New York, 2 janvier 1952. Caroline Bender prend ses fonctions au sein d'une prestigieuse maison d'édition au Rockfeller Center. Elle y rencontre d'autres jeunes femmes, obligées de travailler comme elle (Barbara Lemont, jeune divorcée, qui doit subvenir aux besoins de son bébé) ou pleines d'espoir comme April et Gregg, ou encore Mary Agnes, qui prépare son mariage deux ans à l'avance. Pendant plusieurs années, le lecteur va suivre leur parcours semé d'embûches, tant professionnel que sentimental.

Rien n'est trop beau

Les chapitres se succèdent rapidement et nous dévoilent le quotidien des différentes jeunes femmes qui évoluent à New York et font leur apprentissage de la vie, en particulier amoureux. Et de fait, les unions se font et se défont rapidement. Les figures masculines sont assez négatives, à quelques exceptions près. Quarantenaires qui considèrent les nouvelles recrues comme des objets, maris infidèles ou jeunes hommes ambitieux et volages. Non seulement ils ne tiennent pas compte des sentiments des autres mais en outre, le travail des jeunes femmes est sous-estimé. Au mieux, c'est un passe-temps en attendant de trouver un mari, passe-temps qui sera abandonné aussitôt pour élever une nombreuse progéniture. Une position que Caroline n'envie pas.

Pourtant, j'ai aimé me promener dans les rues de New York, m'insurger contre la misogynie ambiante et croiser les doigts pour l'idylle de Barbara Lemont.

Le personnage central, Caroline, est certainement le plus charismatique. Abandonnée par son fiancé Eddie, elle prend son destin en main et s'investit dans son nouveau travail. Posée et lucide, elle ne s'en laisse pas conter. On peut même avancer l'idée qu'elle intègre progressivement les règles du jeu imposées par les hommes – et d'ailleurs on peut trouver contestable son attitude vis-à-vis de Paul. Mais malgré son indépendance et son intelligence, Caroline reste un coeur tendre et donc vulnérable...

J'ai beaucoup apprécié cette chronique de la vie new yorkaise des années cinquante. Les couleurs des arbres, l'ensoleillement, les petites coutumes, sont souvent convoqués en début de chapitre, donnant au lecteur l'occasion d'un contact intimiste avec la ville. Le cadre, les appartements décrits, font penser aux films d'Hitchcock, notamment Fenêtre sur cour. L'ensemble se lit comme un feuilleton prenant. Dommage peut-être que la romance finisse par l'emporter alors que les premiers chapitres étaient consacrés à Caroline et à ses premières armes dans le monde de l'édition. D'autant plus que l'on peut les considérer comme des témoignages d'époque puisque la romancière elle-même, Rona Jaffe y a travaillé et s'est donc inspirée de son propre parcours. Mais c'est là ma seule réserve !

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p. 437 « Parmi ces jeunes filles, les unes vont à leur bureau parce que chaque jour les rapproche du succès dont elles rêvent, d'autres vont travailler parce qu'elles ont besoin d'argent pour vivre, et d'autres enfin y vont parce que c'est comme ça tous les jours de la semaine et qu'elles ne sauraient pas trop dire pourquoi. Elles vont vers leur machine à écrire ou à calculer comme si c'était une antichambre où les jeunes filles attendent l'amour et le mariage.