Un roman très court qui concentre tout ce que j'aime chez la romancière : les méandres du sentiment amoureux, la peinture sociale et parfois satirique d'un milieu favorisé et le portrait d'un homme séduisant.

 

Jane Austen persuasion

Anne Elliot n'est pas gâtée par le destin. Jolie et d'une grande douceur, elle a connu une passion partagée avec Frederick Wentworth. Mais sa voisine et amie Lady Russel ainsi que son père, ne l'ayant pas trouvé assez fortuné, elle a dû l'éconduire. Huit ans après, sir Walter, le père d'Anne, loue son domaine à l'amiral Croft pendant son séjour à Bath. Or, l'amiral a épousé la sœur du capitaine Wentworth. Anne va donc le revoir, bien malgré elle. Mais ce dernier est en quête d'une épouse et ne lui manifeste, au mieux, qu'une indifférence polie…

***

Anne Elliot m'a paru d'emblée sympathique parce qu'elle est rejetée par les autres alors qu'elle est parée de toutes les qualités que l'on peut souhaiter pour une fille, une sœur ou une amie : gentille, conciliante, à l'écoute et altruiste. Son amour malheureux avec le capitaine Wentworth la rend d'autant plus attachante parce qu'elle a sacrifié son bonheur – et celui de Frederick – à la piété familiale. On se demande comment elle peut réussir cet exploit, faire taire son cœur pendant si longtemps, pour mener une vie affective aussi aride : p. 70 « Combien il était absurde de ressentir encore une agitation que le temps aurait dû effacer ! Que de changements en huit ans pouvaient apporter ! Tous résumés en un mot : oubli du passé. C'était presque le tiers de sa propre vie. Hélas, il fallait bien le reconnaître, pour des sentiments emprisonnés, ce temps n'est rien. »

Les autres personnages féminins en revanche, ne sont guère à leur avantage ; les sœurs d'Anne, Elizabeth et Mary, sont, l'une, une coquette, l'autre une hypocondriaque égocentrique. Lady Russell, l'amie de la famille, semble en revanche assez maternelle et bienveillante, quoique ses conseils aient été mal avisés en ce qui concerne le capitaine Wentworth. Les autres jeunes filles fréquentées par Anne sont agréables mais assez superficielles.

On se promène à Bath, aux thermes, au Royal Crescent (que j'ai eu la chance de visiter ado lors d'un voyage scolaire), au bord de la mer, à Lyme. On sent l'air marin dans les salons cossus ; il y a un souffle d'exotisme dans cet ultime opus de Jane Austen.

3840x2160 Angleterre Parc Maison Étang Rhododendron Lyme Park Arbrisseau Bâtiment, Azalées Nature

Mais la critique sociale n'est jamais bien loin et il y a quelques coups de griffes pour les privilégiés snobinards ; certains personnages, en revanche, sont conscients des avantages de leur situation : p. 32 « En réalité, les avantages physiques n'appartiennent qu'à ceux qui ne sont pas forcés d'avoir un état ; qui vivent sur leur propriété, employant le temps à leur guise, sans se tourmenter pour acquérir. A ceux-là seuls sont réservés les dons de la santé et les plus grands avantages physiques. »

C'est le premier roman de Jane Austen que je lis sans en connaître les personnages. J'ai aimé me laisser agréablement surprendre, non pas par l'intrigue, mais par la finesse de l'évocation du sentiment amoureux. Malgré sa brièveté, je l'ai trouvé profond et abouti, émaillé de réflexions intéressantes : p. 46 « Il n'y a presque point de défaut physique, dit Anne, que des manières agréables ne puissent faire oublier. »

Je suis donc à mi-parcours de mon challenge personnel : lire tous les romans de Jane Austen avant de découvrir la première « austenerie » : De Darcy à Wentworth, offerte par Nath à l'occasion du swap Jane Austen !

 Résultat de recherche d'images pour "de darcy à wentworth"

Challenge des Douze thèmes : "Silence, ça tourne"

http://ekladata.com/xc8V8nUAvOtsvxfDYr67Eu4Lz1c.jpg

Résultat de recherche d'images pour "persuasion dvd"