Cela fait longtemps que je suis de près la carrière de Tracy Chevalier. J'ai lu tous ses romans sauf Prodigieuses créatures (et ça ne saurait tarder). Cette romancière a le don de nous transporter dans des régions du monde différentes, à des époques variées et dans des milieux fort dissemblables (la tapisserie, la peinture, les quakers, les suffragettes, etc.) Après mon coup de cœur récent pour La dernière fugitive, j'ai tenu à découvrir rapidement le petit dernier A l'orée du verger.

 

A l'orée du verger

1839, Ohio. Les Goodenough mènent une vie austère et laborieuse dans les marais de l'Ohio. Au travail incessant s'ajoutent les conflits intimes des époux Goodenough qui trouvent leur expression privilégiée dans le choix des pommes à cultiver. Douces et sucrées pour monsieur, amères pour madame afin de faire du cidre. Il faut dire que Sadie a sombré dans l'alcoolisme pour supporter une vie difficile qui lui a pris cinq de ses dix enfants, emportés par la fièvre des marais. Le récit suit lentement son cours, adoptant tantôt le point de vue de James, tantôt celui de Sadie (qui elle, raconte à la première personne).

Dans une deuxième partie, le roman prend une tonalité et un style différents. Robert, l'aîné des enfants, prend son envol et sillonne les Etats-Unis, s'exilant toujours plus à l'ouest en pleine fièvre de l'or. Pendant ce temps, le lecteur se demande évidemment ce qui a pu se produire au sein de la cellule familiale, le récit nous menant vingt ans en avant.

Enfin, la troisième partie m'a touchée bien davantage, mais chut… Lisez-le plutôt !

Je partageais cette lecture commune avec C'era una volta qui est plus enthousiaste que moi à vrai dire ! Pour ma part, j'ai eu du mal à me plonger dans cet univers assez sombre par moments. Malgré les malheurs endurés par Sadie, on a du mal à éprouver pour elle de la sympathie et à comprendre certains de ses agissements. Alors heureusement, il reste l'aspect documentaire qui est bien présent sans être pesant, sur la greffe des arbres, la collecte des graines, etc. Les voyages de Robert nous permettent également de traverser les Etats-Unis à ses côtés et d'observer un pays en pleine expansion au cœur du XIXème siècle.

Comme le titre le laisse supposer, le verger, ou en tout cas les arbres qui le peuplent vont jouer un rôle crucial et rester le fil conducteur de cette histoire, l'héritage familial qui bon gré, mal gré, va permettre à Robert et à sa sœur Martha de donner du sens à leur vie. Peut-être que j'aurais été davantage convaincue par cette histoire qui est finalement très émouvante, si les débuts n'avaient pas été aussi glauques. Après il faut reconnaître que Tracy Chevalier a le mérite d'avoir changé de registre, et même si pour moi cette lecture n'a pas été magique comme ce fut le cas pour La dernière fugitive, il était intéressant de découvrir une nouvelle facette de son talent pour raconter des histoires atypiques.

Merci à toi C'era pour nos échanges riches et stimulants qui m'ont permis de donner une chance à ce roman même s'il ne m'a pas totalement emportée !