« Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi. »

Le restaurant de l'amour retrouvé

 Suite à une rupture, la narratrice perd sa voix et revient s'installer dans le village montagnard de sa mère avec laquelle elle n'a pas d'affinités particulières. Les retrouvailles ne sont pas très chaleureuses mais la jeune femme a dans l'idée d'ouvrir un restaurant  s'inspirant de la cuisine de sa grand-mère, qui constitue autant un héritage culinaire qu'affectif.

« Le kimpira de pétasite du Japon aux prunes séchées, la bardane mijotée avec une bonne dose de vinaigre, le barazushi de riz vinaigré aux petits légumes, le flan salé chawan-mushi au bouillon fondant et goûteux, le flan au lait aux blancs en neige, les gâteaux à la poudre de soja grillés cuits à la vapeur et bien d'autres recettes encore, héritées de ma grand-mère, étaient vivantes en moi. »

C'est un restaurant unique au monde, où l'on ne sert qu'un ou deux clients à la fois, pour une occasion particulière. En cela le roman porte bien son nom.

J'ai aimé cuisiner avec la narratrice, sentir les épices, manipuler les légumes et épier les réactions des clients. Les recettes sont non seulement originales mais ont pour vocation de raviver des sentiments qui se sont dénoués au fil du temps chez les clients.

C'est donc un récit poétique ; les ingrédients ne sont pas simplement destinés à être consommés, ils sont le reflet du monde, une vision sublimée du quotidien. « J'ai tendu la main et effleuré une figue du bout des doigts, elle était bien ferme, tel le dos d'un enfant roulé en boule, les genoux serrés entre ses bras. »

Il y a des longueurs cependant (l'installation du restaurant par exemple) et un rythme très lent. Et surtout, la dernière partie est gâchée – à mes yeux - par la scène du cochon (ceux qui l'ont lu sauront de quoi je parle : il est évident que si on n'est pas végétarien, tuer un animal pour se nourrir est indispensable. Mais le cochon est tellement anthropomorphisé (la truie porte un nom, la narratrice la considère comme sa « sœur » et dort avec elle ; lorsqu'elle commence à la cuisiner elle insiste lourdement sur les différentes parties du corps qu'elle tranche « son beau visage » que c'en est insoutenable... pour moi petite nature !)

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« Le ciel était voilé de nuages fins et translucides, comme une pellicule d'oignon plaquée contre le firmament. »

 « Dans les rizières en terrasses, les plants de riz ployaient sous le poids des épis dorés tandis que dans la vallée, on récoltait tellement de légumes qu'il y avait même de quoi nourrir les animaux. »

« L'idée qui m'était venue, à force de me creuser la tête, c'était de traduire l'éventail des émotions avec des plats très sucrés ou très épicés, un menu aux saveurs contrastées, stimulantes. »

« […] je suivais toujours le même rituel. J'approchais mon visage, mon nez, des aliments, j'écoutais leurs « voix ». Je les humais, les soupesais, leur demandaient comment ils voulaient être cuisinés. Alors ils m'apprenaient eux-mêmes la meilleure façon de les accommoder. »

 « Cuisiner était, dans mon existence, comme un arc-en-ciel fragile qui flotterait dans la pénombre. »

Challenge des douze thèmes, "Rose" chez A little-bit-dramatic !

 

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