« J'ai écouté tout ce que vous m'avez dit et vos silences, dans lesquels j'ai entendu ce que vous ne disiez pas. »

Il n'est jamais trop tard

Il n'est jamais trop tard est un roman épistolaire anglais paru sous le titre plus parlant je trouve « Meet Me at the Museum ».

Tout commence avec une lettre évoquant l'homme de Tollund. En effet, Tina Hopgood, une Anglaise âgée d'une soixantaine d'années, est en pleine crise existentielle. Sa frustration s'exprimer à travers son intérêt pour un homme de l'âge du fer retrouvé dans une tourbière danoise dans un état de conservation stupéfiant, que Tina s'était promis d'aller voir un jour. Dans sa première lettre, elle s'adresse donc au professeur danois qui était venu rencontrer sa classe il y a bien longtemps pour leur parler de cette période de l'histoire. Mais comme elle s'y attendait, le professeur est déjà décédé depuis une vingtaine d'années. C'est donc Anders, l'actuel conservateur du musée de Silkeborg, au Danemark, qui lui répond. Aussi étrange que soit la nature de leur correspondance, celle-ci se poursuit et prend même des accents plus intimes au fil des mois.

 Depuis Quand souffle le vent du nord, Vous avez un mess@ge et bien d'autres, la correspondance improbable qui réunit deux parfaits inconnus est presque devenue un classique. Mais ici, il faut reconnaître que la première lettre envoyée par Tina est particulièrement originale, comme une bouteille lancée à la mer. S'ensuivent des échanges pour le moins étranges sur l'homme des tourbières et son importance dans la vie de Tina. Je gage que c'est un sujet peu commun dans les conversations, même épistolaires.

Autre point fort, les deux protagonistes sont des seniors qui s'interrogent sur les rêves non réalisés et le sens de la vie, une classe d'âge que je rencontre assez peu dans mes lectures. Ils sont assez différents l'un de l'autre puisque l'une est mariée, l'autre veuf ; Tina vit dans le monde rural tandis qu'Anders habite à Copenhague, des différences qui finalement, ne font que renforcer leurs affinités.

Ceci dit, j'ai trouvé que l'échange entre les deux personnages prenait (trop) rapidement une tournure assez intimiste. J'ai du mal à imaginer que deux inconnus puissent se confier aussi naturellement, sans aucune réticence, l'un à l'autre, quand bien même ils souffrent de solitude, chacun à leur manière. Et même si l'image de l'homme de Tollund reste en filigrane dans tout le récit, la tension dramatique retombe assez vite ; l'échange débute certes de manière inattendue mais très rapidement, j'ai eu le sentiment de lire la correspondance assez banale de deux amis. J'ai donc pris tout mon temps pour achever cette lecture, pas plus curieuse que ça d'en connaître la fin, même si ce fut une lecture agréable grâce à la sympathie qu'inspirent ces deux personnages et leurs déboires respectifs et de la poésie qui affleure à certains moments.

 ***

« Je pensais à cette image, celle de l'enfant que je connaîtrai un jour, mais aussi à la ressemblance à un être qui n'est pas encore né et le corps de l'homme de Tollund, mort il y a des siècles. » (p. 130)

« A chaque fois que je ramasse des framboises, je parcours la rangée aussi lentement que possible, à la recherche de tous les fruits mûrs. Mais j'ai beau être attentive, quand je fais demi-tour pour remonter l'allée dans l'autre sens, je vois des fruits qui m'avaient échappé au premier passage. Je me suis dit qu'une deuxième vie pouvait être comme un deuxième passage le long d'une rangée de framboisiers ; il y aurait de bonnes choses que je n'aurais pas connues lors de ma première vie, mais je me rendrais compte, j'imagine, que la plupart des fruits se trouvaient déjà dans mon panier. » (p. 80)