Premier tome d'une saga qui en compte cinq, paru pour la première fois en 2005.

louis le galoup

Louis et Séverin, les fils du chevalier de Marfon, mènent une vie austère aux confins de l'Auvergne. Leur père est une brute qui les malmène au point de les faire dormir dans une grange glaciale et pleine d'araignées. Qui plus est, un fléau s'abat sur la région dès les premières pages : une créature monstrueuse dévaste les troupeaux en une seule nuit. Dans ces territoires pétris de superstitions, on songe immédiatement à la Malebeste, un monstre façonné par le diable dans la Brèche, une chimère épouvantable qui demande chaque nuit son tribut. Bientôt, la Malebeste fait irruption dans la cour du chevalier de Marfon. Louis, en plus d'affronter la bête au-dehors, découvre bientôt qu'il doit aussi affronter un monstre intérieur, celui qui l'habite, le galoup

« Des yeux de loup, bien sûr, aussi jaunes et brûlants que des soleils venimeux, luisants d'une terrible fringale, d'une sauvagerie toute animale… Mais il y avait aussi autre chose, un reflet d'humanité coupable qui rendait ce regard plus terrible et tragique à la fois... » (pp. 14-15).

Cette saga est estampillée jeunesse, ce qui ne l'empêche pas de se révéler passionnante pour les adultes. La langue en effet est magnifique, volontairement surannée, champêtre, travaillée, poétique. P. 16 « Les branches chuchotaient aux feuilles bavardes quelque secret de sève. »

Le mythe du loup-garou trouve un nouveau souffle dans cet univers médiéval sombre mais fascinant, où l'on explique le moindre événement par l'intervention du surnaturel. « Ce fut ce que l'on appela les Maljours, quand la lumière se maquilla en nuit, que les montagnes vomirent des torrents de lave, que les maisons s'effondrèrent comme gravats sur la tête de leurs habitants. »

Le rythme est lent, on sent que les ingrédients de la saga se mettent en place doucement ; le lecteur découvre en même temps que Louis l'univers des galoups et leurs sombres secrets...

 C'était bien sûr une lecture tout indiquée en cette période d'Halloween : « Il est des choses, mon enfant, dont on ne doit pas parler à moins de se trouver entre quatre murs et derrière une porte bien verrouillée, même en plein jour. » (p. 54)

Halloween 2016

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« ça se déchaînait déjà, là-haut, à l'ouest, à coups de fourches étincelantes et hargneuses qui vous tisonnaient les sommets. » (p. 100)

« L'obscurité lui était fresque, une fresque peinte de mille odeurs qu'il se régalait de humer : le vert acide et dilué de l'herbe trempée, le brun musqué des arbres et du sous-bois, le piquant insipide de la roche. » (p. 116)