Lex Henderson, animateur radio, vient d'acheter une maison en vue à Wallaces Point, sur la côte australienne. Les habitants des environs se demandent pourquoi ce fringant citadin a décidé de venir s'établir dans ce village perdu divisé en deux camps, les pratiquants et les autres. Mais on découvre rapidement que Lex cherche à échapper à la souffrance qui le ronge.

La maison des hautes falaises

Callista quant à elle, est native de Wallaces Point. Mais élevée par un couple de hippies, végétarienne, artiste peintre sans attaches, elle n'est pas du tout intégrée à la petite communauté. Avec son Combi Wolksvagen, elle vend des tableaux « alimentaires » sur les marchés l'été pour payer son loyer le reste de l'année et se consacrer à ce qu'elle aime vraiment. Est-ce que leurs souffrances respectives leur permettront de s'épauler l'un l'autre pour guérir ? Rien n'est moins sûr...

 

La première partie met lentement en place les éléments de l'intrigue. Le lecteur côtoie les deux protagonistes et fait leur connaissance progressivement. On sent dans ces pages le tumulte de la vraie vie, la complexité des relations de couple, les coups du sort inéluctables. Parallèlement,

c'est tout le microcosme d'un village qui est recréé avec ses tensions, ses personnalités incontournables, ses rumeurs. Les figures secondaires sont convaincantes, soit par la franche antipathie qu'elles dégagent (la mère de Lex), soit par leur mode de vie différent (Jordi, le frère de Callista), soit par leur vulnérabilité (Sarah, la mère célibataire).

 

J'avais déjà été séduite par La Mémoire des embruns, notamment pour l'évocation de la nature et des éléments. Les personnages de Karen Viggers viennent souvent chercher auprès de la nature réconfort et vérité. Ici, on en est encore plus près : on entend le ressac, le chant des baleines, on observe les huïtriers en pleine chasse, les fleurs de banksias. C'est un récit qui sent le sel marin, l'eucalyptus et le feu de camp.

S'il y a quelques longueurs – la relation entre Lex et Callista n'étant pas finalement le plus palpitant à mes yeux-, les épisodes centrés sur la nature sont un ravissement. Karen Viggers est vétérinaire et on sent une connaissance solide du règne animal et surtout un grand respect dans ses romans.

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p. 295 « Au beau milieu de la bourbe de ses sensations meurtires et bouillonnantes, une rose nouvelle avait poussé. Et son nom était confiance. »

p. 487 « Elle comprit qu'elle avait perdu la balise de vue pendant l'averse car elle se trouvait à présent juste devant eux, œil clignotant dans les ténèbres. Comme la vie, franchement. La vérité est toujours là, sauf qu'on la perd parfois de vue dans le brouillard de nos orages internes. »

Challenge des douze thèmes, "Lecture sur le sable" chez A little-bit-dramatic !

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