« Je ne pourrais pas dire à quelle distance je me trouvais lorsque j'aperçus sur les falaises le château en ruine, une ligne d'obscurité dentée se détachant sur un ciel nuageux, mais dès l'instant où je le vis, je fus captivée et j'accélérai. » (p. 10)

 

La mer en hiver

De nos jours, la romancière Caroline McClelland vient s'installer pour un temps sur la côte écossaise, non loin du château de Slains. Désireuse de situer son récit à l'époque de la première révolte jacobite en 1708, elle peine à trouver l'inspiration. Lorsque son agent lui souffle l'idée de donner la parole à un narrateur féminin, Caroline choisit de mettre en scène une lointaine ancêtre, Sophia Paterson. Dès ce moment, les pages se remplissent comme par magie. La romancière comprend peu à peu que les mots lui sont en quelque sorte dictés par les personnages de son roman dans un état proche de la transe. Réminiscences d'une vie antérieure ou mémoire génétique ? J'ai beaucoup aimé cette étape du récit qui évoque le processus créatif ; je suppose que toute blogueuse se prend un jour à rêver qu'elle écrit un roman et que ses personnages prennent corps dans son quotidien et envahissent toutes ses pensées. p. 396 « Je les sentais partout autour de moi, à présent, ces gens qui vivaient à Slains cet hiver-là. Ils étaient sans cesse avec moi et j'avais de plus en plus de mal à m'en détacher. Ils me ramenaient immédiatement avec eux. »

En tout cas, on glisse naturellement d'une période à l'autre et j'ai pris plaisir à suivre les aventures de nos deux héroïnes, même si l'histoire qui se déroule au 18ème siècle est évidemment plus riche et plus dense.

Une romance contemporaine et une romance vieille de près de trois cents ans qui se fait jour progressivement, il n'en faut pas plus pour m'embarquer. Je crois vous avoir déjà dit que j'étais fleur bleue ? Le cadre est romantique à souhait avec ce château, désormais en ruine, alors sorte de sentinelle, bastion de la résistance du roi écossais privé de son royaume. Ajoutons à cela la référence à Bram Stoker qui a résidé au Kilmarnock Arms pour écrire Dracula ! Mais en fait, j'ai été conquise dès les premières lignes, lorsque Carrie se perd et découvre la silhouette mystérieuse de Slains.

Objet d'un book club l'an dernier sur Livraddict, j'ai vu à ce moment-là de nombreuses chroniques circuler sur ce livre et j'avais été intriguée par le titre. Et de fait, la mer en hiver est un motif qui apparaît en filigrane tout au long du récit ; servant d'abord à qualifier les yeux de l'être aimé, la mer en hiver devient ensuite une métaphore des saisons et de l'espoir. « C'est vrai, aucune vue n'est aussi mélancolique que la mer en hiver, car elle nous indique que nous arrivons à la fin de l'année et que tous ses jours sont passés, des jours de joie et de peine qui ne reviendront jamais plus. » (p. 394). La mer est même un élément crucial dans le projet des jacobites et donc omniprésente.

Si comme moi, vous appréciez les romances historiques, je vous conseille celle-ci pour son élégance, la finesse de ses descriptions et le charisme de ses personnages (je pense à la Comtesse et à l'oncle de Moray...).