« Je suis Precious Ramotswe, citoyenne du Botswana, fille d'Obed Ramotswe, qui est mort parce qu'il avait été mineur et qu'il n'arrivait plus à respirer. Sa vie à lui n'a été consignée nulle part : qui se préoccupe d'écrire la vie des gens ordinaires ? » (p. 20)

Mma

 

Je découvre enfin la série d'un de mes auteurs fétiches, Alexander McCall Smith. Déjà conquise depuis longtemps par Les Chroniques d'Edimbourg et encore davantage par Isabel Dalhousie, j'avais bien envie de faire un détour par l'Afrique pour rencontrer Precious Ramotswe !

Il s'agit du premier tome de la série. L'auteur prend le temps de poser le cadre de l'action : une première anecdote permet au lecteur d'appréhender l'astuce et la débrouillardise de Precious dans l'exercice de son métier. Ensuite, un retour en arrière nous dévoile la vie laborieuse d'Obed, son père, puis l'enfance de Precious, élevée par une cousine qui tenait à lui apprendre à lire et à compter pour qu'elle puisse choisir la vie qu'elle souhaitait mener.

Le récit s'écoule tout en lenteur au début, mais c'est appréciable de découvrir en profondeur un personnage qui va être le protagoniste de toute une série. De plus, l'histoire familiale et l'enfance de Precious permettent de comprendre son caractère et ses actes à l'âge adulte. C'est d'ailleurs un portrait sans concession qui émerge peu à peu, et on se sent vite proche de ce personnage qui a comme tout le monde ses qualités et ses petites faiblesses. Alexander McCall Smith a toujours l'art d'impliquer son lecteur dans le destin de ses personnages et on se prend très vite de sympathie pour la détective.

Dans les autres sagas de l'auteur, c'est l'Ecosse qui est à l'honneur ; ici, c'est le Botswana, qui est décrit avec une certaine poésie qui n'exclut pas pour autant un regard critique sur le sort réservé aux femmes par exemple.

J'ai retrouvé aussi ce qui fait la fraîcheur des autres séries : ces petites remarques pleines de sagesse sur la vie de tous les jours, qui peuvent paraître banales mais qui me vont droit au cœur parce qu'elles répondent à des questions universelles. « Je lui ai dit que le Zoulouland semblait bien agréable, mais que chaque homme avait dans son cœur une carte de son propre pays et que le cœur n'acceptait pas qu'on oublie cette carte » (p. 23). Comme toujours, l'humour n'est pas loin. Mma Ramostwe a fondé la première agence des Dames Détectives… parce qu'elle est fan d'Agatha Christie et elle lit avec conviction un manuel pour apprendre son métier...

Enfin, c'est une lecture évidemment dépaysante pour moi qui n'ai jamais quitté l'Europe. J'irais bien boire une tasse de thé rouge et déguster du poulet au potiron sous la véranda de Precious, sur Zebra Drive !

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« Au-delà de la route débutait la plaine qui s'étendait jusqu'au Kalahari. C'était une terre sans caractère, encombrée de robiniers sur les branches desquels venaient se percher les calaos et les sucriers volages, avec leur longue queue de plumes qu'ils traînent derrière eux. » (p. 21)

« On ne pouvait jamais vraiment savoir : il y a beaucoup de tristesse dans le coeur d'un homme qui vit loin de son pays. » (p. 32)

« A l'avant, la maison possédait une véranda qui était l'endroit préféré de Mma Ramostwe. C'était là qu'elle aimait s'asseoir le matin au lever du soleil, ou le soir, avant l'arrivée des moustiques. » (p. 145)

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Participation (avec du retard...) au challenge des Douze thèmes organisé par A-little-bit-dramatic : "Jeune premier", le premier tome d'une série

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