« Le « konfyt » d'abricot était presque à point, bien translucide et épais, lorsque j'ai entendu la voiture. J'ai ajouté quelques noyaux d'abricot et un bâton de cannelle à la confiture : je ne savais pas encore que cette voiture apportait le premier ingrédient d'une recette d'amour et de meurtre. »

 

Recettes d'amour et de meurtre

 

Maria van Harten écrit des recettes pour le journal local. Mais un jour, la rédactrice en chef, qui est aussi son amie, lui demande de tenir la rubrique courrier du coeur. Peu inspirée au départ, Maria s'y prête toutefois de bonne grâce et illustre ses conseils à l'aide de recettes. Cependant, lorsqu'une lettre écrite par une épouse maltraitée lui parvient, elle commence à s'inquiéter. Peu de temps après, une femme correspondant à cette description est retrouvée assassinée. Avec l'aide de son amie Jessie, journaliste d'investigation, elle décide de mener l'enquête pour retrouver le meurtrier...

Maria a une passion pour la cuisine ; pour elle, n'importe quelle situation complexe peut être dénouée par une bonne part de gâteau au chocolat – une philosophie que j'approuve à 100 % : combien de nos dimanches grisâtres sont égayés par la réalisation d'une pizza maison ou d'une brioche dorée ?! D'ailleurs, détail amusant, les fameuses biscottes que Maria fait elle-même régulièrement ainsi que tous les ingrédients qu'elle utilise sont des confidents à qui elle parle à haute voix ! Toutes les recettes qui apparaissent au fil de l'histoire sont données à la fin du livre. Je me laisserais bien tenter par le gâteau serpent au miel...

Sous des dehors légers, ce récit permet de s'immerger dans la culture de l'Afrique du Sud. De nombreux termes afrikaans – langue dérivée du néerlandais du XVIIème sièce – sont disséminés dans le récit et font l'objet d'une définition en fin de volume. J'ai adoré me promener à travers le Klein Karoo, regarder le soleil se lever sur le Rooiberg et sentir l'odeur des beskuit en train de cuire.

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Source : ulysse.co.za

Je me suis immédiatement sentie proche de Maria, la narratrice, parce qu'elle met tout en oeuvre pour partager son quotidien avec le lecteur à travers de tous petits détails qui rendent le récit crédible et qui permettent d'imaginer la scène : des commentaires sur le temps, des remarques sur l'attitude de ses poules, sur les vêtements qu'elle porte. Comme j'ai moi-même des poules et que j'adore m'en occuper, leur donner des bonnes choses et les regarder mener leur petite vie, la connivence s'est établie tout de suite entre nous deux (si on peut dire ça comme ça) ! L' authenticité de tannie Maria et son auto-dérision permanente en font un personnage très attachant.

Enfin, un soupçon de romance vient couronner le tout. L'intrigue est par ailleurs convaincante et réserve son lot de suprises et de moments de tension.

J'ai beaucoup pensé, pendant ma lecture, à Mma Ramostwe et à son agence de détectives au Botwana dans la série d'Alexander McCall Smith. Ces deux héroïnes ont beaucoup de points communs, en particulier un mariage malheureux et bien sûr, une propension à dénouer les mystères.

C'est un roman drôle, gourmand, aux personnages sympathiques, idéal à lire en ces chaudes journées d'été. Le deuxième tome, Vengeance sauce piquante, est déjà sorti.

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« J'aime l'air frais, l'odeur du veld avec ses buissons sauvages et sa terre sèche, et les petits caquètements de mes poules qui grattent dans le tas de compost. » (p. 11)

« J'ai pris ma part de melktert et mordu dedans. C'était très bon, avec le mélange de vanille, de lait et de cannelle qui donne ce petit côté réconfortant. La texture était elle aussi réussie – la garniture légère et moelleuse et la pâte fine et friable. » (p. 14)

« L'odeur chaude et sucrée m'a empli les poumons et aidée à chasser les souvenirs et les inquiétudes » (p. 63)

« Tandis que les beskuit séchaient au four, je me suis préparé une grande carafe de jus de pastèque pour pouvoir m'asseoir sur le stoep sans me dessécher à mon tour. Le soleil était haut et les ombres de mon jardin courtes. J'ai contemplé la Rooiberg au-delà du veld. Ses flancs étaient d'un brun rougeâtre semé de buissons marron et vert. » (p. 205)

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Participation au challenge des Douze thèmes organisé par A little bit dramatic : du bleu sur la couverture