Ginny, 13 ans, vit avec ses Parents-pour-toujours et mène une vie apparemment bien réglée par divers petits rituels et une passion insatiable pour Michael Jackson. Ginny est autiste et a besoin de points de repère solides. Elle fréquent la classe des enfants « particuliers » et est bien entourée. Mais au-delà des apparences, Ginny est très tourmentée. Retirée de la garde de sa mère à l'âge de neuf ans, Ginny est allée d'une famille d'accueil à l'autre. Et elle reste hantée par une obsession : que l'on retrouve sa Poupée, restée enfermée dans une valise chez Gloria, sa mère biologique. Malgré son aversion pour le mensonge et la dissimulation, elle met donc tout en œuvre pour retrouver Gloria et retourner vivre avec elle, en dépit de tout ce qu'elle lui a infligé. 

Ginny Moon

Ginny Moon est un roman atypique qui donne la parole à une enfant « particulière », ainsi qu'elle est désignée dans son école. C'est le point de vue de Ginny qui organise la narration ; l'intitulé des chapitres d'ailleurs indique toujours la date et l'heure précisément, détail qui a son importance pour la jeune fille. C'est passionnant de la suivre et de découvrir sa vision de la réalité. Le temps s'écoule lentement, au rythme des journées de Ginny qui observe son entourage afin de savoir quand et comment elle pourra prendre contact avec Gloria pour la retrouver. Un récit parfois monotone donc, parce que précisément, il ne se passe rien, Ginny étant dans l'expectative la plupart du temps. D'autre part, les tics de langage qui reviennent fréquemment comme Père-pour-toujours ou Cristal-avec-un-C constituent un curieux refrain mais sont évidemment plus que des tics, ils correspondent à la perception que Ginny a du monde qui l'entoure et recouvrent une réalité particulièrement significative pour elle.

C'est un roman qui évoque des thèmes importants, la maltraitance, l'adoption, l'autisme. Des thèmes complexes et bouleversants. Ginny est attachante de par son parcours terrible et sa ténacité, voire son obsession pour sa Poupée. Son quotidien est encore chamboulé par l'arrivée de bébé Wendy, l'enfant biologique de ses Parents-pour-toujours, qui va fragiliser ses relations avec Maura, sa Mère-pour-toujours. Et même si on arrive à comprendre les réactions épidermiques de Maura, on compatit d'autant plus avec Ginny quand on connaît la vérité et qu'on la sait bien intentionnée.

En tant qu'enseignante – mais pas seulement -, l'autisme est une question qui m'intéresse. C'est donc particulièrement pertinent de vivre la situation de l'intérieur et de découvrir que certaines émotions, certains gestes, certaines pensées, sont ressentis avec beaucoup de violence : « Mon cerveau va trop vite. Les images dedans bougent comme des mains qui arrivent sur ma figure. » (p. 31). Et cela est d'autant plus crédible que l'auteur, Benjamin Ludwig, a lui-même adopté une adolescente autiste et est allé à la rencontre d'autres parents d'enfants autistes. Le récit a donc une couleur authentique qui permet de mieux comprendre nos jeunes.

Merci à Babelio et aux éditions HarperCollins pour cette belle lecture ! 

Challenge des douze thèmes, un roman dont l'histoire se déroule en Amérique chez A little-bit-dramatic !

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