Dans les années 40, Helene Hanff, une écrivaine new-yorkaise qui écrit aussi des scénarios pour boucler ses fins de mois, ne parvient pas à trouver les livres qu'elle recherche sur place. Aussi finit-elle par envoyer une lettre à une petite librairie londonienne pour obtenir des titres spécifiques. Puis d'autres commandes suivent et de fil en aiguille, c'est une correspondance qui se noue entre Helen, Frank le libraire et même les membres de sa famille, correspondance qui va durer vingt ans.

84, Charing Cross Road

J'ai découvert ce recueil de lettres sans savoir qu'il s'agissait d'une histoire vraie, ce qui aurait peut-être modifié mon point de vue… En effet j'ai été un peu déçue en lisant ce qui est présenté sur la quatrième de couverture comme un grand succès outre-atlantique, mais je suis peut-être un peu dure ?

La quatrième de couverture donc est un peu trompeuse parce qu'elle évoque une correspondance qui deviendrait intimiste, presque amoureuse, ce que je n'ai pas vraiment perçu. En réalité, les échanges tournent court, les livres, pour intéressants qu'ils soient, ne sont pas commentés mais simplement évoqués par Helen (et annotés en bas de page il est vrai), ce qui fait qu'on a l'impression de lire une très longue commande...

Alors oui c’est une correspondance atypique de par sa durée et les échanges qui naissent entre plusieurs personnes pour ce qui n'était au départ qu'une commande, mais je n'ai pas été émue outre mesure. D'autant plus que si Frank affiche toujours un flegme tout britannique, le franc-parler limite agressif d'Helene m'a parfois agacée...

Aujourd'hui nous sommes habitués à communiquer avec d'autres internautes (n'est-ce pas??), des lecteurs qui pour la plupart resteront anonymes… A l'époque, c'était certainement inhabituel de correspondre avec un inconnu, un inconnu qui s'avère être une auteure américaine ! De plus, dans l'Angleterre de l'après-guerre, la vie new yorkaise d'Helen Hanff devait sembler bien exotique aux employés de la librairie de Frank Doel et à sa famille, notamment lorsqu'elle leur envoie en colis des produits qui sont devenus denrées rares. J'arrive donc à comprendre l'engouement des lecteurs pour cette correspondance hors norme lorsqu'elle a été découverte dans les années 70.

Reste que c'est un hymne aux livres bien sûr, et les lettres d'Helene sont émaillées de jolis commentaires sur l'histoire des livres en eux-mêmes et de leur destin. Un livre d'occasion conserve en lui le fantôme de son précédent lecteur en s'ouvrant systématiquement aux pages qu'il a parcourues. Helene ajoute des petits points pour attirer l'attention de celui qui possédera un jour son livre et « qui n'est pas encore né » sur les passages qui l'intéressent. « J'adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j'aime ce sentiment de camaraderie qu'on éprouve à tourner les pages que quelqu'un d'autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu'un, disparu depuis longtemps, attire mon attention. » (p. 51)

Pour ma part, ça ne sera probablement pas une lecture marquante, mais je tiens quand même à garder le livre près de moi, au cas où je souhaiterais le relire un jour…