Sidney chambers

Sidney Chambers et l'ombre de la mort constitue le premier tome des Mystères de Grantchester.

Un recueil de nouvelles policières – ou un roman découpé en chapitres portant chacun un titre - fort sympathique qui a inspiré la série Grantchester. Après avoir dévoré les deux saisons début juillet, j'avais hâte de découvrir le livre pour retrouver notre cher Sidney, même si je préfère habituellement lire le livre avant de voir l'adaptation.

Sidney Chambers est un jeune pasteur de 32 ans qui officie dans une paroisse toute proche de Cambridge. « Amateur de bière chaude et de jazz hot, passionné de cricket et lecteur insatiable, il était connu pour sa discrète élégance cléricale. » Tous les jeudis, il dispute une partie de backgammon avec son ami Georgie Keating, inspecteur, et ne va pas tarder à être mêlé à plusieurs enquêtes policières. Parmi les personnages récurrents, il faut aussi citer l'amie de la sœur de Sidney, Amanda Kendall, conservatrice de la peinture du XVIème à la National Gallery, qui va prendre de plus en plus d'importance au fil des aventures. Madame McGuire, la gouvernante, est moins présente, mais aussi teigneuse !

La collaboration entre les deux personnages, le pasteur et l'inspecteur, est intéressante parce qu'elle réunit deux points de vue souvent opposés : alors que par la force des choses, Geordie est amené à soupçonner les gens, Sidney est naturellement enclin de par sa mission à trouver et faire ressurgir la bonté et le sens moral nichés parmi les suspects.

Si comme moi vous avez trouvé Sidney charismatique à l'écran, vous serez ravi(e)s d'en apprendre davantage sur lui ; on rencontre ainsi ses parents qui ne cessent de s'étonner de sa vocation. On s’aperçoit que son planning est encore plus chargé puisqu'il officie dans sa paroisse mais accomplit également d'autres missions à l'université de Cambridge. On suit son cheminement intérieur, ses interrogations, ses doutes (comment soulager la douleur morale ? La fonction d'enquêteur est-elle compatible avec celle de pasteur, qui par nature amène à être confiant et compatissant avec autrui plutôt que suspicieux? Comment devenir un meilleur prêtre ?). « Un homme inquiet se tenait derrière le masque du professionnalisme clérical. » Sidney est terriblement humain, sensible au charme féminin – quoiqu'il soit plus sage que dans la série… - et n'endure pas toujours avec plaisir l'austérité des rites – le carême lui semble bien long. Et c'est cette humanité qui le rend très attachant.

Bien sûr, quand on a vu la série, les enquêtes paraissent moins captivantes à première vue. Mais en fait, on s’aperçoit qu'il y a des différences subtiles entre les deux, ce qui a relancé mon intérêt. D'autre part, deux enquêtes n'ont pas – encore ? - été adaptées, l'une plaçant Amanda en première ligne – malheureusement pour elle -, l'autre présentant une mise en abyme astucieuse (un crime perpétré sur scène lors de l'assassinat de Jules César, pièce de Shakespeare).

On découvre aussi en filigrane le quotidien de l'après-guerre : « Tandis que le train fonçait vers la capitale, Sidney découvrait par la fenêtre l’arrière de petites maisons de banlieue et de nouvelles cités-jardins ; un paysage d’après-guerre plein d’industrie, de promesse et de béton. ». Une époque de renouveau après le traumatisme de la guerre.

« Ses pages annonçaient l’ascension de l’Everest par une équipe italienne, l’équipe de cricket du Pakistan affrontait le Northamptonshire, et Donald McGill, l’éditeur de coquines cartes postales de bord de mer, avait été reconnu coupable de contrevenir à la loi sur les publications obscènes ». On y entend du jazz et découvre l'accueil réservé à l'audacieux John Cage et à sa pièce « Quatre minutes trente-trois » ou encore les fameux ours en peluche Stieff et la démocratisation de la télévision.

Les références littéraires et artistiques, nombreuses et souvent pittoresques (Euripide, Edgar Poe, Holbein pour ne citer qu'eux) rendent le récit d'autant plus élégant et raffiné.

Bon, je pense que vous l'avez deviné, j'ai hâte de me procurer le tome 2...

 

 

 

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« Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas effacer le passé, se dit-il ; il faut plutôt laisser celui-ci nous transporter dans l’avenir. »

 

« Le chant est le son de l’âme, se dit-il. »

 « C’était vraiment curieux, se dit Sidney qu’un homme pût courir un mile en mettant exactement le temps qu’il fallait pour faire cuire un œuf à la coque. »

« Comment un Dieu aimant pouvait-il autoriser d’aussi gigantesques souffrances et à quoi cela servait-il ? »

« Mon oncle pensait que les pignons de pin vous rendaient invisibles. Il descendait prendre le petit-déjeuner complètement nu. »

« Ne jugez point et vous ne serez point jugés.

— Dites-moi, Sidney, vous pourriez peut-être passer dire ça à ma belle-mère ? »

« La passion est une émotion si puissante qu’elle domine tout. C’est comme une épice particulièrement forte dans un repas, ou un rouge dominant dans un tableau. Ils attirent vos sens au détriment de tout le reste. »

 

Challenge des douze thèmes, "Empreintes" chez A little-bit-dramatic !

 

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