses carottes, à la forme inquiétante. C'est cette même romancière qui est enterrée dans L'esprit du sommeil, où le narrateur se rappelle les bons moments passés avec sa « maman pendant deux ans », la deuxième épouse de son père.

Blouses blanches, ou une liaison adultère qui tourne mal. Faufilage de cœur n'a rien à envier à Edgar Poe qui ouvre la voie au malaise persistant dans Bienvenue au pays des supplices. Les dernières nouvelles comportent aussi leur part de bizarrerie, culminant avec Herbes vénéneuses qui sème habilement le doute dans l'esprit du lecteur.

J'ai souvent plus de mal à me plonger dans un recueil de nouvelles que dans un roman, puisque tout est à reconstruire à chaque début de récit. Mais ici, un fil rouge tisse un lien d'une nouvelle à l'autre, créer un écho, une résonance, qui finissent par devenir presque ludiques. Une petite allusion à un personnage, à un événement, suffit à créer un univers complet et cohérent.

Je me suis senti plus d'affinités avec les deux premières nouvelles, intimistes, alors qu'avec La vieille femme J., on commence à basculer dans une tonalité différente, sanglante, à la frontière du fantastique. Le plus perturbant, c'est certainement la relation de confiance qui se tisse entre le narrateur – ou la narratrice – de chaque nouvelle, relation qui est ensuite trahie par une action pour le moins incongrue (comme dans Faufilage de cœur ou Bienvenue au pays des supplices).

J'ai dévoré ce recueil avec curiosité, heureuse de sortir de ma zone de confort. Mais malgré le ton particulier du recueil, son originalité et son architecture recherchée, je ne suis pas totalement convaincue. Je pense lire d'autres œuvres de cette auteure pour me faire mon idée...

Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais

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11 avril 2017

La fleur de l''illusion, Keigo Higashino, 2016

 Ce roman a la particularité de s'ouvrir sur deux prologues, l'un violent, l'autre plus léger. Ensuite, le lecteur fait la connaissance de Lino qui vient de perdre son cousin. Ancienne championne de natation, elle entretient une relation particulière avec son grand-père, auquel elle rend souvent visite. Elle l'encourage même à créer un blog afin de partager sa passion pour la botanique. Mais un jour, ce dernier est retrouvé assassiné après avoir réussi la floraison d'une ipomée jaune, une fleur qui n'existe plus depuis longtemps… Persuadée qu'il existe un lien entre cette fleur et le meurtre, Lino décide de mener l'enquête. Elle va bientôt faire la connaissance de Gamo Sota, un étudiant qui va l'aider dans ses démarches.

La fleur de l'illusion

 

Comme vous peut-être, je passe Un mois au Japon en ce moment. Et le temps passe bien agréablement quand on se plonge dans ce roman. Si on atteint rapidement la vitesse de croisière, il y a en tout cas quelque chose dans l'atmosphère qui donne envie de poursuivre la lecture, de cheminer page à page en compagnie des personnages pour lever le voile du mystère : comment une simple fleur aurait pu provoquer l'assassinat d'un homme ?

Le titre ne trouve son explication que dans les toutes dernières pages tandis que le dénouement explique la raison d'être des deux prologues, qui bien qu'apparemment sans rapport avec l'intrigue (notamment le premier) sont en réalité étroitement liés à celle-ci. Alors que le roman en lui-même semble assez linéaire à première vue, il est habilement construit et la clé du mystère est aussi recherchée qu'inattendue.

Lino et Sota constituent un duo attendrissant, l'une cachant une blessure qui l'a amenée à renoncer aux Jeux Olympiques, l'autre encore imprégné de son premier amour si fugace, tous deux fort sympathiques. Deux jeunes tout juste adultes qui se cherchent encore et qui trouveront leur voie en dénouant les fils de cette intrigue enchevêtrée.

 

Conclusion ? Les autres romans de Keigo Higashino sont déjà dans ma wish-list ! Je pense que cet été je vais osciller entre polars suédois (voir mon billet sur Le Prédicateur !) et japonais !

***

Le festival d'ipomées d'Iriya

« La foule se pressait aux abords du sanctuaire de Kishimojin qui était décoré de lanternes de papier. »

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« Cette fête, qui a lieu la septième nuit du septième mois, célèbre le seul jour de l'année où deux amants représentés par deux étoiles se rencontrent. »

« Et un jour il m’a dit que je pouvais cultiver toutes les fleurs que je voulais, mais que je ne devais en aucun cas essayer de produire des ipomées jaunes. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu que l’ipomée jaune, c’est la fleur de l’illusion. »

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Le Skytree, tour de radiodiffusion à Tokyo, 2ème plus haute structure autoportante du monde, évoquée dans le roman.

Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais

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08 avril 2017

20 ans avec mon chat, INABA Mayumi

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Inaba Mayumi, femme de lettres japonaise (1950-2014) raconte comment deux décennies passées avec Mî ont influencé le cours de sa vie. C'est tendre et émouvant.

En 1977, la narratrice rencontre celle qui va devenir Mï, une chatonne découverte par hasard suspendue à un grillage près d'un collège. Elle se porte au secours de ce petit animal vulnérable et très vite, Mî trouve sa place à la maison, et pour longtemps. Sans le vouloir, le petit animal va façonner les événements de la vie de sa maîtresse. En effet, il est difficile à Tokyo – du moins à l'époque -, de louer un appartement qui accepte les animaux. Mayumi va donc être obligée, entre autres, d'investir dans l’achat d'un appartement dans un autre arrondissement, pour pouvoir continuer à vivre avec son chat.

C'est le récit d'une relation particulière qui ravira les amis des chats, mais c'est aussi une ode à la nature. Comme dans les haïkus, on retrouve cette sensibilité à la nature, aux éléments, même en pleine ville ! Tous les sens du lecteur sont sollicités, ce qui fait que nous aussi, on a l'impression de sentir ce vent léger du printemps 1977, d'effleurer le pelage cotonneux du chaton et d'entendre ses petits miaulements de détresse.

C'est aussi la chronique d'une époque, celle des années 80, avec la banalisation des prêts à la consommation et leurs conséquences, l'explosion des jeux vidéos et le taux de chômage en augmentation. Et c'est tout simplement aussi – et ô combien passionnante -, une immersion dans la vie japonaise : fouler du pied les tatamis, faire coulisser les shoji, observer les polders depuis la fenêtre de l'immeuble de Shinagawa et prendre le Shinkansen.

La dernier partie est particulièrement triste, comme on peut s'y attendre, puisqu'y sont racontées les dernières années de Mî et son déclin. Ceux qui ont eu des chats en fin de vie comprendront…

Les vingt années racontées s'écoulent rapidement – à peine deux cents pages -, c'est avant tout une rétrospective poétique centrée sur la figure attachante d'un fidèle animal de compagnie.

***

p. 11 « Au début du printemps, les fleurs blanches et roses des cornouillers fleurissaient dans tout le quartier, et un peu partout dans les bosquets, les sophoras emplissaient l'air de leurs fleurs toutes blanches. »

 p. 38 Une maison traditionnelle

« C'était une vieille construction japonaise de plain-pied avec une galerie extérieure orientée au sud et, devant, le bois de cryptomères d'un sanctuaire. L'allée qui conduisait à l'oratoire principal était en graviers, on ne l'avait pas bitumée. Le jardinet avait peut-être une quinzaine de mètres carrés. Il y avait un petit bac à sable, on avait planté un pêcher, un cognassier, des rhodeas aux feuilles charnues, des boutons d'or, et un mur d'une hauteur raisonnable le séparait du sanctuaire. »

 p. 122 « Quand N. a su que j'écrivais des poèmes autrefois, elle a déclaré : « Les mots l'emportent toujours sur les couleurs. Je déteste les poètes. Parce que je n'aurai jamais la victoire. »

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Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais

Challenge animaux du monde

Challenge animaux du monde

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03 avril 2017

Le mois japonais a commencé !

Un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

Le mois japonais

Un petit rappel du principe


- Se faire plaisir : vous participez quand vous voulez, à votre rythme (une participation ou 30 !), rejoignez le challenge à tout moment.

- Participer selon ses envies : les billets communs n'ont aucun caractère obligatoire, vous participez si le sujet vous tente et vous pouvez parler d'une autre thématique les jours de billets communs.

- Penser à ajouter le logo du mois au Japon à vos billets et si vous y pensez, le lien url des blogs des gentilles organisatrices

- Ne pas hésiter à laisser un petit commentaire sur les blogs des participants, ça fait toujours plaisir ! Vous pouvez aussi venir papoter sur le Groupe Facebook.

- Nous signaler vos billets : • Le jour même ou à tout moment sur le billet recap des blogs des organisatrices • Le jour même : sur le recap quotidien des billets sur le groupe facebook (par contre, si vous actualisez un recap quotidien plusieurs jours après, on risque de ne pas s'en apercevoir ; il vaut mieux dans ce cas passer directement par nos blogs - suite à notre expérience sur les mois thématiques)

Les billets thématiques

Samedi 1er avril : Les premiers passagers à destination du Japon embarquent, avec un billet sur la thématique de leur choix.

Dimanche 2 avril : Petits plats et délices japonais avec les gourmandises du dimanche. Pour ceux qui cuisinent peu mais veulent participer autour d'une thématique culinaire, tous les billets sont permis : lectures, séries, beau livre de cuisine, dégustations au restaurant ou pour les plus chanceux, au Japon.

Lundi 3 avril : Les plumes féminines à l'honneur (Yoko Ogawa, Hiromi Kawakami, Aki Shimazaki, Banana Yoshimoto...)

Mercredi 5 avril : Manga avec le challenge BD du Mercredi

Vendredi 7 avril : La séance ciné du vendredi. Thématique suggérée (mais pas obligatoire) - une série japonaise.

Samedi 8 avril : Album jeunesse au choix avec le challenge Je Lis aussi des Albums

Dimanche 9 avril : Petits plats et délices japonais avec les gourmandises du dimanche. (voir dimanche 2)

Mardi 11 avril : Un roman policier / thriller

Mercredi 12 avril : Le Japon historique, en roman, film, série, manga, documentaire & plus

Jeudi 13 avril : Haruki Murakami

Vendredi 14 avril : La séance ciné du vendredi. Thématique suggérée (mais pas obligatoire)
- film d'horreur (c'est aussi l'occasion de parler de romans d'épouvante si cela vous dit).

Samedi 15 avril : Album jeunesse au choix avec le challenge Je Lis aussi des Albums

Dimanche 16 avril : Petits plats et délices japonais avec les gourmandises du dimanche. (voir dimanche 2)

Lundi 17 avril : Yoko Ogawa

Mardi 18 avril : Hommage à Kyoto (des idées par là...)

Mercredi 19 avril : Hommage à Jirô Taniguchi avec le challenge BD du Mercredi

Jeudi 20 avril : Ichikawa Takuji, roman au choix ("Je reviendrai avec la pluie...")

Vendredi 21 avril : La séance ciné du vendredi. Thématique suggérée (mais pas obligatoire) - Film contemporain

Samedi 22 avril : Album jeunesse au choix avec le challenge Je Lis aussi des Albums

Dimanche 23 avril :Petits plats et délices japonais avec les gourmandises du dimanche. (voir dimanche 2)

Lundi 24 avril : Hommage à Tokyo (films, romans dont celui de Mo Hayder, mangas, photos...)

Mardi 25 avril : “Le démon de l’île Solitaire” d’Edogawa Ranpo

Mercredi 26 avril : Hiroshima (romans, documentaires, film d'animation, manga type Le Pays des Cerisiers, chanson Enola Gay, "Hiroshima fleur d'été", "Le poids des secrets"...)

Jeudi 27 avril : "Le poids des secrets" d'Aki Shimazaki, tome au choix

Vendredi 28 avril : La séance ciné du vendredi. Thématique suggérée (mais pas obligatoire) -Film des studios Ghibli (Mon voisin Totoro; Ponyo; Le conte de la Princesse Kaguya...)

Samedi 29 avril : Album jeunesse au choix avec le challenge Je Lis aussi des Albums

Dimanche 30 avril : Derniers billets et bilan

***

Quelques idées par ici :

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Et aujourd'hui, je commence 20 ans avec mon chat d'Inaba Mayumi !

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02 avril 2017

Le Prédicateur, Camille Läckberg

Retrouvailles à Fjällbacka avec notre duo attachant, Erica Falck et Patrik Hedström.

Le prédicateur

Un petit garçon fait une découverte macabre au niveau de la Brèche du Roi : le cadavre d'une jeune fille acompagnée des restes humains de deux femmes, remontant à une vingtaine d'années. Patrik et ses collèges de la police de Tanumshede vont devoir démêler les fils de cette enquête complexe. Tueur en série ? Imitateur ? Quel lien unissait ces jeunes femmes ? Alors que tous les indices semblent converger vers la famille Hult - marquée par la figure patriarcale d'Ephraïm, le "prédicateur"-, la solution ne s'avère pas si simple. Et lorsque la jeune Jenny Möller disparaît à son tour, une course contre la montre s'engage...

Comme toujours chez Camilla Läckberg, l'intrigue fûtée et extrêmement bien ficelée égare l'enquêteur comme le lecteur en fausses pistes. Les personnages sont bien dessinés : les collèges de Patrik ont chacun une personnalité différente – et souvent agaçante comme Ernst le fumiste, Gösta le timoré ou encore Mellberg l'ambitieux qui délègue tout et récolte les lauriers... Heureusement, la chaleureuse Annika est là pour donner au commissariat une ambiance plus familiale.

La multiplicité des points de vue donne beaucoup de rythme au roman, même s'il est un peu difficile au début de comprendre les liens qui unissent les différents personnages de la famille Hult. Terrifiants aussi les retours en arrière qui nous racontent les derniers instants des deux femmes assassinées en 1979.

C'est donc une enquête bien sombre, mais c'était le cas aussi dans La princesse des glaces et Le gardien de phare (que j'ai lus dans le désordre...). Heureusement, il y a de temps à un autre un contrepoint plus léger. Erica, qui attend un heureux événement, voit sa maison régulièrement envahie par des membres de la famille ou des amis venus profiter de la chaleur exceptionnelle qui s'est abattue sur l'île. La température et la fatigue aidant, Erica va avoir du mal à conserver sa bonne humeur... Comme l'a fait remarquer Nath, Erica est beaucoup moins présente dans ce tome. Peut-être qu'elle revient sur le devant de la scène dans le volume suivant, Le tailleur de pierre ? Nul doute que je continuerai à lire cette série avec un grand plaisir...

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Merci Nath pour cette lecture commune !

Littérature suédoise

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31 mars 2017

La petite boulangerie du bout du monde, Jenny Colgan

Un feel good pour ne pas se laisser gagner par la grisaille, rien de mieux !

La boîte de Polly et de son mari a fait faillite. Ce naufrage financier se double d'un naufrage sentimental. Insensiblement, tous les deux se sont éloignés. Ils mettent donc leur appartement en vente et se séparent pour repartir sur des bases nouvelles. Sans le sou, Polly est obligée de trouver un appartement très bon marché. En désespoir de cause, elle trouve un logement sur une petite île qui correspond à son budget.

 

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A première vue, l'intrigue paraît mièvre et cousue de fil blanc. Mais au final, pas tant que ça. On sait dès l'introduction que Polly va peu à peu se faire une place sur cette petite île, apprivoiser son environnement et trouver un rôle à jouer dans la communauté. Mais ce qui compte, c'est le voyage !

Polly fait certes de belles rencontres sur son île, mais les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu. Les relations sentimentales ne sont pas forcément un long fleuve tranquille et l'histoire nous réserve quelques rebondissements. Bien sûr il y a quelques facilités inhérentes au feel good (j'adore cuisiner mais je pense que si j'ouvre une boulangerie demain, je n'aurai aucun succès, sans même parler de gérer l'aspect financier, l'organisation, la vente, etc.) Donc même si Polly bénéficie de l'incompétence de l'autre boulangère, ça semble un peu gros. Mais malgré tout, le charme du récit opère… Le cadre est magnifique, en dépit de l'appartement délabré de Polly et surtout, il y a une odeur de pain doré qui poursuit le lecteur au fil des pages ! On irait bien flâner au bord de l'océan entre deux fournées de pain en compagnie du petit macareux !

Évidemment quand on lit ce genre de livre, on n'a qu'une envie : cuisiner ! En achetant mon livre d'occasion, je n'avais pas vu que le précédent lecteur avait arraché les pages consacrées aux recettes en fin de volume (pas bien). Heureusement, Hilde avec qui j'ai partagé cette LC m'a gentiment scanné les pages manquantes ! J'ai donc d'autres recettes à tester d'ici peu en plus des petits pains à la cannelle que j'ai partagé sur instagram...

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Challenge des 12 thèmes chez A little-bit-dramatic : un roman dont l'action se déroule en Angleterre

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04 mars 2017

Demain les chats, Bernard Werber, 2016

« Nous sommes peut-être venus pour coloniser cette planète encore primitive habitée par des êtres grossiers au niveau de conscience balbutiant. » (p. 275)

DEmain les chats

Bastet, une minette au pelage noir et blanc, vit avec sa « servante », Nathalie. Grâce aux bons offices de son voisin Pythagore, un vieux siamois, elle découvre progressivement le monde qui l'entoure. En effet, celui-ci est doté d'un « Troisième Oeil », un port USB qui lui permet d'acquérir et de stocker un grand nombre de connaissances sur les civilisations et le mode de vie humains. Mais le contexte tourne bientôt à l'apocalypse ; au terrorisme fait suite une guerre civile où même les proches de Nathalie deviennent ses ennemis. C'est bientôt une lutte pour la survie qui s'engage. Le monde animal lui-même finit par être complètement bouleversé, un peu comme dans la série Zoo, où animaux sauvages et domestiques communiquent pour s'entraider, où la proie dévore son prédateur.

 L'originalité de ce roman réside dans le fait que l'action est appréhendée à travers le regard de Bastet ; l'univers des humains, d'abord étrange et traduit naïvement dans son langage, est peu à peu apprivoisé. Il y a quelques touches d'humour, parfois teinté de vérité d'ailleurs, les chats étant persuadés que les humains sont à leur service et non l'inverse. Et quand je vois mes chats, je me dis que c'est vrai...

Mais même si le point de vue est original, j'ai préféré Les Fourmis – bien que j'aie plus d'affinités avec les chats évidemment. Dans Les Fourmis, on a l'impression de découvrir la civilisation des insectes. C'est tout un pan de vie microscopique et cachée qui nous est révélé avec un regard scientifique. Ici, il y a quelques longueurs puisque naturellement, le lecteur n'est pas particulièrement surpris par les découvertes de Bastet dans un premier temps (l'eau qui s'écoule des yeux, le grand monolithe lumineux fixé au mur qui diffuse des informations, etc.). Ce qui m'a vraiment passionnée en revanche, c'est l'histoire des chats qui est délivrée par bribes par Pythagore ainsi que des réflexions sur les régimes politiques à travers le temps et l'art.

 ***

p. 109 « Ah, comme il est injuste, le pouvoir des humains, parce qu'ils sont plus grands, bipèdes, et qu'ils ont des mains au bout de leurs bras avec des pouces opposables... »

p. 96 « Les entités qui vivent dans mes entrailles décident de se manifester. »

p. 102 « C'est ma maison et c'est ma servante. »

p. 183 « Ainsi les humains ont découvert l'importance de l'art, commente-t-il. Cela ne sert à rien. Ni à manger, ni à dormir, ni à conquérir des territoires. L'art est une activité inutile et pourtant c'est leur force. »

Challenge animaux du monde

03 mars 2017

Appelez la sage-femme, Jennifer Worth, 2002

« Parfois, dans la vie, l'amour vous prend au dépourvu, rayonne jusque dans les recoins sombres de votre âme et les emplit de lumière. »

Appelez la sage-femme

Il s'agit des mémoires de Jennifer Worth, un récit qui a inspiré la série SOS sages-femmes ou Call the midwife. Agnès Ledig, elle-même sage-femme, explique en prologue que cette profession est peu représentée dans la littérature alors que son rôle est crucial.

Jennifer fait le récit de son expérience, en particulier ses débuts dans l'East End à Londres, un quartier déshérité en pleine mutation, dans les années 1950. On a l'impression de l'accompagner tout au long du récit. Elle crée tout de suite une connivence avec le lecteur en lui présentant les patientes, en évoquant les gestes pratiques, en dévoilant ses doutes parfois. On partage son quotidien difficile : les gardes, les déplacements à bicyclette par tous les temps, ou même quand le grand smog s'est abattu sur Londres. Ou bien tout simplement dans des rues sans éclairage public pour la plupart.

Tous les chapitres sont organisés autour d'une figure centrale : Chummy, la collègue immense – particulièrement attachante dans la série. Les sœurs du couvent de Nonnatus House. Mais aussi et surtout, bien sûr, les patientes. Future maman aguerrie (Muriel qui attend son quatrième bébé, une norme à l'époque), future maman à fort caractère, future maman déjà à la tête d'une tribu de vingt-trois enfants (oui oui, c'est bien ça!). Toutes ont une histoire particulière, souvent émouvante. Jennifer, qui a grandi dans un environnement relativement protégé, est au départ écœurée par le contact avec certaines patientes, puis lorsqu'elle découvre les conditions de vie insalubres de celles-ci - avec parfois une seule salle de bain même pas digne de ce nom pour tout un étage par exemple -, elle comprend qu'elles font de leur mieux avec les moyens du bord. La jeune femme apprend peu à peu à voir au-delà des apparences et à éprouver de l'empathie pour ses patientes.

Il y a bien sûr un petit côté vintage de temps à autre, à travers l'évocation de la mode (les robes sur-mesure, les stars de l'époque, l’invention du bas en nylon, etc.) qui m'a beaucoup plu.

Au final, Jennifer révèle elle aussi une personnalité riche et touchante, en s’intéressant à ses patientes. Elle revient sur le passé de celles-ci et s'est même renseignée pour savoir ce qu'elles étaient devenues – puisqu'elle côtoie certaines patientes sur un temps très court -, permettant au lecteur de connaître l'histoire complète. Elle met souvent le doigt sur des réalités terribles (le dénuement, les workhouses qui m'ont particulièrement choquée, la prostitution). C'est une lecture édifiante, qui dévoile une partie intéressante de l'histoire médicale (les premières maternités) et de l'histoire de Londres (les différents quartiers, l'évolution de l'habitat collectif), que je vous conseille...

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26 février 2017

Le diable s'habille en tartan, Teresa Medeiros, 2012 VF

Titre délicieux s'il en est ! Pour autant, il est moins question de mode par ici que de rivalité entre deux clans écossais !

Même si je suis peu coutumière des romances, le fait que celle-ci prenne place en Ecosse, au XVIIIème siècle m'a décidée à tourner les pages de ce roman.

Le diable s'habille en tartan

 Le jour de ses noces, Emmaline Marlowe est enlevée juste devant l'autel par Jamie Sinclair. Cet événement pour le moins inattendu va peut-être lui permettre d'échapper à un mariage d'intérêt avec un vieillard décati et néanmoins chef du clan Hepburn. Par chance, Jamie se révèle un geôlier respectueux, si l'on peut dire, et séduisant, comme on pouvait s'y attendre, ce qui ne gâche rien.

p. 356 « Jamie se tenait dans l'embrasure de la porte, ressemblant en tout point à un seigneur écossais dans son kilt en tartan bordeaux et noir, et sa chemise en lin couleur crème ornée de dentelle aux poignets. »

Le caractère très affirmé des deux personnages principaux va donner lieu à des affrontements assez amusants pour le lecteur...

On n'échappe pas aux lois du genre : le portrait viril de Jamie, qui ne laisse pas Emmaline indifférente, bien qu'il s'agisse de son ravisseur ; les commentaires grivois des autres membres du clan, les scènes d'amour. Il y a même un soupçon de roman gothique avec la prédilection de Jamie pour les ruines d'une vieille abbaye, la présence d'un authentique méchant, vraiment sans nuance et les secrets de famille enfouis qui refont surface.

 Même si cette romance ne me réconcilie pas forcément avec le genre, il faut reconnaître que le style est soigné et le rythme enlevé. Il aurait été dommage de s'en priver en cette période propice aux amoureux...

***

Participation au challenge des 12 thèmes pour le mois de février : une romance

chez A little bit dramatic

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Participation au challenge Ecosse chez Gilwen

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