p. 55 « Avant, quand j'étais encore moi, je rêvais de faire de longs voyages romantiques en train avec Tom (la ligne de Bergen pour notre cinquième anniversaire de mariage, le Train Bleu pour ses quarante ans). »

 

La fille du train

Premier roman de Paula Hawkins. Rien de tel qu'on bon thriller pour se changer les idées à la rentrée !

Rachel prend le train matin et soir pour se rendre au travail à Londres. Le train s'arrête à toutes les gares, notamment dans la rue où Rachel vivait encore avec son mari deux ans auparavant. Le train faisant étape pile devant les fenêtres d'un autre appartement situé tout près, Rachel en profite pour observer un couple qui incarne à la fois ses fantasmes et la nostalgie de son propre couple. Elle invente une vie et une identité à ces deux inconnus qu'elle aperçoit matin et soir, comme si c'était la seule chose qui avait de l'importance dans la journée. Mais peu à peu, ce qui pourrait apparaître comme de la curiosité s'apparente bientôt à une véritable obsession, d'autant plus lorsque Rachel est témoin d'une scène privée et décide de prendre contact avec le mari pour lui en faire part…

On pense bien sûr à Fenêtre sur cour dans ce roman où le voyeurisme est poussé à son comble. Par une sorte de jeu de miroir, le lecteur observe Rachel elle-même en train d'observer Megan. On en apprend autant sur l'une que sur l'autre car Rachel projette ses propres angoisses et manques sur le couple qu'elle espionne. On se demande d'abord comment une jeune femme peut prêter autant d'intérêt à un couple inconnu, entraperçu une ou deux fois par jour par la vitre du train. D'ailleurs au début, ce sont les seuls moments de la journée qui sont racontés. Ce que fait Rachel le reste du temps reste mystérieux. Ce qui est curieux, c'est la manière dont évolue la perception que l'on a de Rachel. Epouse abandonnée, solitaire, sans moyens, elle semble de prime abord bien à plaindre. Puis au fil de ses observations, elle se dévoile et on en ressent un certain malaise qui fait hésiter entre compassion et défiance. On ne sait plus si on peut lui accorder ou non du crédit. Et c'est cette ambiguïté qui donne envie de tourner les pages le plus vite possible.

Le récit au présent place le lecteur au cœur de l'action, dans la même position d'observateur que Rachel. On se prend donc très vite au jeu parce qu'on se doute bien que les apparences sont trompeuses et que la vie de Megan est certainement moins parfaite qu'elle n'en a l'air. Comme Rachel, on a envie d'en savoir plus et de gratter le vernis des apparences.

 

La construction du récit est complexe ; il tient du journal car il mentionne la date et le moment de la journée ; il tient aussi du monologue intérieur. Si le point de vue de Rachel prédomine, on découvre aussi celui de Megan, la femme espionnée et Anna, la rivale de Rachel. Au présent s'ajoutent des flash-back bien placés. Le train constitue bien sûr le fil rouge de cette histoire en reliant les trois personnages féminins de ce roman. Envoûtant et apaisant pour Rachel, anxiogène et intrusif pour Anna, il rythme la vie de ces trois femmes de manière obsédante et tisse entre elles un lien indéfectible.

Si vous avez envie d'oublier un peu le quotidien pendant quelques heures, je vous recommande chaudement ce roman ! Pour ma part, j'espère trouver Au fond de l'eau à la médiathèque dès que possible…

 Je n'ai pas encore vu l'adaptation avec Emily Blunt, et vous ?

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Challenge des douze thèmes, "Grande découverte" chez A little-bit-dramatic !

 

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